Belaïz : «Le phénomène des harraga nous dépasse»
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«Nous n’arrivons pas à identifier les raisons qui poussent les jeunes à partir ailleurs». Celui qui parle ainsi est le ministre de la Justice et garde des Sceaux, Tayeb Belaïz, en réponse à une question d'un sénateur.
«La Commission interministérielle qui travaille depuis plusieurs mois sur ce dossier n’a pas abouti réellement à cerner les véritables causes qui sont à l’origine de ce phénomène», a-t-il avoué du haut du perchoir du Conseil de la nation.
La déclaration du ministre de la Justice vient s’ajouter à celle du secrétaire général de l’instance exécutive du FLN et ministre d’Etat, Abdelaziz Belkhadem. «S’il y a des solutions miracles pour les harraga nous sommes preneurs», a répondu M.Belkhadem à un confrère qui l’interrogeait sur les ondes de la Chaîne III
Quand un pays perd ses jeunes et quand de hauts responsables de l’Etat, payés avec l’argent du contribuable pour trouver des solutions, avouent publiquement leur échec, c’est qu’il y a un grave problème.
Le phénomène des harraga ankylose le gouvernement.
Deux ans après la rencontre gouvernement-walis où le chef de l’Etat a exhorté ses cadres à prendre en charge les problèmes de la jeunesse, le résultat est loin, très loin d’être satisfaisant. De grands espoirs ont été attendus de cette rencontre, mais les résultats sont décevants. La saignée continue sur nos côtes. Selon les chiffres officiels, notre pays a enregistré plus de 3600 cas de harga.
De janvier à octobre 2008, les Forces navales algériennes ont intercepté, dans le cadre de la lutte contre l’émigration clandestine, 1533 émigrants clandestins. Durant l’année 2007, 1530 harraga ont été interceptés, dont 1485 Algériens. En 2006, pas moins de 1016 personnes ont été arrêtées contre 335 harraga et 29 corps repêchés en 2005. Ces statistiques indiquent clairement que le nombre des harraga enregistre une courbe ascendante. Il faut noter que ces derniers représentent 70% de la population.
Chargé de prendre soin du dossier, l’équipe en place n’arrive même pas à établir une biopsie. Les travaux de recherche lancés il y a des mois, par la Commission interministérielle pour identifier la souche du mal, sont toujours à la case départ. Cet aveu d’échec confirme une nouvelle fois que le gouvernement est en panne d’idées et il est incapable de trouver une issue à la question des harraga. Interpellé, à plusieurs reprises sur cette question, le ministre a fini par lâcher:
Hormis le facteur déterminant du chômage, M.Belaïz reconnaît que l’Exécutif ne maîtrise pas les éléments qui incitent des milliers de jeunes à tenter l’aventure en haute mer. Sans boussole et sans trop fouiller dans les archives et consulter des experts en la matière, la réponse est visible et elle se confirme au quotidien. Le gouvernement n’a qu’à ouvrir sa fenêtre ou descendre carrément sur le terrain pour voir de visu la réalité et trouver le mot de passe du modem. Les ingrédients sont palpables. La mal-vie, l’absence des moyens et des espaces de loisirs, le manque d’encadrement et de débats ainsi que l’absence de perspectives...sont autant d’éléments qui font nourrir chez les jeunes ce sentiment d’angoisse et d’exclusion les poussant jusqu’à braver les dangers en haute mer.
Dans son intervention, M.Belaïz a invité les partis et les universitaires à proposer des alternatives. Voulant défendre le gouvernement, le ministre a déclaré que la responsabilité de ce phénomène n’incombe pas uniquement au gouvernement mais elle implique également les partis politiques et les associations. «Aucun parti politique n’a crée une commission d’enquête pour détecter les raisons de ce problème», a-t-il déploré en précisant toutefois que «le gouvernement était le seul à avoir installé une Commission nationale pour prendre en charge le dossier». Les propos résument parfaitement l’impasse dans laquelle se trouve le gouvernement dans cette complexe équation de la jeunesse.
S.C. (Sce : l'Expression)
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