Allouache sème l’émoi sur la Croisette avec un "Repenti" bouleversant

Image du film Le Repenti
Image du film Le Repenti

Le très attendu film, "Al Taieb" (Le Repenti) de Mazak Allouache, programmé dans la Quinzaine des réalisateurs, a été projeté devant une salle comble.

Merzak Allouache a tenu son audience en haleine avec une narration soutenue par un suspense haletant, tout le long du film. A la fin de ce coup de cœur qui a comme centre de gravité un drame humain insoutenable, on en sort bouleversé.

La première impression que laisse donc le film est l’émotion et le bouleversement. Cela est d’autant plus vrai pour ceux qui ont vécu cette tragique période communément appelé "décennie noire". L’histoire d’un terroriste islamiste qui revient à la faveur de la loi de la "Concorde civile" est forcément troublante. Surtout que ce retour va soulever d’autres histoires et d’autres secrets qui vont se chevaucher et ajouter à la fois des détails surprenants, incroyables et dramatiques. Il s’agit notamment de la relation ambiguë d’un couple séparé qui se retrouve, suite à un monnayage de l’information par le repenti, pour aller voir la tombe de leur fille, kidnappée, tuée et enterrée par les terroristes dans la montagne.

C’est autour de ce synopsis simple que Merzak Allouache a tissé à petites doses un tapis humain et social dramatique. L’émotion est parfois suffocante. Certes, la réalité sociale est très présente dans le film, mais c’est surtout les psychologies des personnages qui sont privilégiées. Il ne s’agit pas de chercher un coupable ou de condamner l’un ou l’autre, mais de décrire des processus psychologiques dans lesquelles les personnages sont pris comme dans une souricière qui nous rappelle beaucoup le célèbre roman Des Souris et des hommes de John Steinbeck.

Sur le plan cinématographique, il n’est pas inutile de rappeler le petit budget avec lequel le film a été tourné. Souvent, c’est la caméra mobile qui prend en charge le récit. Un choix qui s’harmonise avec l’instabilité des émotions des personnages joués par de jeunes comédiens qui ont livré des prestations remarquables. Cela coïncide également avec le retour au bercail de Merzak Allouache qui retrouve la fraîcheur de la jeunesse algérienne et une inspiration débordante.

Ce retour aux sources a été déjà annoncé dans Normal dont le récit s’inscrit au cœur des problèmes algériens. Avec Le Repenti, le réalisateur de Omar Gatlatou confirme cette tendance voulant faire un cinéma aux carrefours de plusieurs écoles : néo-réalisme italien, nouvelle vague et surtout le cinéma remue-mémoire. Un genre que l’on repère dans beaucoup de pays ayant connu la guerre ou les violences des dictatures : l'Amérique latine, l'Afrique du sud, le Liban, le Maroc...

A la différence des films venant de ces derniers pays qui jouissent d’une tendance ou d’une volonté à la fois politique et populaire de connaître la vérité, Le Repenti risque de butter contre le traumatisme douloureux, l’ignorance ambiant et surtout la politique qui entretient l’amnésie.

En tous les cas, cela n’enlève rien à l’épaisseur du film qui reste une série d’interrogations, une tentative de comprendre les psychologies, la société sans jugements aucun et un actecinématographique et historique contre l’oubli. En substance, Al Taieb est un film fort, courageux, bouleversant et innovant qui a porté l’Algérie au sommet du plus grand festival du monde. A saluer donc. Normal !

De Cannes, Tahar Houchi

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Commentaires (3) | Réagir ?

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Nachabe Madih

Que dira Maougal ou sa compagne Kassoul ou Christiane Achour ou, pourquoi pas, Simone Rezoug de ce film Tahar? Du cinéma via la critique littéraire, ce n'est pas beau? Sadek des Ouadhias ou Mourad de Paris ou peut être même Messaoudène du Chateau d'eau diront que ce n'est pas évident de chercher l'humain dans l'âme d'un repenti algérien. Le repenti est aujourd'hui commerçant dans le bazar islamique allergique à l’impôt et n'est sensible qu'à la zakat pour la seule construction des mosquées. Allouache, un artiste apolitique formel, avec une neutralité de circonstance, cherchant à renverser les rôles en attribuant au bourreau celui de la victime. Mais, ce n'est pas de sa faute, semble nous conter Merzak.

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Atala Atlale

Ce commentaire me conforte et me rassure sur le sujet pertinent qui touche à l'histoire de mon pays, précisément la période dite décennie noire. Beaucoup de questions semble interpeller le spectateur du film présenté au festival de Cannes 2012. Une critique est attendue, celle des hommes de l'art, du 7e. J'ai hâte de voir ce film et donner mon opinion en tant qu'adepte des films d'une certaine tendance néoréaliste ou engagée. Merci Mr Allouache. J'espère aussi que M. Ahmed Bédjaoui en tant que spécialiste du cinéma, nous présentera sa critique.

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