Sonatrach : pour maîtriser les coûts, il faut d’abord les connaître Monsieur le PDG

Le pillage de Sonatrach est organisé avec des complicités internes.
Le pillage de Sonatrach est organisé avec des complicités internes.

Chaque deux ans, les mots d’ordres se répètent et se ressemblent à Sonatrach sous le seau de la science.

Les mêmes thèmes attirent des chercheurs désespérés et qui s’ennuient dans leurs laboratoires universitaires. Ils viennent donc vider leurs équations poussiéreuses dans un parterre qui ne pensent qu’à la pause-café et au déjeuner pour un contact avec les responsables de Sonatrach pour vendre un service ou placer un proche De cette manière, cette rencontre est transformée en une braderie commerciale autour des thèmes génériques qu’on rabâche depuis l’indépendance de l’Algérie : la réduction des délais de réalisation des projets qui induisent des surcoûts, le transfert de technologie et du savoir-faire, amélioration des technique de la sismique pour l’exploration, recherche des nouvelles techniques d’exploitation et de développement des gisements matures ainsi de suite. Les experts et les consultants qui y participent chantent au rythme de ce que les responsables veulent entendre. Ils préconisent l’utilisation des moyens artificiels pour booster la production dans le seul but d’assurer un plan de charge pour Schlumberger et Haliburton dont l’artifial-lift est leur dada. Plus grave, on recommande à Sonatrach d’aller vers l’offshore et les gisements compacts comme si la crise que traverse le pays par une baisse drastique des recettes est passagère et permettra à court terme des investissements dans ces créneaux connus pour être fortement capitalistiques.

L’ombre de l’affaire de la dissolution de la fameuse société d’engineering BRC est présent dans cette discussion pour justifier les retards immenses dans pratiquement tout ce que Sonatrach entreprend en projet sous la forme contractuelle majoritairement en Engineering Procurement Construction (EPC). C’est les consultants qui apprennent aux journalistes que pour renouer avec le partenariat d’engineering, un mémorandum of understanding ou protocole d’accord vient d’être signé avec le britannique Petrofac pour la création d’une société conjointe d’engineering et de réalisation des projets. Cela voudra dire que Sonatrach qui entreprend et réalise des projets depuis plus de cinquante ans, celle qui a construit la première usine de liquéfaction dans le monde, ne peut en aucun se passer des sociétés étrangères pour donc gérer et maitriser les coûts de ses projets.

Après les affaires de corruption qui ont défilé tout au long de ces dernières années dans cette entreprises, face à la crise des rentrées de devises et la rigueur que veut instaurer le gouvernement dans ses institutions, l’opinion publique en général et le citoyen lambda en particulier s’attendaient à ce que les Journées scientifiques et techniques qu’organise le mastodonte de l’Algérie s’ouvriraient sous le signe de l’éthique professionnel. C’est à dire lancer des réflexions sur les valeurs qui orientent et motivent les actions de l’encadrement de l’entreprise. Cette réflexion devra porter sur les rapports des cadres avec autrui et reposerait sur deux niveaux. Un niveau le plus général, qui touche les conceptions du bien, du juste et de l’accomplissement humain. Elle répond alors à des questions comme : qu’est-ce qui est le plus important dans la vie ? Que veulent-ils accomplir? Quels types de rapports veulent-ils entretenir avec les autres? Ensuite, les valeurs deviennent ainsi des objectifs à atteindre, des idéaux à réaliser. À l’échelle individuelle, les actions sont autant de moyens d’actualiser ces valeurs. À l’échelle collective, l’imposition de règles est aussi un moyen de réaliser l’idéal partagé; les actions qui vont dans le sens de l’idéal deviennent des devoirs, des obligations. Les règles, cependant, sont générales et ne peuvent couvrir toutes les situations où des choix d’actions sont nécessaires. C’était le seul moyen pour faire sortir l’encadrement de son autisme, son désintérêt pour la stratégie, les objectifs et la pérennité de Sonatrach qui les fait vivre mais qu’ils sont entrain de la ternir, peut être inconsciemment. C’était une occasion au demeurant ratée pour stimuler leur éveil patriotique confiné dans une discipline aveugle mais calculée.

1- Combien coûte un baril prêt à l’exportation ?

A chaque occasion, les responsables se gargarisent des recettes engrangées par la vente du pétrole et du gaz mais évoque très peu les coûts de production qui sont très importants, spécialement pour le cas de l’Algérie par le biais de Sonatrach, pourquoi ? Parce qu’elle importe tout. De la simple garniture d’une tête d’injection dite Wash pipe qui peut immobiliser un appareil de forage, en passant par le petit tube d’une colle Backer Lock pour l’étanchéité des filetages au produits chimiques, turbines, compresseurs jusqu’aux usines clé en main. Aujourd’hui même pour faire manger son personnel elle fait appel au catering étranger. Elle devra donc compter ses sous pour éviter d’arriver à une situation d’un échange des dollars contre d’autres sans bénéfices. La production d’un baril est le fruit de toute une chaine pétrolière depuis les levées pour l’établissement des cartes géologique jusqu’à sa commercialisation et qui doivent être incorporés dans les coûts pour estimer la rentabilité de l’exploitation de ses différentes découvertes. Or, dans toutes cette chaine, Sonatrach n’intervient que très peu. Ce sont les entreprises étrangères qui prennent la grosse part. On peut citer entre autres : Schlumberger, Haliburton, Weatherford et bien d’autres pour la recherche, diagraphie, la cimentation, l’interprétation, l’instrumentation, la sécurité aux puits, les éruptions etc. Toutes ces interventions sont faites en dollars qui amincissent le flux d’entrée et influent sur le prix de vente qui échappe complètement à la société car il reste l’œuvre du marché Les coûts avancés s’appuient dans ce genre de forum sur des transparents qui datent des années soixante dix. Le coût de production se situait autour de 5à7 dollars le baril. Le prix actuel du baril, comme ceux que qui ont été pratiqués dans le passé lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979, repose principalement sur un déséquilibre de volume. D’abord l’embargo pétrolier qui n’est autre qu’un gel des volumes en 1973 suivi un peu plus tard par la révolution iranienne en 1979 ensuite la guerre Iran-Irak de 1980 ont conduit aussi à une contraction de l’offre par une baisse des volumes. Le premier événement à quadrupler les prix qui sont passés de 3 dollars le baril à plus de 12 dollars le baril. Le retrait de l’Iran et de l’Irak de la production de l’OPEP devait conduire à un triplement de ce prix pour passer de 12 dollars le baril à 36 dollars le baril. Il faut préciser qu’à chaque fois que le prix du baril grimpe, les fournisseurs de Sonatrach le répercutent sur ses achats de l’étranger. Même si les prix des années 2000 avant la crise économique mondiale ont atteint voire dépasser les 150 dollars le baril, la pièce de rechange aussi a augmenté avec la même ampleur. On peut prendre à titre d’exemple de 1966 à 2015 le prix d’une voiture importée a augmenté de plus de 20 fois. Le salaire minimum de la moyenne européenne plus de 40 fois sur la même période. Avancer des coûts aussi bas c’est soit les méconnaitre soit pour tromper les citoyens sur des réalités qu’on ne veut pas qu’ils les sachent.

2- La maitrise des coûts est la cause de l’abandon du régime de partage de production

Il faut dire que suite à la chute des prix du baril suivie par celle du dollar, l’Algérie est rentrée en 1986 dans une crise de liquidité qui la contraint de promulguer une loi sur les hydrocarbures pour ramener les investisseurs afin de contribuer au développement de ses réserves pétrolières et gazières. Le régime contractuel choisi consistait en un partage de production. Si on prend un raccourci, le contractant qui viendrait en Algérie prenait en charge tous les investissements depuis la recherche. S’il ne trouve rien, tant pis pour lui mais si pétrole y est il consentira avec la Sonatrach, qui représente l’Algérie un partage à la tête du puits. Mais avant cela il devra récupérer tous les frais qu’il a engagés. En dépit du risque qu’encourent les contractant, c’est le régime qui a drainé le plus d’investisseurs et qui est à l’origine de plus de 215 découvertes faites par Sonatrach en association. Pourquoi ? Selon toute vraisssemblance, les compagnies pétrolières connaissent l’incapacité de Sonatrach à maitriser les coûts, ils gonflent artificiellement les charge à la tête du puits et lui laissent des miettes. Chakib Khellil qui connait bien le problème pour l’avoir pratiqué outre mer a préparé en 2005 une loi très controversée pour changer de régime. Qu’en est-il ? En effet, la loi sur les hydrocarbures de 2005 et son ordonnance modificatrice abrogent toutes les dispositions, notamment la loi 86-14 du 19 août 1986 instaurant le partage de production. Par contre, l'ordonnance n° 06-10 du 29 juillet 2006, dans son article 02, confirme la concession mais modifie légèrement le terme concessionnaire en désignant Sonatrach SPA, et c'est là où commence cette ambiguïté. Actuellement, dans le monde, il n'existe pas de régime de concession hybride spécifique à chaque pays. Le contour typique général est bien défini. L'Etat octroie au titulaire un titre minier exclusif d'exploration. En cas de découverte commerciale, il obtient un ou des titres exclusifs de développement et d'exploitation. Le titulaire de la concession est propriétaire de la totalité des hydrocarbures produits à la tête des puits. Il est aussi propriétaire des installations de production jusqu'à l'expiration de ses droits miniers. A l'expiration de la concession, les installations fixes reviennent à l'Etat sans indemnité pour le titulaire. Il est possible pour l'Etat de participer dans le cadre d'un accord d'association sans aucune contrainte de l'une ou l'autre des parties. En contrepartie, le concessionnaire finance entièrement à sa charge toute la phase d'exploration en plus d'une partie des investissements de développement dans le cas où cet accord d'association se concrétise. Il paye, durant ces opérations, un bonus, une redevance superficiaire, une redevance de production en nature ou en espèce, un impôt sur le bénéfice et d'autres taxes supplémentaires spécifiques à chacun des pays où ce régime est pratiqué. Il reste bien entendu que l'Etat dispose d'un droit de regard sur le profil de production et parfois même la commercialisation de la production. Cela n’a pas suffit il faudrait aller plus loin. Le motif étant le désintérêt des compagnies pétrolières et le manque flagrant d'une bousculade, réalité confirmée par deux appels d'offres lancés par l'agence algérienne Alnaft pour un total d'une vingtaine de blocs à explorer dans le domaine minier. Si on se réfère aux chiffres donnés par le ministère de l'Energie et des Mines, dans le bilan édition 2010, ce domaine s'étendrait sur près de 1536 442 km2 dont 774 688 seulement sont occupés. 25% du domaine total est en prospection, 23 en recherche et 3 en exploitation. 761 km2 restent vierges. La performance d'exploration s'écarte de quelques dizaines de points par rapport à ce qui se pratique dans le monde. 13 puits forés aux 10 000 km2 contre une moyenne mondiale de 105 pour une même superficie. Il est clair que les responsables d'Alnaft n'ont pas raté l'occasion à travers cet état de fait pour expliquer le marasme de l'activité en amont par l'attente de nouvelles dispositions opérées en février 2013 et qui élargie la recherche aux ressources non conventionnelles. Il faut souligner que ces analyses ont entretenu sciemment ou inconsciemment une légère confusion sur la question du régime juridique des activités de recherche et d'exploitation. Donc assimiler l'obligation du contractant de prendre Sonatrach SPA comme associé avec un minimum de 51% à un retour vers le partage de production, dont le principe est expliqué plus haut, peut constituer une déviation du régime, voire même commettre une confusion contractuelle. En effet, l'article 2, non amandé de la loi 05-07 du 28 avril 2005, précise "le principe de mobilité et d'adaptation qui caractérise l'action de l'Etat, et dès lors, à restituer à ce dernier celle de ses prérogatives autrefois exercées par Sonatrach SPA". C'est ce même principe qui a constitué l'ossature de l'exposé des motifs de l'ancien ministre de l'Energie et des Mines. Il reste incontestablement contradictoire avec les dispositions contenues dans l'article 32 de l'ordonnance n°06-10 du 29 juillet 2006 qui restitue à Sonatrach le droit exclusif d'agir pour le compte de l'Etat dans sa participation avec le concessionnaire devenu maintenant contractant. Cela ressemble à un partage de production mais ce n'en est pas un.

Ce rafistolage dans une loi cadre, a quelque peu brouillé la vision stratégique de l'Algérie en matière de politique pétrolière. Il a peut-être fait douter les entreprises internationales, pourquoi ? Parmi les fondamentaux de l'industrie pétrolière et gazière, il y a l'importance des capitaux et le risque de les investir. Le risque géologique étant favorable à l'Algérie et les entreprises pétrolières notamment françaises et, partant américaines, connaissent bien, même mieux que les Algériens, le terrain. Cela explique le taux appréciable de réussite en exploration, environ 2,5/5 contre un ratio moyen mondial de 1/5.

Par contre, ces compagnies sont à cheval sur le risque «pays», lié aux relations internationales, souveraineté, stabilité politique et surtout fiscale. Il est clair que l'article 101 bis, inséré au sein de la loi n°05-07 du 28 avril 2005, instaurant une taxe non déductible sur les profits exceptionnels, n'a pas été du goût des associés mais n'explique qu'en partie leur boycott actuel de l'application des nouvelles dispositions. Il va de la crédibilité de l'Algérie d'assurer une cohérence de ces textes pour la clarté qui instaure une relation de confiance avec ses partenaires. Ils peuvent avoir un choix et dans des conditions meilleures.

3- Sonatrach est le dindon de la farce des compagnies étrangères

Sonatrach est devenue, depuis près de deux décennies, une niche pour de nombreux contentieux avec de soi-disant partenaires selon toute vraisemblance, mal conduits, consciemment ou inconsciemment, du côté algérien. Ainsi, après la perte du procès avec la compagnie américaine Anadarko qui l'a contrainte de débourser 5.9 milliards de dollars, voilà que l'italienne Saipem et le français Technip se mettent sur les rails pour suivre ce filon face à un mastodonte aux pieds d'argile qui peine à se défendre. Du côté italien, Saipem vient d'ester en justice Sonatrach pour des avenants contenant des travaux complémentaires et supplémentaires, au contrat initial, relatif au champ de Menzel Ledjmed, mitoyen de celui de Hassi Messaoud pour réclamer plus d'un demi-milliard de dollars. Dans cette affaire, des considérations politiques ont marqué de leur empreinte la procédure judiciaire puisque la partie algérienne saisie, depuis début 2014, se laisse faire sans informer l'opinion publique pour des raisons que tout le monde devine. Ce n'est pas tout, l'italienne dont la présence, en Algérie, est entachée de scandales répétitifs, voudrait mettre le contrat des installations de séparation GPL pour un montant de 171 millions de dollars et semble décidé d'aller, en avant, profitant des lacunes dans la gestion de son adversaire. Technip qui connaît, très bien, pratiquement, toutes les installations pétrolières et a fortiori, les raffineries algériennes, n'aurait pas pu sous-estimer le montant du marché portant sur la réhabilitation, la rénovation et l'agrandissement de la raffinerie d'Alger, pour un montant initial de près d'un milliard de dollars. Dès le départ, cette affaire visait un contentieux avec, probablement, des complicités de l'intérieur même de Sonatrach. Aujourd'hui, et après la décision du tout nouveau P-DG de l'entreprise nationale, de résilier tout simplement,Technip n’a pas perdu du temps pour porter cette affaire devant une juridiction internationale afin demander réparation et quelle réparation ? Connaissant la crise économique que vivent la France en général et les entreprises françaises, en particulier, Technip n'aurait pas tenté, cette action, si elle n'était pas sûre ou assurée de son issue. La fragilité de Sonatrach est telle qu'elle est devenue un tremplin pour les multinationales qui la vide, non seulement de ses cadres formés à coup de devises fortes mais maintenant de ses caisses.

4- Conclusion

Il faut peut-être souligner que les comptes rendus qui ont été rédigés à l’issue de la rencontre de la dixième session des journées scientifiques et techniques de Sonatrach ont été entachés d’une certaine émotion devant l’ouverture et la clôture par le nouveau PDG qui semblait radieux et angélique. La gabegie, le favoritisme fragrant devra inciter à bousculer cette entreprise. Les dirigeants, s’ils sont honnêtes et loin de la propagande devront prendre en compte les rapports qui les font pleurer et non ceux qui les fond rire. A bon entendeur.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

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Commentaires (4) | Réagir ?

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adil ahmed

danke schoon

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lounas hamou

Vous écrivez: "Selon toute vraisemblance, les compagnies pétrolières connaissent l’incapacité de Sonatrach à maitriser les coûts, ils gonflent artificiellement les charge à la tête du puits et lui laissent des miettes. Chakib Khellil qui connait bien le problème pour l’avoir pratiqué outre mer a préparé en 2005 une loi très controversée pour changer de régime. "

Ainsi, selon vous, « l’expert » Chakib khelil, le traitre qui s’est enrichi personnellement sur le dos des algériens et qui est protégé par les occidentaux, a demandé à l’américain Bob Pleasant de changer la loi pour protéger les intérêts des algériens !!!

Cette phrase détruit toute votre démonstration. Vous parlez de l’arbre sans voir la forêt. Le mal qui est programmé par ceux qui ont imposé Chakib Khelil pour détruire l’Algérie. Les faits sont là : ALNAFT est une création de Chakib Khelil. Elle est toujours dirigée par son poulain.

Conséquence: résultat catastrophique au niveau des appels d’offres d’Alnaft et absence de renouvellement des réserves. La crise financière a fait son apparition avec un Brut à 110$/b. Demain, ce sera la crise énergétique.

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