Législatives 2017 : entre dérives autoritaires, chkara, injures et soutiens affligeants !

Les boycotteurs comme Benflis sont traités de "hraymiya" par Abdelkader Zoukh, le wali d'Alger.
Les boycotteurs comme Benflis sont traités de "hraymiya" par Abdelkader Zoukh, le wali d'Alger.

S’il ne restait qu’une question à poser à quelques jours du lancement officiel de la campagne électorale, elle consisterait à s’interroger sur les voies et moyens susceptibles de créer une vraie joute électorale.

Avec si possible, une multiplicité de participants de qualité, une campagne électorale colorée et diversifiée en matière de projets et de programmes, une couverture médiatique aussi consciencieuse que professionnelle, et surtout, un vote avec le moins d’abstention possible. Présentement et il faut le dire, les esprits s’échauffent et en guise de débat, les partis politiques et certains candidats en lice, offrent à l’opinion publique la raison, encore une, de bouder les urnes à travers un florilège pour le moins surprenant, voire choquant de leurs plus récentes déclarations.

Par exemple, le secrétaire général de l’ANR, Belkacem Sahli qui est allé jusqu’à faire l’éloge de la fraude électorale en estimant "qu’il vaut mieux avoir une Assemblée élue par la fraude ou une Assemblée de coiffeuses que de ne pas en avoir du tout !".

Une sénatrice du tiers présidentiel, ancienne présentatrice du 20 heures de l’Unique et présentement cadre du TAJ, qui estime que «toute abstention diminuerait de la citoyenneté de son auteur !".

Un chef de parti "lilliputien", gonflant le torse, qui a accusé les partis appelant au boycott de "traîtres envers la nation et le peuple algérien !". Mais la palme revient, indiscutablement, au député sortant Hassen Aribi, islamiste et candidat sous les mêmes couleurs à Alger, qui a accusé tous ceux qui viendraient à boycotter le scrutin du 4 mai prochain d’être non seulement des "mécréants et intrus" mais aussi d’être de "semence sioniste et gaulliste dont la mission est de parasiter la mémoire du peuple !". Plus que des mots, des insultes intolérables en démocratie. Des maux à combattre ainsi que leur auteur !

On l’aura compris, toutes ces accusations, sont destinés aux présidents de Talaie El Houriyat, Ali Benflis, ou Jil Djadid de Soufiane Djilali qui ont pris la décision d’engager leurs formations politiques dans le boycott du scrutin du 4 mai prochain, en l’absence de réponses probantes à leurs questionnements qu’ils ont rendus publiques :

  1. ces élections sont-elles destinées à constituer un tournant dans la réhabilité de la citoyenneté véritable et du respect du peuple souverain ?

  2. ou ne seront-elles qu’une autre étape banale dans la perpétuation du déni de citoyenneté et de la confiscation de la volonté populaire ?

  3. s’inscrivent-elles dans la trajectoire impérative de la modernisation de notre système politique ?

  4. ou ne servent-elles qu’à lui donner un autre sursis et un nouveau souffle ?

Pour les observateurs, cela signifie, peut-être, la mort prématurée de ces partis et de leurs alliés qui ne pourront pas survivre à quatre années de traversée du désert en dehors des assemblées élues. C’est comme cela, d’ailleurs, que le perçoit le président du MSP qui a estimé dans un entretien accordé à la radio nationale chaine 3 que ces partis desquels il s’est démarqué, vont connaitre un "chômage politique" de longue durée ! Certains de leurs militants ne se gênent pas, d’ailleurs, pour dire qu’ils ne sont pas d’accord avec l’idée du boycott : "Il fallait mener la bataille pour ne pas faciliter la tâche du pouvoir et l’obliger à se découvrir par des pratiques antidémocratiques. Il fallait participer pour profiter des moyens, certes limités mais réels (passage dans les médias lourds, affichage, meetings, pour faire connaitre la ligne du parti)".

Quelqu’un rappelait, très justement, que les partis du mouvement national ne cessèrent jamais, avant 1954, de participer aux "mascarades électorales" du pouvoir colonial. Personne ne les accusa, jamais, de s’être discrédités et d’avoir trahi en négociant des quotas ! Personne n’exigea, jamais, d’eux qu’ils renoncent à utiliser des tribunes qui s’offraient eux pour dénoncer l’oppression, défendre leurs revendications et éveiller les consciences !

Au gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur et des Collectivités Locales, Noureddine Bedoui, on s’interroge : "A quoi sert un parti politique qui ne veut participer qu’à l’élection présidentielle et refuse de le faire quand il s’agit d’élections législatives ?" Et d’avertir : "Ceux qui vont boycotter les élections législatives de mai prochain, n’auront pas droit de cité durant la campagne électorale ; la loi ne leur permet pas de tenir des meetings dans les salles publiques !". Menace à peine voilée à prendre au mot.

Les boycotteurs, Ali Benflis en tête n’ont n’en cure et ils l’ont fait savoir "alors qu’ils espéraient de nouvelles figures, de nouvelles mœurs politiques, de nouvelles règles de jeu, et de nouvelles ambitions pour le pays à travers des institutions démocratiques issues de la volonté populaire, les citoyens se retrouvent, encore une fois, otages des pratiques mafieuses, des marchandages et des arrangements souterrains".

Dans le camp des boycotteurs, on ne se contente pas, toutefois, d’encaisser et de prendre des coups, puisqu’on cherche aussi et à tous prix, à faire passer les participationnistes pour des vendus au régime. Cette accusation est, évidemment, erronée et n’a aucun fondement, car une participation aux élections-bien qu’elles puissent être décriées- ne signifie pas le renoncement. Seuls les actes et les discours peuvent nous renseigner sur le changement de la ligne politique d’un parti. Pour beaucoup d’observateurs, le régime est associé à tout évidemment, aux institutions, voire à l’Etat. Du coup, les élections ne peuvent être en aucun cas celles du peuple algérien, mais celles du régime. D’où le rejet du processus électoral et à la disqualification de tous les partis qui y prennent part.

Ces propos émanent d’un militant politique qui estime que la participation aux élections n’est pas une compromission, à moins, affirme-t-il, que les boycotteurs n’aient une recette que la science politique ignore ? En définitive, l’histoire nous enseigne, que le boycott n’a jamais entrainé l’alternance politique nulle part dans le monde ! Ses partisans ont pour objectif de faire invalider un scrutin électoral, ou pour le moins, utiliser le chiffre du taux d’abstention pour enlever toute légitimité aux institutions et aux candidats.

Pour les participationnistes, il vaut mieux, éviter la marginalisation et participer aux élections, quelles que soient les circonstances, quitte à protester par des voies légales. Ce que fait le Parti des Travailleurs, avec toutefois cette étrange nuance : sa secrétaire générale appelle à boycotter les partis qui ont eu recours à la "chkara". Elle n’indique pas, pour autant, le procédé, faisant mine d’ignorer que l’argent n’a pas d’odeur ! Encore des mots qui sonnent dans le vide !

Ce que fait aussi le FFS qui est rentré dans la course électorale reprenant, sans nul doute, sa profession de foi de 2012 qui consistait à dire qu’il faut "voter pour mettre du mouvement dans le statu quo !". Joliment dit, contrairement au président du FJD Abdallah Djaballah qui, après avoir décidé de tenter l’aventure des législatives n’a pas trouvé mieux en guise de programme politique que de recommander à ses ouailles de "prier devant l’urne".

Voter, s’abstenir ? A chaque élection, on s’interroge :

  • Faut-il, d’abord, s’opposer à la tenue d’élections, ce qui équivaudrait à une faute grave, dès lors qu’il faudra expliquer à ses militants d’abord et à la communauté nationale et internationale ensuite, pourquoi après avoir réclamé des élections libres, transparentes et démocratiques, on s’oppose à leur déroulement malgré les garanties apportées (une Commission Indépendante de Surveillance, des observateurs étrangers etc) ?

  • Pourquoi, ensuite, participer à des élections si l’on estime que les dès sont truqués ?

  • Pourquoi, enfin, apporter une quelconque caution si, soit disant, les résultats, sont déjà connus et les quotas attribués ?

Les électeurs, notamment les jeunes, ne se posent plus de questions : "Nous voulons que ça change, disent-ils, mais ce changement ne vient pas ; nous n’avons pas de travail, ni de logement encore moins les moyens élémentaires pour se distraire… Donc, nous ne participons plus. D’ailleurs, c’est du pareil au même".

Si leur comportement ne bouge pas, cela laisse présager pour le scrutin à venir, une montée en force de l’abstention ; un politologue a même ajouté que "lorsque des jeunes ne participent pas aux deux premières élections de leur vie, le risque qu’ils deviennent abstentionnistes chroniques est très fort". Et les ingrédients pour une forte abstention sont réunis :

  • Il y a déjà ces affiches scandaleuses, qui laisse-t-on dire, vont être enlevées par les responsables du département de Noureddine Bedoui suite à la polémique qu’elles ont suscitée.

  • Il y aussi tous ces panneaux d’affichage saccagés avant l’heure ce qui est révélateur des maux dont souffrent encore des segments entiers de notre population du fait des années noires du terrorisme.

  • Il y a encore le traitement subjectif de l’actualité, notamment politique, de nos médias publics qui reste plus que critiquable ? La naissance de médias alternatifs sur internet a permis de relever le contraste entre eux et l’information relayée par les supports traditionnels qui servent la propagande officielle. Le traitement médiatique de la campagne électorale, va-t-il être fait de la même manière qui a prévalue jusque là ? Les algériens auront-ils droit à un débat transparent et responsable ? Le ministre de la communication s’y est engagé ; il ne peut pas faire autrement car la presse privée et les réseaux sociaux surtout, joueront le rôle de contre pouvoir et les médias publics traditionnels risquent, encore une fois, de perdre de leur influence.

Le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, est plutôt optimiste : il soutient mordicus que le taux de participation sera supérieur à 50%. Il en a fait la promesse au président de la République, a-t-il dit. Des mots, encore des mots, toujours des mots !

Le 4 mai prochain, on devra choisir entre les listes proposées par les partis traditionnels et les groupements politiques des 4% qui ressemblent à de simples additions, sans valeur ajoutée. Pourtant, il ne suffit pas de rassembler des partis se réclamant du "programme du président de la République", et des hommes se disant "progressistes et démocrates" ou plus encore des islamistes purs et durs avançant "masqués", pour prétendre représenter quelque chose !

Tous ces groupements ont-ils un programme à défendre ? Tous, pourtant, se proclament de la démocratie et tous promettent de l’emploi et du logement. Sans oublier la moralisation de la vie politique dont ils ont fait, soit disant, leur cheval de bataille. Ce sont, bien évidemment, des déclarations d’intention, surtout pas des programmes. Des mots, encore des mots, toujours des mots !

Les pouvoirs publics ne s’attendent pas, malgré leurs appels, à une participation record, mais si le taux est du même niveau que celui des législatives de 2012, elles s’en accommoderaient et pourraient même s’en gargariser pour affirmer qu’"on est, somme toute, dans les normes des démocraties occidentales".

Pour les boycotteurs, le vote est tout juste utile pour montrer au monde, qu’en Algérie, le citoyen vote, il est candidat, il est élu et il peut même être député. Ce qui n’est pas faux pour ces regards qui ne voient que notre façade, le rappelait à juste titre quelqu’un. Ils engagent tout de même leur joker le 4 mai prochain :

  • Opter pour un boycott passif et leur discours sera inaudible,

  • Trancher en faveur d’un boycott actif, en appelant, par exemple, leurs militants à "tracter"sur la voie publique des messages anti-vote, perturber les meetings des participationnistes, ils susciteraient l’ire des pouvoirs publics qui font de l’ordre public une ligne rouge à ne pas dépasser !

En attendant, ils ont été rhabillés pour l’hiver par l’inénarrable wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, qui les a qualifiés de "hraymiyas". Même si un wali ne devrait, jamais, dire ça !

Cherif Ali

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Commentaires (3) | Réagir ?

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khelaf hellal

La rente pétrolière de l’Algérie, un grand gâteau à se partager, fakou bikoum ! Qui a dit : "On ne peut pas tromper tout le peuple pendant tout le temps. " Le monde du travail et de l'effort est sacrifié, la jeunesse aussi avec vous, les prédateurs, les traitres et les tire-aux-flancs au pouvoir.

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khelaf hellal

Je veux dire :" Fakou bikoum les boycotteurs de ces élections ! "

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uchan lakhla

Ya si 3li, quand vous étiez premier, vous avez intimé aux Walis l'ordre de frauder pour votre maître de l'époque, celui qui a fini par détruire toutes les instituons du pays, quand vous étiez premier ministre, 127 jeune Kabyle mort sous les balles assassines du régime à la tête duquel vous étiez, plus de 6000 handicapé à vie, un Homme d'état dans de pareils circonstances démissionne, jette l'éponge, vous étiez chef du gouvernement où le sinistre ministre de l'intérieur Zerhouni traitait Massinissa de voyou qu'il l'avait bien cherché, quand les tangos criminels sont graciés, sous d'autres cieux pour moins que ça des Hommes d'état démissionnent, êtes vous sûr d'en faire partie, au JT de 20 heure du 14 juin 2001, le directeur de cabinet du ministre de l'intérieur est venu expliqué fièrement, que les algérois qu'ils félicite, ont protégé la capitale contre les barbares venus d'ailleurs, quand vous étiez premier ministre vous avez fait voté des lois liberticides qui sont toujours en application, celles là qui interdisent les manifestations de rue, je peux aisément comprendre des Ouyahia qui disent nous sommes du pouvoir nous y restons, au moins eux c'est clair on ne risque pas avec eux de voire le soleil se levé un jour à l'ouest, avec vous nous ne savons pas de quoi demain sera fait, parce que tant de fois vous avez tourné et retourné la veste, c'est la raison pour laquelle, je préfère de très loin Ouyahia a des girouettes politique de votre acabits.