L'exil, Avril 1980, l'écriture : l'écrivain Nacer Achour se confie

Nacer Achour
Nacer Achour

Après "Dernier été", paru chez L'Harmattan, Nacer Achour vient de signer chez Edilivre son deuxième roman. Auteur sobre au verbe posé, cet écrivain qui a longtemps enseigné la langue française évoque ici ses projets d'écriture et revient sur l'histoire immédiate du pays.

Le Matindz.net : Vous avez publié deux romans en France. Avez tenté de publier en Algérie ?

Nacer Achour : Oui, plus d’une fois… essentiellement chez Barzakh et Casbah...

L’aventure de Malek continue dans ce second roman.

Il était presque inconcevable de mettre fin à un personnage-clé de l’histoire autour de qui sont venus se greffer d’autres personnages qui ont, à un moment ou un autre, fait partie de sa vie…Ce personnage est apparu, on s’en souvient, dans "Dernier été", avant de disparaître et laisser place à Mourad, dans "Cet étrange et incessant appel", un neveu du village Tighilt, auquel il était très lié, à Maître Tahar Belkacemi, fils de sa tante, par la suite, dans "Imprécation Ou Nous irons jusqu’au bout de nos peines"…

Le retour de Malek est intervenu, en fait, bien avant "Et la mer elle-même n’aura plus aucun sens" mais dans un roman inédit intitulé "La Source aux grenadiers"… J’envisage, comme je l’ai dit ailleurs, une fin heureuse à cette histoire où, jusqu’ici, le drame a occupé le devant de la scène…

L’exil, la jeunesse, ses quêtes, ses questionnements. Ces thématiques se sont-elles imposées à vous ?

La question de l’exil revient tel un leitmotiv. Elle occupe une place de choix. "Dernier été" est beaucoup plus le récit d’un être qui cherchait, sans trop de conviction, la solution dans l’exil, (Exil qui ne sera évidemment pas sans conséquence pour lui et pour les siens), partagé qu’il était, néanmoins, entre le sentiment de devoir partir, à l’instar de toutes celles et tous ceux qui avaient décidé de quitter un pays qui s’enfonçait dans une horrible tragédie, durant les années 1990… et le déchirement que cela provoquait dans l’âme d’un jeune homme qui venait à peine d’entamer une vie "stable" à laquelle il avait tant aspiré.

Le même sentiment s’empare de Malek, quinze années après, au moment de se rendre compte que le pays qu’il venait de retrouver, a énormément changé en son absence et qu’il lui fallait encore se résigner au départ, telle une fatalité…

Qui sont les auteurs qui vous ont influencé ou donné envie d’écrire ?

Jean Jacques Rousseau, Alphonse Daudet dès l’âge de quinze ans, Mouloud Mammeri avec la «Colline oubliée», juste après… Feraoun et Dib, par la suite mais aussi, Tahar Djaout, Sartre, Céline, Giono…

En quinze ans, vous avez publié deux romans. L’écriture est donc pour vous un processus très lent.

Ne pas publier ne signifie pas cesser d’écrire… En 2003, j’avais déjà largement peaufiné "Cet étrange et incessant appel" qui a été favorablement accueilli par l’Harmattan sans pour autant me résoudre à signer un deuxième contrat avec eux. À cette même année, "Imprécation" était déjà en gestation, Maître Tahar Belkacemi venait de naître. Cet ouvrage ne sera effectif qu’en 2012. Casbah et Barzakh ont mis plus de six mois pour me signifier gentiment leur refus.

"La source aux grenadiers" a été écrit en l’espace de deux mois… entre fin octobre et fin décembre 2013…

Que vous inspire l’actualité ?

Vous voulez sans doute parler de ce qui se passe chez nous, en Algérie ? Aujourd’hui (17 avril ndlr) est le jour-anniversaire de la supercherie électorale qui a porté le président-candidat au pouvoir pour un 4e mandat alors que tout le monde sait que son état de santé n’est pas pour lui faciliter les choses. Diriger un pays comme l’Algérie est une affaire trop sérieuse pour la confier à un homme qui ne fait pas l’unanimité au sein de la société, amoindrie par la maladie et à plus forte raison dont l’entourage est éclaboussé par des dossiers qui n’ont pas encore livré tout leurs secrets. L’Algérie a besoin d’un président fort, intègre, qui a du charisme, qui a la volonté de sortir le pays du marasme sur tous les plans et qui pourra redonner l’espoir à une jeunesse qui a perdu tous les repères.

Mais alors qui êtes-vous Nacer Achour ?

Un citoyen optimiste, qui essaie d’être utile où qu’il se trouve, qui aime son pays, l’Algérie et sa région natale, la Kabylie, qui voudrait pouvoir les aider à retrouver leur identité et qui fait tout pour les honorer.

On est en avril, ce qui nous amène à penser à avril 1980, premier mouvement de protestation conre la dictature en Algérie. Où vous trouviez-vous à cette époque ? Que vous inspire le Printemps berbère ?

Avril 1980 n’est que le prolongement d’un vaste mouvement politique d’opposition poste-indépendant né en juin 1963, qui deviendra, en septembre de la même année un parti d’opposition qui a été contraint à verser dans la résistance armée avec son lot de victimes de part et d’autres, de blessés, de détenus, d’orphelins et de veuves…Pour l’Histoire.

On aurait pu ne pas empêcher l’écrivain Mouloud Mammeri de donner sa conférence sur les poèmes kabyles anciens et éviter tout ce qui est advenu par la suite, comme on aurait pu éviter les 123 morts du printemps noir…

Je me trouvais à Alger, j’étais au lycée et je me rappelle avoir partagé avec un camarade, la lecture d’un article ainsi que les photographies, que le quotidien El Moudjahid avait publiés. J’ai pu suivre également, à la télé, le témoignage d’Arezki About qui m’avait beaucoup contrarié. J’avais 16 ans et je crois que d’une certaine façon, ce fut aussi un grand tournant dans ma vie : il y a eu la rencontre de mai 1981 à la fac centrale avec Kateb Yacine, Salem Chaker, Ali Idheflawen, Ferhat Imazighen Imoula, je crois, que je venais de découvrir pour la première fois… Je dois peut-être à tout ça, ma décision de m’inscrire, après l’obtention de mon baccalauréat à Alger, à l’université de Tizi Ouzou.

Ceci dit, la commémoration du 20 avril 1980 doit aller au-delà de la rituelle marche de Tizi-Ouzou ou de Bejaïa et qui plus est, intervient depuis la disparition du MCB, dans la désunion, ou servant de fonds de commerce pour une partie ou pour une autre. L’identité amazigh, le devenir de notre pays et partant de tout le Maghreb est affaire de tous les citoyens…qu’ils soient Marocains, Algériens, Tunisiens ou Libyens…

Un recueil de poésie sera aussi bientôt publié ?

Prochainement et chez le même éditeur…

Entretien réalisé par Hamid Arab

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