Le film sur Krim Belkacem bloqué par le ministère des Moudjahidine

Première visite de Krim Belkacem et Boudiaf en Kabylie en juin 1962.
Première visite de Krim Belkacem et Boudiaf en Kabylie en juin 1962.

Le film sur Zabana est prêt, mais celui sur Krim Belkacem est toujours interdit par le ministère des Moudjahidine.

En Algérie, un certain flou entoure encore la programmation et les projets de films dans le cadre du cinquantenaire de l'indépendance. Si près de 150 scénarios ont été retenus par le ministère de la culture, leur financement reste encore incertain, en raison d'un conflit de compétences avec un autre ministère, celui des moudjahidine (anciens combattants) qui doit valider les scénarios.

Un film est déjà prêt, Zabana, du nom d'un des deux premiers combattants du FLN guillotinés durant la guerre d'Algérie. Réalisé par Saïd Ould Khalifa, le film retrace l'itinéraire militant d'Ahmed Zabana, blessé dans un accrochage le 11 novembre 1954, condamné à mort le 21 avril 1956 et exécuté le 19 juin sous la pression des ultras de la colonisation. Le soir de l'exécution, le FLN avait diffusé un tract annonçant : "Zabana et Ferradj seront vengés." "Ce fut, en quelque sorte, la genèse de la bataille d'Alger qui mit à rude épreuve Massu et Bigeard…", explique le réalisateur dans un journal algérien.

Mohamed Lakhdar-Hamina, palme d'or au Festival de Cannes en 1975 pour Chronique des années de braise, est en train de terminer Le Crépuscule des hommes. Le film s'intitulait initialement Corvée de bois, formule utilisée par les soldats français pour désigner les exécutions sommaires de prisonniers, le plus souvent des civils, qui devaient creuser leurs propres tombes. Le film, inspiré de faits réels, raconte l'histoire d'un parachutiste français qui refuse d'exécuter un maquisard et qui s'enfuit avec lui vers la Tunisie.

D'autres films sur des figures de la révolution sont prévus mais leur réalisation reste incertaine… Pour des raisons bureaucratiques en général, mais aussi politiques. Une loi adoptée en 2010 donnant un droit de regard à l'Etat sur les films qu'il finance, spécialement pour ceux qui se rapportent à l'histoire, crée de nombreux blocages. C'est le cas pour un projet consacré à Krim Belkacem, un des grands chefs militaires de la révolution algérienne. Passé dans l'opposition en 1965, il a été retrouvé étranglé dans un hôtel à Francfort. De manière inattendue, un projet de film sur un autre héros de la guerre d'indépendance, Larbi Ben M'hidi, pendu par Aussaresses dans la nuit du 3 au 4mars 1957, rencontre, lui aussi, des soucis.

Le producteur et réalisateur Bachir Derrais accuse le ministère des moudjahidine de censurer ce projet. "Comme si on avait peur de voir un film sur Larbi Ben M'hidi parce que cela renvoie leur propre image, leur miroir", s'est indigné l'auteur.

Amir Akef

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Commentaires (9) | Réagir ?

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ali chemlal

Si l'on met en avant les chefs historiques de la révolution, artisans de l'indépendance nationale les dirigeants actuels seront confinés dans un rôle de simples figurants, ou même de simples spectateurs. c'est pourquoi, il n'est pas question pour eux d 'écrire la véritable histoire de la guerre de libération afin de poursuivre leur mission de désinformation et de conserver les rênes du pouvoir.

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samidou

Bien sûr c'est très clair parce que les harkis qui maintiennent le ministère des moujahidines, les vrai hommes de la révolution algérienne sont tous éliminés soi avant ou après la guerre de l’indépendance.

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