Assia Djebar et Roger Hanin : la valise et le cercueil !

Ce vendredi 13 février, journée de superstitions aux apparences de fortune ou d’infortune, aura couvert Alger et ses environs d’empreintes bizarres aux étranges symboliques.

Quelle aberrance, quel surréalisme dans le destin de ces hommes et de ces femmes qui n’ont eu d’autre choix que celui de prendre la valise afin d’échapper au cercueil pour revenir 50 années plus tard empaquetés dans des corbillards !

Quel que soit le regard que l’on jette à cette journée funéraire, on y décèle indéniablement quelque chose de pervers et de surréaliste à la fois. Pervers, quand on sait que c’est ce même pouvoir, celui qui a semé les graines de l’exclusion pour chasser les vivants de la surface de nos terres, hier, qui les accueille aujourd’hui pour leur offrir la petite parcelle tant désirée, sous terre. Surréaliste, avec ce jeu du hasard qui a vu s’étreindre les cercueils d’un juif et d’une musulmane dans cette procession synchronique du dernier voyage vers la demeure éternelle, ultime offrande de leurs corps à cette terre qui les a tous deux vu naître à une époque où tout le monde rêvait d’une Algérie meilleure, chacun un peu trop pour soi mais pas assez pour les autres, ces autochtones originels que l’histoire et les envahisseurs de tous bords ne cessent de ballotter pour les greffer de force à des boutures contre-nature.

Comment ne pas être perplexe et dubitatif devant cette curieuse symétrie qui a fait converger ces deux destins, à l’origine quasiment antithétiques, pour les fusionner un vendredi 13 à l’aéroport d’Alger ? Roger Hanin a quitté l’Algérie bien avant le funeste et célèbre ultimatum «la valise ou le cercueil» adressé par le FLN à tous les non musulmans d’Algérie. Assia Djebar s’exile quelques années seulement après l’indépendance, prématurément étouffée par une arabisation empressé et insensée, présageant de l’actuel sort du pays, transformé en cercueil à ciel ouvert par la grâce d’une bande d’aventuriers sans foi ni loi.

Quand on jette un regard neutre et lucide sur notre Histoire récente, on s’aperçoit bien que nul autre choix que celui de la valise ou du cercueil n’est donné à tous les algériens depuis l’indépendance, qu’ils fussent pieds noirs, harkis, chrétiens juifs ou musulmans, qu’ils appartiennent à des lignées récentes ou issus de souches millénaires, celles de nos seuls ancêtres, les berbères. Au lendemain de l’indépendance, les pieds noirs, sous une menace cruelle, ont préféré prendre la valise pour éviter le cercueil. Après l’indépendance, c’est la même forme de violence dissuasive et de chantage qui a poussé les Algériens du terroir à préférer la valise au cercueil à ciel ouvert qu’est devenu le pays. La barbarie islamiste aidant, ceux sont des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont fui, par la grâce d’un pouvoir de petits truands immatures, inaptes et mesquins, imposés depuis 1962 par des militaires intellectuellement restreints.

On peut bien invoquer la malédiction ou tout autre cause naturelle ou surnaturelle à cet exil de masse, mais comment se réfugier derrière telle niaiserie et ne pas pointer la responsabilité des hommes aux commandes quand des milliers de « haragas » s’empilent dans des embarcations de fortune pour défier la mer et ses dangers, préférant mourir et finir dans la gueule des gros poissons que de supporter le poids d’un avenir oppressif, avec des années de mal-vie sous ce ciel miséreux des FLiN-tox ? Un ciel bleu sous lequel ne règne, dans le moindre de ses recoins, que des nuées d’islamisme étouffant une société formatée à avoir un pied dans la tombe à longueur de journée, tout au fil des saisons, y compris le printemps, au lieu de cultiver ce merveilleux verger au mille-et-une «thivhirines» que nous enviaient tant de pays lointains.

Cette journée du 13 février 2015 aura aussi dévoilé le caractère hautement inhumain du dédain que voue le pouvoir d’Alger envers tous les autochtones qui ne marchent pas dans leurs combines. Car comment ne pas relever la différence de traitement, même dans la mort, entre la fastueuse procession réservée à Roger Hanin, avec une présence affirmée d’officiels, et celui d’un enterrement bien plus sobre réservé à Assia Djebar dans son petit patelin de Chenoua ?

Telle irrévérence n’est pas sans rappeler celle dont fut victime, de son vivant, cheikha Remitti, laquelle avait eu la malchance d’atterrir à l’aéroport d’Alger en même temps qu’une bimbo de la télé réalité française pour laquelle de hauts responsables politiques avaient déroulé le tapis rouge, pendant que notre cheikha fut allègrement ignorée.

Ainsi fonctionne le pouvoir, de Boumediène à Bouteflika : La valise ou le cercueil pour ceux, musulmans juifs ou chrétiens, qui ne rentrent pas dans leurs combines de petits dictateurs, le tapis rouge et les honneurs pour tous ceux qui ne tarissent pas d’éloge envers un p’tit cancre transformé en «fakhamatouhou» par la grâce d’une servilité maligne qui a gangrené chaque homme et chaque femme du pouvoir algérien.

D’Assia à Yacine et Roger, des hommes et des femmes ont aimé l’Algérie, chacun à sa façon, et il faut une sacrée dose de passion pour lui offrir sa sépulture ! Les voir ainsi partir, c’est une bonne partie de nos rêves qui s’effrite, le rêve de cette Algérie de fraternité qui fout le camp obstinément, génération après génération. Emportée par ceux qui lui vouent un amour des plus vils, ceux qui sans vergogne la pillent. Ceux-là ont des funérailles nationales, mais nous ne les pleurons jamais !

Tout comme nous n’avons pas pleuré Boumediene hier, nous ne pleurerons pas Bouteflika demain, car de cette terre berbère, ils n’ont aimé que les trésors et les perles, et noyé ses peuples dans l’Islam des ténèbres pour le dépouiller à perpète sous l’œil bienveillant d’un monde et d’une France enclins à sacrifier chaque homme, chaque femme indigène pour quelques gouttes de pétrole nécessaires au fonctionnement de sociétés qui ne savent plus verser dans l’émotion et les sentiments, ces «machins» regroupés sous l’appellation sordide de civilisation!

Quels Dieux, quels Saints peuvent souscrire à telles horribles bénédictions ?

Quant à nous, universalistes convaincus, nous ne nous bousculerons pas pour quémander une petite place sous terre ! Nous avons déjà choisi l’habitacle pour notre dernier voyage ; celui du crématorium, pour un retour instantané à notre état naturel de poussière, celui que nous avons été et serons pendant des milliards d’années encore. Ainsi nous allégerons la tâche à Belzebuth et laisserons plus d’espace au paradis d’Allah pour nos frères. Comment ne pas s’attendrir sur cette course au mérite d’une vie meilleure là-haut, une vie éternelle remplie de créatures aguichantes, de fruits délicieux, de ruisseaux de vin exquis pour récompenser l’abstinence ici-bas? Abstinence pratiquée par le pauvre, encouragé par le riche, lequel se goinfre tous les jours à dégoût, comptes HSBC en cerise sur le gâteau! Sacrés Terriens !

Sallam Assia ! Shallum Roger ! Reposez en paix ! 

Kacem Madani

10 commentaires

  1. La valise ou le cercueil pour les chrétiens et les juifs d'Algérie en 1962 , par la suite les laico-assimilationnistes livrés à la vindicte des assassins du FIS dans les années 90 par Belaid Abdeslam , dans son sillage son Ministre des affaires religieuses Sassi Lamouri fait creuser la tombe aux communistes et athées d'Algérie ,toujours dans son projet de purification liberticide Frankenstein lâche son monstre le FIS contre les intellectuels , les journalistes , les écrivains ,les artistes d'Algérie dans ces années-là . C'était dans la continuité de la valise ou le cercueil de 1962 jusqu'à aujourdhui , le système de parti unique post-indépendance n'a laissé aucune chance ni aucune place , si petite soit-elle , à la liberté de culte et de cultures en Algérie.

  2. Ah ! Si tous les algériens résonnaient comme vous on ne vivrait pas dans la mouise
    Je ne dirais pas Allah ghaleb ! Je suis athée et je n'ai pas envie de croiser ces prédateurs dans l'au- delà si il existe
    " Quel homme d'esprit et de cœur peut regarder sans dégoût ce monde de rapines organisées et légalisées ? " " Richard Wagner"

  3. UNE FEMME ET UN HOMME DE CULTURE ET DES LUMIERES, PLEIN D'HUMANISME,ENFANTS TOUS LES DEUX DE CETTE NOBLE ET MILLENAIRE TERRE BERBERE, reviennent au sein qui les as vu naitre.
    Mon dieu une musulmane et un juif des "Banou Israel", tous les deux éxilés et chassés de leur foyer originel par un pouvoir usurpateur, falsificateur étrangers à notre terre, semblent impudemment vouloir remplacer l'ancien occupant Francais.
    L'Algérie a été Judaique , Chrétienne et ensuite islamique dans le sens historique et chronologique des révélations divines, mais à chaque époque , cette terre séculaire a ouvert ses bras à l'humain sans plus que son humanisme et sa générosité à acceuillir les autres frappés par l'Adversité des temps et des hommes.
    Ces deux enterrements rappellent aux mémoires défaillantes ou faussement amnésiques que les enfants authentiques de ce pays sont nombreux en éxil forcé, aussi divers que leurs croyances, mais ayant tous cette algérianité berbére , ou je ne trouve nulle part le Gaulois, l'Arabe ou le Turc.
    La terre mére qui nous a tous enfantés avec nos ancétres pleurent à chaque ses enfants sans distinction et aujourd'hui hurle sa douleur d'etre possédée, violée et dirigée par des étrangers venus d'un voisinnage perfide, le temps est arrivé de remettre les pendules de l'histoire à l'heure algérienne exacte.
    La derniére supercherie actuelle se terminera dans un bain de sang , dont notre séculaire terre n'est pas avare et a été largement irriguée, que les autres ne se trompent pas sur cet apparent silence, le volcan ne prévient jamais de son explosion.

  4. Quelle analyse! Tranchante et pleine de bon sens. Il n'y a rien à ajouter…à part peut-être un "Azul Assia" à la fin de votre article, en respect à nos origines Amazigh!

  5. Vaine imposture d'un enterrement , qu'il soit juif, ou quelle soit musulmane, tout ce monde rejoindra un ailleurs pour certain, un au delà pour d'autres, enfin terminer une existence terrestre et physique et rejoindre ce quee tout mortel verra à son heure.
    Peu importe les croyances, il n'y a et il n'y aura qu'une seule vérité, celle de l'extinction de sa création et le départ individuel comme l'arrivée individuelle sur cette terre de tout un chacun.
    La flagornerie mal placée du pouvoir pour un enterrement alors que pour un autre c'est l'absence de ce meme pouvoir d'Alger et ses affidés, n'interresse ni les deux partants vers l'au delà ni leur peuple, car Djebbar comme Hanin sont deux entités intemporelles de ce peuple d'Algérie berbére.
    Aussi factices et prétentieux sont les pseudo égards d'un pouvoir non algérien à ces deux enfants d'Algérie, chacun sa croyance et chacun son parcours.
    Aussi bien les musulmans que les juifs:La mort est un retour à un Dieu unique, et, une mort ne peut etre le prétexe de simulations ou autres singeries politiciennes,Israel se contrefiche complétement du pouvoir inculte de Bouteflika, et l'intelligenstia algérienne n'a que faire d'une nouvelle imposture pour voir Al Mouradia endeuillé par le départ d'Assia Djebbar vers un monde meilleurs , que celui des vanités prétentieuses incultes de ce pouvoir damné sur terre ou ailleurs.
    Le deuil revient à la terre qui les a vu naitre, cette numidie séculaire, le deuil revient à leurs familles respectives, tous les deux ont rejoint leurs péres respectifs dans cette meme terre des peuples d'autrefois.
    Que les singeries insipides et les gesticulations insipides du pouvoir inculte d'Alger au cimetiére juif d'Alger soient aussi un autre témoignage des impostures de Bouteflika et son pouvoir hagard, lui aussi bientot (car le temps passe vite et nul humain n'est éternel) saisira la vérité universelle de tous les temps au moment de quitter son envelloppe charnelle actuelle, sera t il aussi regretté que nos deux éxilés d'une imposture, à laquelle Bouteflika leur rendra compte un jour devant l'éternel.
    Qu'ils reposent en paix auprés des siens sur leur terre natale, d'autres devraient demander le roi du maroc de prévoir un carré au cimetiére d'oujda pour retrouver leur terre natale, ca viendra nul(le) n'échappera.

  6. J’aime la teneur générale de ton post, mais je voudrais indiquer un détail : quand tu dis que l’Algérie a été « judaïque, chrétienne et ensuite musulmane… » C’est une idée répandue et un mythe tenace. Non, l’Algérie n’a jamais été judaïque, et chrétienne seulement en partie. Chrétienne dans les villes en grande partie, mais dans les campagnes, les vieilles religions berbères et romaines restaient toujours présentes, en certains endroits reculés jusqu’au 16ème ou 17ème siècle. Quant au judaïsme il n’a jamais eu cours chez nous, et pour une bonne raison : au contraire de l’islam et du christianisme, la religion juive ne cherche pas et ne veut pas de convertis au judaïsme. Ce n’est pas vraiment une religion comme l’entendent les chrétiens et les musulmans, c’est plutôt une culture et une histoire commune. Les juifs réfugiés en dehors de leur pays originel n’ont jamais cherché à convertir qui que ce soit, ils demandent seulement qu’on leur fiche la paix. On nait juif, on ne le devient pas. C’est une religion « privée » entre les juifs et leur dieu. Il n’y a ni enfer ni paradis pour eux. Leur “contrat” avec leur dieu est qu’un jour il les raménera chez eux, ici sur terre, et en fera les maîtres du monde. Une idée comme une autre, pas plus bête que de dire qu’un homme a été crucifié pour « sauver » les autres hommes, ou qu’un guerrier du désert d’Arabie a été chargé par un dieu là haut de répandre ses messages sur terre. Et quand je dis « leur » dieu, ce n’est pas une erreur de ma part, car à l’origine, les juifs croyaient que ce dieu était seulement leur dieu, les autres peuples avaient leurs propres dieux. Seule différence c’est qu’à leurs yeux leur dieu était plus puissant que les autres dieux. Leur religion n’est devenue clairement monothéiste que bien après Jésus.

  7. Censure ou pas Censure, mes opinions ne changeront pas!
    Intimidation ou pas intimidations, mes convictions ne changeront pas!
    Terreur ou pas terreur, mes idees ne changeront pas!
    Injustice ou Dictature, mes racines ne mourront JAMAIS!
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    Je ne suis pas Arabe, et je ne le serais JAMAIS!
    Je ne suis pas Musulmans, et je ne le serais JAMAIS
    Je suis Amazigh, j'ai ma langue, mon territoire et ma fiereté d'etre qui je suis.
    Nul besoin d'etre autre ou vivre sous les bottes d'un conquerant.

  8. Comme vous le dites , la valise ou le cercueil pour les juifs et les chrétiens en 1962 , par la suite dans les années 90 le même mot d'ordre , la même sentence ont été prononcés à l'encontre des laico-assimilationnistes par Belaid Abdeslam et dans son sillage son Ministre des affaires religieuses Sassi Lamouri qui en a rajoute en stigmatisant et en livrant à la vindicte des assassins du FIS les communistes et les athées d'Algérie. C'était pendant ces années-là que Frankenstein a lâché son monstre sanguinaire contre toutes celles ou ceux qui portaient l'étendard des libertés en Algérie : les intellectuels , les journalistes , les écrivains , les artistes etc..

  9. …et puis encore ? …et encore !
    la Terre continue à tourner d' Est en Ouest !
    Le Soleil est toujours Lumineux !
    et l' homme du neandertal est toujours bete ….malgré Internet …ou plutot à cause d' internet !

  10. L'arabo-musulman (DAESH/ISIS) est bien bien moins l'homme erectus, la preuve est que ses ramifications se detectent par le silence (concentement) d'un milliard et demi de musulmans sur cette meme plante qui tourne il y a plus de 2 millions d'annees.
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    Cet homme erectus retournerait-il dans sa caverne, ou deciderait-il, un beau jour, a rejoindre le courant du monde moderne et accepter d'autres idees et autres cultures de l'Homme moderne? That is the question!

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