L'Education à l'heure des smartphones et tablettes (III)

Les supports audiovisuels sont des secours pour l’élève
Les supports audiovisuels sont des secours pour l’élève

De nos jours, l’utilisation des programmes informatiques et des logiciels dans l’enseignement s’impose de façon naturelle à la seule condition de la disponibilité du matériel nécessaire.

Les technologies de l’information et de la communication

À la vitesse où se développent les TIC (la démocratisation de l’informatique au sens utilitaire), nous verrons dans quelques années tous les élèves avec leurs propres ordinateurs portables ou tablettes si ce n’est pas déjà le cas dans certaines régions du monde. Ceci est un fait. Toutefois, l’utilisation des TIC dans l’enseignement est antérieure à cette réalité et a été introduite pour les avantages qui en découlent. Comme dans les sciences, l’informatique apporte des avantages à l’enseignement pourvu que l’on fasse un bon usage et qu’on l’adapte. Cependant, il faut être conscient des modifications qu’il introduit. Par exemple, on peut utiliser un environnement informatique au primaire pour l’enseignement des mathématiques, mais il faudrait mettre sur les ordinateurs des élèves un programme informatique qui les empêcherait d’installer des calculatrices pour qu’ils soient obligés de faire leurs calculs mentalement ou avec un crayon et du papier si non leur apprentissage de l’arithmétique sera affecté, [5]. Les technologies de l’information et de la communication ont modifié de façon importante l’enseignement d’aujourd’hui. Elles permettent une meilleure communication entre l’enseignant et les élèves ainsi qu’entre l’enseignant et les parents par l’intermédiaire de l’Internet et des systèmes informatiques dont disposent les écoles. À l’heure actuelle, l’enseignant est capable de mettre à la disposition des élèves et de leurs parents tout ce qu’il fait en classe régulièrement (les notes de cours, les travaux dirigés, les corrigés des exercices et problèmes…) pour qu’ils le consultent à partir de leurs maisons (4).

L’enseignant n’a pas besoin d’attendre le bulletin scolaire pour informer les parents de l’évolution des apprentissages de leurs enfants, il les informe au fur et à mesure qu’il effectue ses évaluations durant une étape ou un trimestre et il les informe aussi des dates importantes comme celles de remise des travaux et des examens… Les TIC permettent aussi de faciliter l’enseignement dans certaines circonstances, car elles rajoutent des supports audiovisuels pour l’élève. Elles sont d’un grand secours pour les élèves dyslexiques : il existe des logiciels adaptés pour la lecture et l’écriture des textes qui sont utilisés actuellement dans les écoles. Comme il existe aussi des logiciels interactifs pour l’apprentissage des langues qui font intervenir des milieux inspirés de l’environnement d’un enfant de l’Occident ce qui ne correspond pas exactement à celui de l’enfant kabyle, de ce fait l’éducateur de l’école kabyle qui veut les utiliser doit être conscient de ces différences et doit compenser cela avec d’autres activités. On doit être aussi conscient des modifications sémantiques que peuvent provoquer les logiciels chez l’élève, car comme l’a souligné Balacheff [7] : «Le passage d’une représentation à une autre implique une transformation» ; il faudrait voir donc les conséquences de celle-ci sur les notions visées par ces logiciels. Avec tout ce qui existe aujourd’hui comme ressources numériques sur l’Internet et un ordinateur, l’enseignant de la langue amazighe a l’opportunité de concevoir ses cours avec des textes authentiques sans se restreindre au manuel scolaire, s’il existe. Il peut concevoir ses exercices à même ces textes. On comprend ici qu’on est en train de faire d’une pierre dix coups, car on enseigne des concepts de la langue en même temps qu’on vulgarise notre culture… Il faut que ses textes traitent aussi de l’histoire des Amazighs. L’enseignant de la langue amazighe a le fardeau d’enseigner la culture amazighe. À travers ses textes, il doit traiter de tous les aspects de sa culture, ses traditions, ses coutumes, son histoire, les hommes et les femmes qui ont marqués l’histoire de son peuple, de ses régions, de ses villages… 4 Les élèves et leurs parents ont accès au portail de l’école dans lequel on retrouve l’horaire de l’élève, ses absences et ses retards s’il y a lieu, ses résultats aux examens… Ils ont aussi accès aux communautés des enseignants qui sont équivalentes à des sites Internet privés.

Conclusion. Lettre ouverte aux parents : Où que vous soyez, vous avez l’obligation de faire apprendre à vos enfants leur langue maternelle, le kabyle, si non, comme me le disait un enseignant d’anglais d’origine tchèque qui ne connaissait pas sa langue maternelle, «lorsqu’ils deviendront des hommes et des femmes, à chaque fois qu’on parlera kabyle en leur présence ils sentiront un grand trou dans leur poitrine». En Occident, nos enfants ne vivent pas ce que nous avons vécu dans notre propre pays, car souvent ils apprennent la langue du pays adoption avant leur langue maternelle. Pour que nos enfants apprennent justement leur langue maternelle, il faut la mobilisation de toute la communauté pour dispenser des cours de langue amazighe en dehors de l’école et pour aussi organiser des évènements culturels amazighs. L’apprentissage de la langue maternelle à l’étranger n’est pas facile, il est exigeant et fastidieux. Tout au long de ce parcours, on doit motiver notre enfant, on doit le sensibiliser au fait que nous n’avons pas eu droit à ces cours dans notre propre pays et même on a été insulté, brutalisé, martyrisé parce qu’on a osé écrire notre langue. Le chemin est long, mais le résultat est extraordinaire. Lorsque vous entendrez votre enfant parler le kabyle, c’est comme s’il venait de naître une deuxième fois. Et quand il deviendra adulte, il ne vous sera jamais assez reconnaissant, car il faut être Kabyle pour apprécier tout ce qui vient des Kabyles et sans notre langue, on cesse d’être un Kabyle culturel. En Kabylie, organisez-vous en comité des parents dans les écoles de vos enfants et exigez qu’on enseigne en langue amazighe au début du primaire, l’introduction des autres langues se fera par la suite. Prenez possessions de l’école de vos enfants en vous impliquant dans l’organisation des activités parascolaires culturelles et sportives. Collaborez avec les enseignants pour la tenue d’activités culturelles kabyles au sein de l’école durant les heures des cours. Il faut que l’école devienne un vrai lieu de la communauté, un lieu kabyle, où tous les Kabyles pourraient organiser des activités culturelles et sportives en dehors des heures de cours. Organisez aussi les fêtes de l’éducation à l’heure des I- phones et des tablettes pour que les enfants se sentent chez eux et développent un sentiment d’appartenance à leur école. Ailleurs en Algérie, comme vous ne pouvez pas exiger l’enseignement de la langue amazighe aux enfants arabophones, exigez alors des écoles de regrouper les enfants amazighs dans les mêmes classes pour qu’ils puissent ainsi leur offrir des cours de la langue amazighe. Ce regroupement des enfants amazighs vous offrira la possibilité d’organiser des activités culturelles identitaires en collaboration avec les enseignants concernés. Il faut instaurer dans les écoles et les classes des enfants kabyles une culture du renforcement positif, c’est une autre belle occasion pour une collaboration des parents et de l’école. C’est un travail urgent et essentiel à la réussite des élèves et à la valorisation de l’école du citoyen et du savoir. Enfin, impliquez-vous collectivement dans l’éducation de vos enfants qui se déroule à l’école, car celle-ci n’est pas adaptée à vos enfants et encore moins à notre culture amazighe et ayant à l’esprit que c’est seulement collectivement que nous faisons avancer les choses.

Sabih Yaïci

Lire la première partie : L'Education à l'heure des smartphones et tablettes (I)

Lire la deuxième partie : L'Education à l'heure des smartphones et tablettes (II)

Notes

2. La dyslexie est un trouble d’apprentissage spécifique qui est causé par un désordre neurologique. Elle se traduit par des difficultés de reconnaissance et d’orthographie des mots chez l’enfant [3]

3. La dysphasie est un trouble primaire du langage qui entraîne des limitations importantes et persistantes sur le plan de l’expression orale (prononciation, élocution, utilisation des mots, construction des phrases, etc.), elle est donc un trouble neurologique [4].

Nota. Ce texte a été destiné à l’appel à contribution pour un livre collectif sur la Kabylie lancé en 2014 par Karim Akouche. Il a été achevé à la fin du mois de décembre 2014. Il comporte une partie qui critique la réforme pédagogique du Québec (Canada) et il arrive à certains regards aux mêmes conclusions qu’un rapport d’un universitaire d’ici qui est sorti dans les premiers mois de l’année 2015 et qui a largement fait la une des médias québécois. Dans ce texte, je parle de l’enfant kabyle seulement, car j’en fus un mais j’imagine qu’il peut s’appliquer aussi à l’enfant chaoui, rifi, chelhi, chenoui …

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

[1] Georges Ifrah, Histoire universelle des chiffres, Éditions Robert Laffont, Paris1994.

[2] Site Internet de Ron Knott, University of Surrey, Grande-Bretagne.

[3] Dyslexie

[4] Site Internet de l’association québécoise des neuropsychologues.

[5] W.J. Plugrum et N. Law, «Les TIC et l’éducation dans le monde : tendances, enjeux et perspectives», Institut international de l’éducation, UNESCU, Paris 2004. L’éducation à l’heure des I- phones et des tablettes Sabih YAÏCI 16

[6] M. Richard et S. Bissonnette, «Le danger qui guette la réforme de l'éducation québécoise : confondre les apprentissages scolaires avec les apprentissages de la vie», revue Vie Pédagogique, Québec avril-mai 2002.

[7] N. Balacheff, «Éclairage didactique sur les EIAH en mathématiques», Actes du colloque IEM, GDM 98.

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