Les prouesses du ministre de l’agriculture
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Chiffres et pourcentage à l’appui, le ministre de l’agriculture, M. Benaïssa, s’est évertué à expliquer aux Algériens qu’ils coutent chers en matière d’approvisionnement en céréales. Les années de la concorde civile de Bouteflika semblent avoir stressé le citoyen au point où sa ration alimentaire importée de l’étranger ne cesse d’augmenter.
La facture est salée, dit-il, une manière subtile de semer la panique, d’instaurer la peur par une prévisible rupture des stocks, comme quoi si le pain venait à manquer, ce ne serait point la faute à l’Etat mais bien aux citoyens qui mettent les bouchées double en ces temps d’incertitudes politiques, où les affameurs du peuple arabe tombent un à un, par la force des armes ou par l’opiniâtreté des manifestants qui ne comptent pas se suffire de miettes du levain de leur révolution pacifique.
Si les importations de blé ont connu une hausse par rapport à 2009 et 2010, le ministre de l’agriculture, M. Benaïssa, a imputé cette hausse d’abord à l’augmentation des prix à l’échelle internationale ensuite au souci des pouvoirs publics de garantir la disponibilité de ces produits au niveau national. Pour recevables que soient ses arguments, il n’en demeure pas mois que cette logique admet comme seul critère le marché de l’importation, de la dépendance alimentaire qui va crescendo. Pour cela, le ministre ne manque pas de chiffres, de pourcentages, tels ceux donnés par les représentants de Bouteflika qui se gargarisent des succès remportés par la Charte pour la paix et la réconciliation en chiffrant le nombre de fournées en " repentis " enregistrés. Or, les raisons profondes sont ailleurs, elles tirent leur origine désastreuse de la dilapidation du foncier, des dernières terres arables de la Mitidja, ne fussent que celles-ci, soumises aux appétits gargantuesques des protégés du pouvoir maffieux et rentier. Dans les années 2003, le projet de complexes touristiques sur le littoral ouest d’Alger était octroyé à un prince émirati pour lequel les terres alluviales étaient concédées à vil prix, comme l’avaient fait les Turcs en leur temps, louant ces mêmes terres et imposant des cultures aux paysans en fonction des besoins de pays étrangers comme l’Angleterre. D’autres projets, comme la mise en valeur des terres dans le sud algérien ou encore les crédits accordés aux jeunes qui veulent investir dans une exploitation agricole n’ont été que feu de paille dans un environnement politique marqué par un va-tout d’un pouvoir sans projet de société.
Pour M. Benaissa, le pain coûte les yeux de la tête à l’Etat car, pour sa bonne gouvernance, il est le bienfaiteur, le messie de ses sujets qui en soutient le prix à l’importation contre vents et marées. Le pain béni de Bouteflika est comme disent les sages, ne se mange pas dans la honte et l’impunité.
R.M
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