Aux urines, citoyens !
Mots clés : algerie, Législatives, politique
Les cafés reviennent. Au commencement, à l'époque de l'Etoile nord-africaine, ils ont été le réceptacle de la colère.
Plus tard, ils ont été le berceau de la révolte. C'était en 1954. Très peu de temps après, ils ont été les arènes de la mitraille. Des règlements de comptes. MNA contre FLN. Algériens contre Algériens. Des morts par dizaines. Du sang par hectolitres. L'indépendance ! L'Algérie enfin ! Un demi-siècle plus tard, nous y voici encore, entre exilés. Noyés dans les questions. Combien vaut un Algérien ? Mort, il coûte quelques kilomètres de lamentations. Vivant, il cherche du travail, du ciment, du fer à béton, ou un piston...
Nous avons tous émergé du même humus. Pourtant, nous ne nous ressemblons pas. Pourquoi, donc, dans ce pays certains parlent d'argent et d'autres de futur, de vie ? Nous avons piétiné la même boue, nous avons mangé les mêmes soupes, nous avons plongé dans les mêmes mares. Nous nous sommes gargarisé des mêmes des mêmes blagues. Pourtant, aujourd'hui, adultes, nous sommes devenus différents. Nous avons appris à feuilleter les liasses de billets. De l'euro, du dollar du dirham, du...
Nous avons appris à réciter sur le bout de nos doigts qui ont joué aux noyaux d'abricots (di noyau), le moindre taux boursier. Que peut le CAC 40 contre le tcherek el aaryan ? Normalement rien. Le présent le dit : si ! Il peut tout. Un gâteau aussi profondément ancré dans la mémoire ne peut rien contre la crise.
L'exil est une tache. Ceux qui ne sont jamais partis vivent-ils mieux ? Rien de moins sûr... Les jeunes couples ne peuvent pas s'embrasser, se marier, vivre ensemble, fonder des familles... Les vieux divorcés ne peuvent pas envisager de se refaire...
Ceux qui, par malheur, entreprennent tombent au pied des murs bureaucratiques. Ceux qui osent quelques ruses s'essoufflent lorsqu'ils se retrouvent face aux képis. Quand tout part en billes comme cela, à la veille d'élections législatives inutiles, on se rabat sur le constant : le patrimoine.
Que reste-t-il de ce patrimoine ? Nous sommes Algériens. Frère, cousins, amis... Regardons-nous dans les yeux. Avons-nous une ville, une cité digne de notre orgueil incommensurable ? Rien !
Une ruelle : Didouche Mourad. Un chemin : Larbi Ben M'hidi. Des contreforts : Poirson. Des bidonvilles : Bachdjarah. Nada ! Nous avons crevé la ville que le colon a laissée. Nous avons mangé les jolis murs que l'on nous a légués. Les portes des immeubles algérois sont des monuments qui auraient mérité d'être classés au patrimoine mondial. Par décence, par pudeur, je ne parlerai pas de la Casbah.
Je veux juste dire à Khalida et à Si Abdelaziz qu'ils sont assis sur les cendres des maîtres, Meskoud en a parlé : maroquiniers, passementiers, dinandiers, violonistes, d'rebquis...
Bref. A quoi, à qui vont servir les prochaines législatives ? On pleure à l'avance le taux d'abstention. On feint de ne pas savoir pourquoi les Algériens n'iront pas aux urnes.
A l'heure où de nouveaux dictateurs bourgeonneront, les Algériens seront en train d'uriner...
Meziane Ourad
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