"L'utopie des cigognes" de Idir Tas : chronique lucide et poétique du temps qui s'enfuit

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

Il avait passé son service militaire du 10 octobre 1928 au 9 octobre 1930 ; c'était l'armée française. Il avait également été mobilisé du 2 septembre 1939 au 30 juin 1940 ; c'était la Seconde guerre mondiale.

Enfant d'At Saâda sur les hauteurs de l'Akfadou, Idir At Qaci, a eu une destinée exceptionnelle. Bien des années plus tard, pour reprendre l'incipit de "Cent ans de solitude" de Gabriel Garcia Marquez, Idir Tas qui porte le même prénom que son illustre grand-père, raconte, avec émotion et lucidité, le temps qui s'enfuit dans "L'Utopie des cigognes", dernier tome de sa trilogie du "Murmure du figuier bleu".

Ce livre est un ensemble de chroniques qui racontent le cheminement d'un humaniste à l'écoute de la nature, des êtres vivants et de leurs rêves. C'est que lui-même semble rêver, toujours, malgré les difficultés, malgré la guerre civile. Et ses rêves vont pratiquement tous se réaliser tellement il y croit, tellement il est a l'art d'avancer sur les chemins de la bonté, de la beauté et de l'amour. Et pourtant tout n'est pas facile, tout n'est pas évident lorsqu'il revient chez lui après la fin de ses études en France. "L'Utopie des cigognes" commence en l'an 1989 pour se terminer en 1994 ; le livre est parsemé de lettres à Lydia, 48 lettres adressées à cette femme aimée dont la présence, même à distance, peuple le cœur et l'âme de l'auteur. Il y a également des chansons dans ce texte : des poésies chantées en langue kabyle et en langue française. Le lecteur est convié à de fréquentes pérégrinations : le narrateur se déplace fréquemment d'un endroit à l'autre : la Kabylie, Constantine, le grand sud algérien, Laghouat, El Goléa, Ghardaia, Grenoble, Paris, Alger, Vgayet et tant de cités et lieux-dits.

Universitaire, l'auteur est obligé de faire son service militaire, il est affecté dans le désert. Les conditions de vie des bidasses ne sont pas excellentes ; elles se compliquent encore plus quand le pays sombre dans un cycle infernal de violences multiples. A l'université de Laghouat où il enseigne durant son service militaire, l'auteur fait tout pour être à la hauteur de sa tâche. Mais son esprit est tourmenté, celle qu'il aime vit dans un autre continent, en Europe. Durant ces années délicates et ensanglantées, la famille, la littérature, les souvenirs heureux dans cette Kabylie inoubliable vont aider l'auteur à tenir le coup. Publié aux éditions du Net, "L'Utopie des cigognes" est un livre qui regorge d'enseignements et de nostalgie. On est envoûté par la simplicité profonde de ces histoires qui poussent le lecteur à méditer, à essayer de saisir l'essentiel dans cette vie souvent incompréhensible. C'est peut-être cela le but recherché par ceux qui écrivent, ceux qui entretiennent la mémoire. Idir Tas en fait partie depuis maintenant de longues années.

Youcef Zirem

"L'Utopie des cigognes", d'Idir Tas, publié aux Editions du Net

Plus d'articles de : Culture

Commentaires (0) | Réagir ?