Avec ces députés, ceux qui ont peu, n’auront rien !

Les députés sortants ont sali le très peu de crédit que pouvait avoir l'APN.
Les députés sortants ont sali le très peu de crédit que pouvait avoir l'APN.

Une campagne, en principe, c’est un débat politique, économique, social, culturel voire même cultuel, mettant aux prises d’un côté des hommes politiques si possible porteurs de projets, et de l’autre, des citoyens intéressés et capables de forger leur propre opinion.

De plus, un homme politique fait des promesses, les électeurs font semblant d’y croire, c’est le jeu ! En littérature, le rappelait quelqu’un, on appelle ça la "suspension d’incrédulité". En politique, c’est une campagne électorale, à charge pour l’élu de justifier, par la suite, son incapacité à appliquer son programme, ou celui de son parti, malgré toute sa bonne volonté.

D’ailleurs, chacun sait que pour être élu, le candidat doit sortir de la réalité et raconter les plus belles fables possibles, afin d’attirer le client-consommateur-électeur- Cela peut fonctionner, parce que l’être humain, ici c’est l’Algérien, c’est l’électeur, veut toujours croire que le pays a su jusqu’à présent résister à tout, et qu’il va, encore une fois, s’en sortir. C’est ce que vont s’atteler à faire les 120 000 postulants à l’Assemblée populaire nationale, qui vont se disputer (loyalement ?) les 462 sièges mis en jeu, au titre du scrutin législatif, du 4 mai prochain.

Tous, y compris les "intermittents de la politique", sont convaincus qu’ils ont les moyens d’y parvenir ; leurs partis ne jurent, d’ailleurs, que par la victoire. Seulement voilà, la campagne électorale a plus de deux semaines de son lancement a été, jusqu’à ce jour, faiblement mobilisatrice ; les causes principales sont dues :

Au faible niveau des intervenants, à l’absence de visibilité des programmes, au profil peu engageant des candidats et de certaines candidates "masquées" et au désintérêt populaire. A cela, il faut ajouter la guéguerre opposant le RND et le FLN qui se disputent la paternité du président de la République ce qui donne un aperçu du climat qui prévaudra quand il s’agira de former le gouvernement d’après législatives et de s’entendre sur la personne qui le dirigera.

L’indigence programmatique s’observe dans les discours de campagne des candidats plus enclins à traiter de l’anecdotique que du politique ! Leur "intérêt" pour les questions nationales au détriment des préoccupations locales montre clairement qu’ils se sont trompés de scrutin ! Mais pour bon nombre de ceux qui sont appelés aux urnes, le passif de la défunte APN est difficile à oublier ; la loi de finances scélérate de 2016 et celle relative à la retraite ont fait des dégâts tant chez les ménages que chez les travailleurs.

Les "sans préférence partisane" seraient cette fois-ci, peut-être, tentés d’aller voter pour sanctionner l’échec de l’institution parlementaire et commencer, déjà, par sortir les sortants !

Tous les candidats plaident pour une participation massive ! On ne connait pas leurs idées concernant la priorité des problèmes à traiter, ce qu’ils comptent faire pour les résoudre et surtout pourquoi les électeurs devraient voter pour eux ?

Cela ne les dérange pas pour autant dès lors que la loi électorale n’impose pas aux partis politiques comme c’était le cas par le passé, de rendre publics leurs programmes au moment du dépôt des dossiers de candidatures ; cette obligation n’est, semble-t-il, imposée que pour les candidats indépendants. Les partis politiques agréés en sont dispensés, ils ont satisfait à cette exigence lors du dépôt de leur dossier d’agrément au Ministère de l’Intérieur.

De toute façon, dit-on, les Algériens ont horreur des chiffres et des bilans censés exiger des connaissances, de l’attention. Les partis et leurs candidats en profitent ; demain, on rasera gratis, répèteront-ils à l’envi. Tous les mêmes, tous pourris, disent les électeurs qui pour la plupart iront, tout de même voter. Pour la stabilité du pays. Un argument de poids décidément, dont usent et abusent tous les partis proches du pouvoir, à leur tête le FLN et Djamel Ould Abbès qui ne cache pas son optimisme : "notre parti remportera les élections", dit-il.

C’est peut-être vrai, si l’on part du fait que le vieux parti possède un ancrage certain notamment à l’intérieur du pays. D’ailleurs, certains observateurs se sont enhardis à affirmer que "s’agissant de la future APN, il n’y aura pas de prise de risque et le FLN devra, par nécessité stratégique s’arroger la majorité absolue ; le RND disposera d’une minorité significative, de même que le MSP pour ne pas provoquer la contestation islamiste des résultats. Le reste sera partagé, à parts égales, entre les petits partis amis et l’opposition participationniste ayant, encore, une existence humaine".

Chez les islamistes, on ne l’entend pas de cette oreille ; à Alger par exemple, la tête de liste du MSP-FC parle de rafler la majorité des sièges et le chef de cette alliance surenchérit en affirmant que sa formation s’apprête d’ores et déjà à gouverner "avec un programme à même, de sortir le pays de la crise en 5 ans !"

Au RND, on compte financer la satisfaction d’une demande de logement social qui va augmentant en ces temps de crise, par le relèvement du plafonnement des demandeurs pour le porter de 24 000 dinars à 60 000 dinars !

Faut-il blâmer ce type de discours populiste et ceux qui les tiennent ? Dans ce cas-là, il faudrait également fustiger ceux qui veulent bien les croire alors qu’ils savent qu’ils leur mentent ! N’est-il pas temps pour toutes ces formations politiques qui prétendent disposer suffisamment de cadres et d’experts à même de trouver des solutions à la crise qui frappe le pays, de parler à l’intelligence des Algériens ?

De s’adonner, un peu moins, aux petits jeux politicards ? D’arrêter de cultiver l’entre-soi ? De se distinguer autrement que par l’invective ?

L’occasion, aujourd’hui, leur est donnée : le gouvernement vient de rendre public le "nouveau modèle de croissance" dont les objectifs tablent sur :

- un PIB à 10% d’ici 2030

- une croissance agricole qui atteindra à cette date, un taux de 6,5%

- une hausse des services marchands de 7%

- une transition énergétique en baisse de 6% à 3% en 2030

- la diversification des exportations algériennes à travers ce qu’il a appelé "la croissance économique accélérée".

Des vrais débats en perspective qui seraient de nature à nous réconcilier avec la politique si ces messieurs-dames, candidats et candidates à la députation, penseraient à interpeler le gouvernement de Abdelmalek Sellal sur deux difficultés majeures qui risquent d’impacter le "nouveau modèle de croissance" :

1. Les ministères et les organismes publics chargés de le mettre en œuvre, manquent cruellement de compétences pour mener à terme les réformes proposées (beaucoup de cadres ont été mis, prématurément, en retraite et d’autres, par milliers, ont préféré quitter le pays pour des cieux plus cléments)

2. Les aspects sociaux induits par ce modèle vont impacter la politique de subvention des couches sociales et celle concernant le soutien des entreprises publiques

En Algérie, faisait remarquer un chroniqueur, "la politique est depuis plusieurs années une affaire qui n’occupe que ceux qui y gagnent leur vie. Ou plus que leur vie. Et pas seulement les politiciens, jusqu’au plus bas de la hiérarchie politico-administrative, jusqu’aux hommes de main ; ils sont une chaîne à souscrire aux budgets de campagne, en attendant les retombées de la promotion politique de leurs parrains respectifs. Pourquoi voulez-vous donc que les Algériens s’intéressent au tapage qui entoure la distribution des sièges déjà, autoritairement, alloués pour certains, ou déjà, indélicatement, négociés pour d’autres ?".

On est aussi d’accord avec celui qui rappelait à juste titre que pendant que les Iraniens construisent des voitures, les Indiens des satellites, les Brésiliens des avions et les Egyptiens fabriquent des médicaments, les Algériens n’arrivent non seulement pas à s’accrocher aux pays émergents, mais se retrouvent, régulièrement, confrontés à des débats alimentaires !

La campagne électorale se poursuit sur un fond d’incertitude concernant le taux de participation et aussi l’exemplarité des candidats ; une Assemblée sera pourtant élue avec des députés sortants qui vont "remettre les couverts" comme on dit et retomber dans leur routine. Ils siègeront à côté de tous ces "ministres candidats" qui seront élus, sans coup férir, malgré leur bilan désastreux.

Il y aura, peut-être, parmi les heureux élus des députés qui arriveront plein d’idées, mais une fois sur place, ils s’apercevront que tout n’est pas possible ! Ils se heurteront au "système", avec beaucoup de désillusions et d’amertume. Ils feront alors avec "ce qu’ils peuvent".

Et dans ce cas-là, si l’on estime qu’ils n’ont pas tenu leurs promesses, cela ne veut pas dire qu’ils ont menti à leurs électeurs. Ils ont été, tout simplement, rattrapés par le pragmatisme inhérent à la politique, façonné par le compromis. Le vote à bras levés !

En définitive, les députés ne sont que les représentants du peuple, autrement dit, de nous autres, simples quidams. Et avec eux, ceux qui ont peu et qui auront cru en leur monologue électoral, n’auront rien.

Cherif Ali

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Massine Ait Ameur

il ya quelqu'un qui a compare le salaire de ces Beni Oui Ouis au SMIC en Algerie et dans beaucoup d' autres pays. Le salaire de ces suceurs de sang evalues a 40 millions de douros est 40 fois le SMIC Algerien (40:1) alors que dans un pays comme la France il est de 5:1 ! Face a la miseure qui est rampante en Algerie, C'est un outrage au peuple d'une gravite extreme.