L'impuissance des pays arabes Par Hassane Zerrouky
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Les pays arabes en appellent à la communauté internationale, sans pour autant être en mesure de peser sur l'évolution de la situation.
Comme à son habitude, sans doute pour se donner bonne contenance, le numéro un libyen, Mouammar Kadhafi, a sonné la charge contre les dirigeants des pays arabes. « L'un propose une initiative de paix. Un autre une aide humanitaire, ce qui n'engage à rien. Le suivant fait un discours et un autre veut d'urgence un sommet arabe », a-t-il déclaré samedi lors d'une réunion publique à Tripoli. « Les Américains ont pris la décision des raids, les Israéliens l'ont exécutée et les Arabes ont été complices », a dénoncé de son côté Hachem Saffieddine, un des dirigeants du Hezbollah libanais. Le moins qu'on puisse dire est que ce qu'on appelle « la rue arabe » n'est pas insensible à ce genre de critiques acerbes. Parce qu'en fait elles contiennent une part de vérité. Elles illustrent l'impuissance ou le peu de volonté des pays arabes, du moins de l'Égypte et de l'Arabie, à peser sur la situation au Proche-Orient.
Pour preuve, jeudi, c'est à partir du Caire, capitale d'un pays qui pèse dans la région, à l'issue d'une entrevue avec le président égyptien Hosni Moubarak, que la ministre des Affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, a menacé le Hamas de représailles. Il « a décidé de cibler Israël, cela doit être stoppé et c'est ce que nous allons faire », a-t-elle clairement déclaré sans que cela offusque le moins du monde son homologue égyptien. Pour les populations de la région qui regardent les informations et les commentaires en boucle d'Al Djazira et de ses concurrentes Al Arabiya ou Abou Dhabi News, il ne fait aucun doute que l'Égypte ainsi que certains de ses alliés du Golfe, Arabie saoudite en tête, ont été mis au parfum par Israël et n'ont rien fait pour l'en empêcher. Elles savent également que ces pays ne font rien sans l'aval de Washington. Personne n'a oublié que l'Arabie saoudite, avec l'appui de l'Égypte et la Jordanie, a bien tenté de faire capoter l'accord de Doha mettant fin à la crise libanaise, et qui a finalement abouti à ce que la Syrie reconnaisse le Liban et accepte un échange d'ambassadeur, mettant fin à une situation qui dure depuis la fin de la guerre civile libanaise.
Plus généralement, les critiques de Kadhafi et du Hezbollah apportent de l'eau au moulin au mouvement islamiste arabe, notamment en Égypte mais aussi en Syrie, en Algérie et au Maroc où l'islamisme politique est en train de marquer des points. Dans un monde arabe où le champ politique et médiatique et la liberté d'expression sur fond de répression et de violations de toutes sortes ont été réduits par les pouvoirs en place à une peau de chagrin, et où le religieux, qui effectue un retour remarqué, brouille les repères, seuls les islamistes parviennent à faire entendre leur voix. Ils le font via le réseau des mosquées et des puissants mouvements caritatifs qu'ils contrôlent.
Pourtant, lors du sommet de Riad en mars 2007, ces mêmes pays arabes avaient fait une offre de paix à Israël : le retrait israélien des territoires occupés, la création d'un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale en échange d'une normalisation avec l'État hébreu. Proposition qu'ils ont vite enterrée pour se rallier sur insistance de Washington à la feuille de route adoptée à la rencontre d'Annapolis (États-Unis) en novembre 2007 et qui n'a rien donné ! Dès lors, quoi d'étonnant que, du Caire à Beyrouth en passant par Bagdad et la Cisjordanie, ces manifestations de rue dénonçant la « lâcheté arabe » et donnent du crédit aux critiques de Kadhafi et des islamistes.
Hassane Zerrouky
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