Non à la révision de la Constitution

« Seul un optimisme fou peut nier les sombres réalités du moment. » F. Roosevelt

Depuis son intronisation à la tête de l’Etat en avril 1999, le président Bouteflika n’a cessé de plaider pour une révision en profondeur et par voie référendaire de la Constitution pour la mettre en cohérence avec les mutations socioéconomiques et politiques du pays, car selon sa “vision”, la Constitution Zeroual ne lui permet pas de faire face à la situation.

Que reprochent-on à la Constitution de 1996 ?

Rédigée dans des moments de turbulences graves (1992-1997), la Constitution de 1996 avait néanmoins permis au pays de sortir de l’état de délabrement dans lequel l’avait enfoncé le parlement présidé alors par un certain Belkhadem en 1990-91 et les »pactistes » de Sant’Egidio à la solde de la CIA. Triturée par deux fois (2002 et 2008 par le fait du prince, violée, inappliquée dans ses détails et globalités, que veux-t-on lui apporter comme correctif sinon faire de la république une monarchie, ceci à quelques mois de la fin d’une mandature de quinze années de pouvoir autocratique ?

Mais ceci semble être une tradition. Dès 1963 feu Ben Bella, se faira plébisciter « sa » constitution dans une salle de cinéma, Le Majestic, ce qui poussera feu Ferhat Abbas, alors président de l’assemblée constituante à claquer la porte, ce qui lui vaudra un séjour peu glorieux à Reggane. La Constitution de 1989, suite au soulèvement d’octobre 1988, a eu comme conséquences une guerre civile de près de dix années.

Dès 1999, la Constitution de Liamine Zeroual, qui a mis fin à la traversée du désert de Bouteflika, et qui lui a permis d’occuper le palais d’El Mouradia, ne cesse de connaître les pires souffrances. Aux atteintes et violations se sont succédé les entorses et piétinements, pour ne citer que les plus en vue :

– Destitution du premier président du Conseil de la nation.

– Absence de présentation du programme annuel de politique générale pourtant clairement défini par celle-ci.

– Usage excessif de la gouvernance par voie d’ordonnances.

– Double modification de celle-ci par la seule voie du parlement, alors que les grands équilibres ont été complètement bouleversés.

– Non-respect dans les délais des mandats du président du Conseil constitutionnel (Bouchair, Bejaoui et Bessaieh )

La nostalgie au parti unique semble motiver le désaveu du président des Constitutions précédentes. Nul texte fondamental ne trouve grâce à ses yeux. Pour lui, les « modèles démocratiques occidentaux » ne conviennent pas aux sociétés « tiers-mondistes », car ils nécessitent une « pratique de longue date et un enracinement culturel ».

Fasciné par le pouvoir présidentiel américain, les « révisionnistes girouettes FLN/RND » voudraient copier ce système, en offrant au président une présidence à vie et des pouvoirs exorbitants. Le Président veut créer un poste de vice-président juste pour assurer la pérennité bouteflikienne, en cas de disparition subite, son état physique ne lui permet désormais d’apparaitre publiquement que pour assurer les « actions protocolaires », oubliant, feignant oublier ou ignorant qu’aux USA le vice-président est élu sur le même ticket que le Président. Il a donc mandat des électeurs au même tître que le Président. Que dans le cas des démocraties à régime semi-présidentiel, la désignation du vice-président n’a pas sa raison du fait de l’existence du Sénat, dont le Président, en cas de vacance, assume les charges de la présidence pour un délai fixé à 60 jours, période au cours de laquelle est élu un nouveau président.

Trois mandats, trois révisions

Le régime actuel a joué par deux fois la révision (2002-2008). Celle de 2008 avait été initié par un « civil », juste pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats, initié par un « militaire ». Du Kim Il Sung à l’algérienne.

Après un règne absolue de quatorze années, vouloir pour jouer les prolongations au delà de 2014, c’est mener le pays vers l’inconnu, vers le désastre. Les odeurs nauséabondes qui s’élèvent dans le ciel algérien par suite des scandales dont les auteurs sont identifiés, faisant tous partie du « clan » sont la preuve que ce pouvoir à failli. Qu’un failli reste un failli.

Mitterrand qui s’était oppose à la dictature de De Gaulle qui voulait se sacraliser, lui dira ceci […] Le gaullisme vit sans lois. Il avance au flair. D’un coup d’Etat à l’autre, il prétend construire un Etat ignorant dont il n’a réussi qu’à sacraliser l’aventure. […] Un dictateur […] n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi. Mais il sait que s’il abandonne ou néglige les moyens de son pouvoir, il tombe dans la trappe d’Ubu. Il lui faut sa police, sa justice, son officine de propagande, ses armes de séduction et de répression. Privé d’elles, un jour ou l’autre il verra le peuple sortir de sa torpeur, hurler à la tyrannie, brûler les palais officiels. Même s’il pense qu’il n’a pas opprimé les citoyens, qu’il n’a pas bafoué les lois, qu’il n’a pas moqué les mœurs, qu’il a favorisé le progrès, qu’il a aidé les arts, qu’il a respecté les coutumes, le cri qui montera vers lui sera le cri de la vengeance. Il s’en étonnera. Peut-être en souffrira-t-il comme d’une injustice. Peut-être en sera-ce une. Peut-être préférera-t-il la mort à ce qu’il appellera l’ingratitude. Mais il ne comprendra pas ce qu’il n’est pas apte à comprendre : que le pouvoir d’un seul, même consacré pour un temps par le consentement général, insulte le peuple des citoyens, que l’abus ne réside pas dans l’usage qu’il fait de son pouvoir mais dans la nature même de ce pouvoir

La situation actuelle du pays ne prête guère à l’optimisme, nier les sombres réalités de la situation c’est aller contre le cours de l’histoire de l’Algérie contemporaine.

Smail Saïdani

Secrétaire national Jil jadid

Mbre du comité de rédaction de la Constitution de 1996

5 commentaires

  1. Ce qui lui reste a faire , c'est non pas la révision constitutionnelle , mais préparer son testament , afin que ses héritiers puissent béneficier de ses comptes en banque . S'il lui reste un minimum de dignité , il doit se retiree du pouvoir avec son équipe , parcequ'il constitue un obstacle majeur , pour l' amélioration de la vie politique, économique , et sociale du pays. Car tout est bloqué , les institutions sont figées , la corruption bat son plein , l'Algerie est devenue une proie entre les mains des prédateurs , nationaux et étrangers.

  2. Il faut espérer une intervention divine pour que l'Algérie retrouve enfin son bonheur, celui d'être enfin libre, une liberté acquise chèrement mais pour quelques heures seulement, un certain 5 juillet 62 ! Qu'il est triste de voir l'état présent du pays pour lequel les meilleurs fils de ce pays ont sacrifié leur vie ! Regardez les s'acharner à garder leurs privilèges, à s'entre-tuer, à se déchirer à exhiber scandaleusement leurs crimes, leurs vols, leurs détournements, leurs rapines ! La malgouvernance a toujours une fin, comme celle qui a sanctionné l'histoire de de l'Andalousie. la dernière page de celle ci :
    « Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d'abandonner le royaume de ses pères, il s'arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvrait la mer où l'infortuné monarque allait s'embarquer pour l'Afrique ; on apercevait aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s'élevaient les tentes de Ferdinand et d'Isabelle (les rois catholiques). A la vue de ce beau pays et des cyprès qui marquaient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boabdil se prit à verser des larmes. La sultane Aïxa, sa mère, qui l'accompagnait dans son exil avec les grands qui composaient jadis sa cour, lui dit : " Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme ! " Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours. »
    À qui aujourd'hui, il incombe de défendre ce pays qui, comme un bateau sans véritable commandant est en train de dériver vers un destin funeste.

  3. à toute chose il y a une fin. il n y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. je le dis ouvertement et officiellement, Bouteflika n'a rien fait pour nous, il n y a aucune raison de continuer à le soutenir, car le soutenir c,est lui mentir et lui mentir c,est le conduire sur une fausse piste. en remettant le pouvoir, il placera ainsi l,armée devant ses responsabilités… qui ne seront pas des moindres car le peuple est sur le point de déclencher sa révolution, qui n,aura rien a avoir avec les printemps dits arabes. l'Algerie est bien trop grande et grandiose par ses richesses et son histoire pour ètre confiée à des charlatans. le sang des martyrs chouhadas et les larmes des veuves de chouhadas ainsi que de leurs enfant marginalisés réclamera des comptes aux dirigeants et garde au dernier qui sera en ce moment sur le siège de la houkouma

  4. Un président qui ne repecte même la constitution du pays qu'il préside !!!

    Il faut en finir vite avec cette bande de Oujda

  5. ceux qui ont le pouvoir et qui laissent des indus s'accaparer du fln sont ceux-là qui sont illégitimes.
    tant que le dénominateur commun qui lie tous les algeriens a savoir le FLN , est entre les mains d'une clique qui l'utiles à des fins personnels, le peuple algerien considère que les gouvernants sont hors la loi

Les commentaires sont fermés.