Boycotter Israël ou l’écouter ?, par Salah Guemriche

« Je ne pense pas qu’un Etat qui maintient une occupation, commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. » Celui qui écrit ces lignes n’est ni l’Algérien Sansal ni le Libanais Maalouf, encore moins l’auteur de cette tribune, mais un Israélien, un juif israélien, grand poète devant l’Eternel : Aharon Shabtaï.

Ce boycottage, plus éloquent et plus intrépide que celui décrété du fond de leurs palais ou du haut de leurs chaires par nos prescripteurs arabes, est soutenu par des citoyens d’Israël, et non des moindres, à l’exemple de Benny Ziffer, le rédacteur en chef du supplément littéraire de Haaretz… Lesdits prescripteurs, quant à eux, nous assurent que leur appel au boycottage est dicté par la seule volonté de signifier à la France que la présence d’Israël au Salon du livre de Paris, comme à la Fiera del libro de Turin, est l’expression d’un déni, pire : de la commémoration d’un déni, celui de l’injustice faite depuis soixante ans au peuple palestinien.

Pour ne remonter qu’aux dernières décennies, qui a osé traiter les responsables israéliens de « clique sans morale de hors-la-loi corrompus, sourds à la fois à leurs concitoyens et à leurs ennemis » ? Et qui a dit : « Il ne s’agit plus de libérer les territoires occupés, mais de libérer Israël des territoires occupés » ? Ce ne sont ni des historiens arabes ni des antisionistes notoires, mais bel et bien des intellectuels israéliens : feu Yechayahou Leibovitz et Avraham Burg, ancien président de la Knesset ! Ce sont, entre autres, des hommes de cette trempe que certains ont l’outrecuidance de nous interdire de rencontrer, de découvrir ou simplement d’approcher !

Qui a osé déclarer à la face d’Israël : « Le prix de l’occupation est la corruption de la société israélienne tout entière » (…) ? Pas une quelconque organisation antisioniste, mais le mouvement des réservistes israéliens, dans son manifeste du 25 janvier 2002… Et c’est avec les camarades de ces hommes et de ces femmes que le 28e Salon du livre nous donne l’occasion inespérée d’entamer dialogues et débats, débats qu’un boycottage irresponsable vise à diaboliser. Au nom ou au service de quelle cause ? Celle des Palestiniens ? Fourberie et mascarade que tout cela !

Oui, la mise à l’honneur d’Israël, dont on connaît le refus d’appliquer les résolutions de l’ONU (une soixantaine, soit une résolution en moyenne par année d’occupation !), oui, l’inauguration du Salon du livre de Paris par le président français et son homologue israélien, tout cela s’apparente, pour reprendre les mots de Aharon Shabtaï, à « une célébration d’Israël, sans la moindre considération pour le calvaire de près de quatre millions de Palestiniens, qui vivent dans une situation similaire à celle des Noirs (du temps) de l’apartheid… »

Mais que faire ? Que faire d’autre, pour ne pas souscrire bêtement à un boycottage qui, lui, s’apparente plutôt à une démission ? Que faire, pour dépasser cette impuissance et cet agacement, qui, chez nombre d’intellectuels arabes de France, frisent le désespoir : impuissance devant le mystère Israël, sa mise « à part des nations » ; agacement face à ce chantage à l’antisémitisme pratiqué sciemment par nombre d’intellectuels juifs de France, écrivains, philosophes, cinéastes, universitaires… dont le soutien inconditionnel à Israël constitue un autre mystère, quand on sait qu’en Israël même, leurs pairs font preuve de plus d’indépendance, de courage et d’esprit critique… Il est vrai que les Israéliens de l’intérieur, eux, n’ayant pas de culpabilité à entretenir, celle du choix de la diaspora, se sont affranchis depuis longtemps de l’obligation de réserve dictée par cette édifiante sentence talmudique selon laquelle « Israël, même s’il a péché, reste Israël » !…

Que faire, donc ? Pour ma part, j’appelle vivement mes « frères » arabes à écouter Israël, car il y a un Israël audible. Comme il y a un sionisme « recevable », un sionisme nouveau, né en catimini, celui qui fit qu’en 2003 des jeunes juifs de France osèrent se définir comme « sionistes et propalestiniens », celui qui promet de rétablir ou de confirmer les deux peuples dans leurs droits respectifs, et serait le corollaire d’un nouveau messianisme, « laïcisé ».

Ce sionisme-là se trouve incarné aujourd’hui par des héritiers du professeur Leibovitz, tels l’historien refuznik Benny Morris, les écrivains Avraham Burg et David Grossman. Or, ce sont les mêmes David Grossman et Avraham Burg qui, avec tant d’autres encore, seront du 14 au 19 mars à la porte de Versailles.

Faisons donc fi de ce machiavélisme flagrant qui, sous couvert d’une manifestation culturelle, veut commémorer six décennies d’une occupation inique, et allons à la rencontre de ces écrivains qui, en Israël même, constituent de vrais remparts à la politique coloniale d’Israël, et à son effarante impunité ; les seuls à reconnaître le poids des mots d’Elias Sanbar : « Vous occupez nos territoires le jour ; nous occupons vos têtes la nuit. »

Salah Guemriche est écrivain.

Source : Le Monde

5 commentaires

  1. C’est bien beau ce que vous avez ecris mais ses ecrivains dont vous louez leur droiture vis à vis de la cause palestinienne ils ont accepter de venir au salon ce qui implique qu’ils cautionnent cet etat de fait et pour les rencontrer vous aurez d’autre occasion des les voirs et de discuter avec eux, alors j’estime a mon humble avis le boycotte c’est le minimum que vous puissiez faire a defaut d’aider les palestinniensapr autres chose, et n’oubliez pas nous allons tous mourir

  2. Il fallait mettre cet article que celui de Mr Guemriche !!

    http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/03/14/boycottage-beaucoup-de-bruit-pour-rien/

    On dirait que vous êtes entrain de mettre le principe de boycottage pris par certaines maisons d’éditions arabes en question !!!
    Il a fallu qu’une seule voix israélienne s’élève pour que vous changez votre avis et sur les israéliens et sur Israël.
    Aharon Shabtaï ne représente pas Israël et malheureusement il n’ya pas beaucoup comme lui ! Il ne faut pas se leurrer ni leurrer vos lecteurs sur la réalité !
    Les arabes ont boycotté, l’idée de mettre en valeur un état qui viole tous les lois en dépend d’un autre qui est entrain de disparaître.
    Les arabes se sont révoltés contre le fait que la culture a été prise en otage en dépend de la politique.
    Qui a dit que les arabes boudent la littérature des écrivains israéliens (juifs en général) ?
    On essaie de banaliser l’esprit de l’arabe, et banaliser son geste de compassion envers le peuple palestinien !
    L’arabe lit à des écrivains comme Zweig, Hoffman, Kafla. Des écrivains juifs qui ont embellis la littérature avec leurs écrits, des écrivains qui ont vécu en une période de guerre (la pire des guerres) et pourtant n’ont jamais politisé la culture.
    Cordialement

  3. certe il ya des voies qui sélevent, mais suffisent. t’elles vraiment?devrions nous contentés de quelque voies de jeunes déoeuvrés? de ses vieux intellectuelles dont le remords manges chaque jours?non mon ami les palistiniens meurent chaque jours, sans aucun regards des autres que pouvons nous fair pour les aidées? a part haire les juifs et aprendre a nos enfants de les haires sa ses ma missions.

  4. Le jour ou les élites arabes comprendront que c’est à eux que la responsabilité de révolutionner les moeurs politiques incombe. Le jour ou ils comprendront enfin que la démocratisation des vingt deux régimes arabes est la condition siné qua non qui leur permettera de rétablir un certain rapport de force avec leurs adfersaires. Nous pourrons alors dire sans risque de nous tromper qu’Israel n’est qu’un vieux cauchemar. Car que l’on s’entende bien. La démocratie chez les Arabes est l’antidote la plus efficace à tout ce que fait Israel depuis plus de soixantes ans!

  5. Ma devise est de ne jamais écouter un colonisateur.Merci à toute compréhension des internautes.

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