En Algérie, le problème est dans les mentalités !

L'Algérie est confrontée à un sérieux problème sociétal.
L'Algérie est confrontée à un sérieux problème sociétal.

Et voilà que le temps des vaches maigres s’annonce à grands fracas.

Les prix du baril du pétrole ont baissé, l’atmosphère internationale n’augure pas de belles surprises, les cartes de l’alternance au pouvoir sont rebattues à l’intérieur, la phraséologie des réformes et des grands chantiers en prend un sérieux coup et, enfin, le nuage de toutes les illusions entretenues par les uns et les autres s’est dissipé. L’Algérie monochrone et à tête malade ayant réincarné le rôle de la cigale dans "la fable de la rente" regrette aujourd’hui le génie et la persévérance de la fourmi. Mais rattrape-t-on en un tournemain le temps perdu quand, depuis des décennies, on n’a adopté aucune stratégie pour sortir de notre dépendance alimentaire, économique, intellectuelle, etc.? Difficile d’imprimer une teinte cohérente à ce que nous pensons ou faisons. Car, en apnée mentale, le pays vit une fantaisie cartoonesque où les remous de Ghardaia, la protesta anti-gaz de schiste de In-Salah et le dernier rappel à l’ordre bondieusard d’Alger synchronisent, à notre corps défendant, une dynamique de métamorphose sociopolitique nouvelle dans une carte régionale fragile. L’analyse des faits est encore délicate au moment où j’écris ces lignes tant que cette tempête n’a pas donné de signes de "happy end". Passons donc, en attendant, à autre chose : le problème des mentalités. Mais pourquoi exactement cette thématique ?

Je pense que, comme tout pays du Tiers Monde, l’Algérie en souffre. Or, si l’on veut changer ne serait-ce qu’un aspect de cette crise complexe qui nous ravage, il faudrait d’abord commencer par la réforme des cerveaux, une finalité qui devrait s’inscrire dans le droit fil du combat de tous les jours. En effet, l’élan de notre société est cassé et tout ce qui nous entoure s’est brusquement arrêté en amont aux petits calculs politiciens et en aval à la toile des préoccupations ordinaires, inflation vertigineuse et pouvoir d’achat à la dérive obligent. Les algériens à la périphérie des enjeux tracés d’en haut, ne pensent plus désormais à construire une société et les dirigeants se vantent à peu de frais d’être épargnés par la tornade du printemps arabe, arguant que le peuple a subi de terribles épreuves qui l’ont forgé et instruit sur les dérives de la précipitation et des soulèvements incontrôlés. En agissant ainsi, le pouvoir soucieux de sa propre survie se perd en conjectures, réveillant d’une part chez le citoyen lambda l’esprit de patience et de générosité qui est à même de le préparer au moins psychologiquement à son plan d’austérité économique et, d’autre part, il anesthésie le désir de celui-ci "le citoyen" de s’autocritiquer lui-même déjà et de critiquer ses élus, ses responsables et son gouvernement. Peu crédibles à tous points de vue, toutes les initiatives étatiques de ces dernières années corroborent, du moins en partie, le cliché de «l’immaturité du peuple au changement». En plus, au tranchant de deux époques (le socialisme trop protecteur des années 1970-80 et libéralisme sauvage et indifférent à partir des années 1990), l’algérien a perdu les trois tiers de sa lucidité.

Tombé en délicatesse avec les notions du civisme, des droits et des devoirs, il ne dispose que d’un logiciel, du reste efficace, pour intercepter les méchantes rumeurs que l’on sème çà et là pour parasiter sa conscience et pérenniser un système poussif. En revanche, cet Algérien-là succombe aux excès de la passion dans une verve plus proche de l’hallucination que de la réalité. A sa grande surprise, il découvre que tout ce pour quoi des générations entières sont sacrifiées n’est que de la pure perte. Rien à redire à tout cela sinon que les algériens se sont transformés en opposants de ce dont, par ailleurs, ils prétendaient des années durant être des adeptes, voire des pionniers. Autrement dit, vu les désenchantements antérieurs et tout ce qui s’est passé à partir de 2011 dans la région, la démocratie est devenue le reflet d’un chaos à venir après avoir été un idéal à conquérir.

A vrai dire, le processus contagieux de la régression a auparavant déjà touché les comportements, en subvertissant les manières d’être, de regarder l’autre et de se mettre en rapport avec lui. La superficialité est devenue par exemple un paramètre de reconfiguration de l’architecture mentale du jeune de la banlieue algéroise comme de celui de l’arrière-pays, en ce sens que la ruralité n’a pas été apprivoisée dans l’objectif de «la citadinisation des espaces» mais dévitalisée de ses qualités primordiales propres à savoir l’hospitalité, l’entraide, la bonhomie, le courage et la bonté pour ressortir par effraction de sa bulle originelle en relents de voyouterie, de sauvagerie et de délinquance. Ainsi le paraître vestimentaire ou physique s’est-il mué en un simple "pare-être" psychologique pour emprunter l’excellente expression de l’anthropologue Marc Perreault et le matérialisme sur fond de moralisation ne traduit-il qu’un "copier-coller bricolé"» de l’hypocrisie sociale et de la corruption à géométrie variable. Dans cette bourse de valeurs travesties, le pauvre citoyen, livré à lui-même, essaie de ramer vers le large, se soulageant de la vague, creuse et ennuyeuse, de la routine et se gardant bien, faute d’appuis bien évidemment, de faire le diagnostic de lui-même et de sa société. En quelque sorte, chez lui ce qui est d’ailleurs très pathétique, l’évitement, voire l’omission du problème est une façon de l’appréhender, de le vaincre et de le dépasser. Hélas, un effet de foule anarchique doublé d’un individualisme exubérant ont ratatiné l’individualité, la liberté de pensée, l’indépendance et l’autonomie de l’algérien actuel !

Afin de mieux projeter de la lumière sur cette dialectique "individualité-foule", je m’en remets à un exemple que je trouve illustratif. Dernièrement un ami affligé par tant d’années d’exil subi dans la solitude m’a raconté son extrême stupéfaction de ce qu’il avait dû constater, la mort dans l’âme, en Algérie. Le désintéressement à l’autre, à l’environnement, au vivre-ensemble et à tout ce qui est relatif à la culture est incontestablement une seconde nature chez les nôtres «dans ma famille, pourtant tous des lettrés mieux que moi et ayant des professions libérales, ça sent le renfermé, personne ne lit ni ne tente de comprendre ce qui se passe au pays ! J’en reste coi. On dirait que je vis dans un autre monde. Et dès que l’on se met à table pour manger ou parler, la pauvreté de la discussion fait le vide autour de nous, je m’accroche quand même faisant semblant de m’y intéresser mais m’ennuie vite et décroche" me confesse-t-il, une larme de nostalgie à l’œil. "Mais pourquoi ne lisent-ils pas ? Et pourtant, ils sont assez aisés et ils en ont les moyens ?" L’interrogeai-je curieux "Tu sais qu’en Algérie, ce phénomène d’illettrisme systématique est presque normal puisque la vision de la société d’antan a changé, celui qui a fait des études s’inspire et suit des schémas de réussite de ces fortunés martiens sans culture qui construisent des châteaux et roulent en voitures de luxe soit grâce à la corruption ou aux crédits de l’A.N.S.E.J, c’est-à-dire l’inverse de ce qui doit se passer, et le résultat est là". Dépeignant un tableau acerbe de l’Algérie de nos jours, mon interlocuteur ajoute à son réquisitoire une anecdote qui l’avait à jamais marqué dans un de ces fameux cafés d’Alger la blanche "impeccablement vêtus, les deux gars qui étaient attablés en face de moi parlent fort politique et business mais oublient tout de même de rappeler au serveur qu’en tant que clients la propreté de leur table est impérative avant qu’il s’y installent, et que dans un lieu public pareil, deux verres de cafés ne se servent jamais avec une seule cuillère que l’on trempe dans l’eau pour, soit disant, la nettoyer avant qu’elle fasse le tour de la salle. Avec, le comble, à leur côté une sucrière dont des tâches grisâtres de sucre mouillé forment des boules qui se voyaient de loin, c’est terrible!".

Ce sont pourtant ces petits détails qui font les grandes différences dans les contrées évoluées. Supposons maintenant que notre pays n’a plus de rente pétrolière et qu’il s’est appuyé sur l’unique secteur touristique pour établir son budget annuel et nourrir tous ses enfants. En même temps, des touristes occidentaux ou autres viennent dans ce même café et constatent ce décor à la limite du pitoyable, vont-ils y revenir pour soutenir de telles extravagances, ce manque de calme et surtout d’hygiène, ces chaises mal triés, ces tables éparpillées, l’absence de courtoisie, l’odeur suffocante de la fumée, etc. ? Jamais ! Loin de la caricature ou de la littérature du caniveau, notre problème est fondamentalement dans l’éducation, la culture, le respect des autres, les manières, les comportements. Bref, c’est un problème de savoir-être, d’idées et surtout de mentalités.

Kamal Guerroua, universitaire

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Commentaires (8) | Réagir ?

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amazigh zouvaligh

Il suffit juste de remettre notre pays sur ses véritables railles afin qu'il ne boite plus, en enseignant à nos enfants leur histoire millénaire ;qui a commencé bien avant Jésus Christ, leur enseigner que notre contrée était le grenier de l'Europe avant l'invasions des arabes et de l'Islam, que notre contrée était juive, puis chrétienne depuis des siècles, et qu'elle avait donné de grands théologiens, de grands philosophes comme Septime cevere ;Tertullien, Cyprien, Saint Augustin, Miltialde, Saint Gelas et Victor premier, ces 3 derniers étaient des évangélistes berbères;qui avaient christianisé la France actuelle, à l'époque c'était la Gaulle et les Celtes, leur parler de Mohamed Arkoun, leur enseigner ce qu'est Yenayer 2965, son origine qui remonte à la prise de la terre des Pharaons de la 16 e me dynastie, par un roi berbère nommé Schachnaq!que notre Aguelid Jugurtha a conquis Rome et a prononcé sa fameuse phrase, je cite;<<Rome est à vendre, à savoir si elle trouve l'acquerreur>>, enseigner à nos chérubins, que quand les arabes de la péninsule arabiques, des qoreichites enterraient leurs filles vivantes, à l'image de Omar Ibnou Alhkatab, les berbères, en faisaient des reines, à l'image de Dyhia, nommé par les sauterelle arabes la Kahina, et que la décadence de l'Afrique du Nord a commencé avec l'invasion des arabes et de l'islam !à enseigner que la composante de l'étoile Nord africaine et du PPA-MTLD, était à 99. 99% kabyle, que la fédération de France qui a financé la révolution était aussi kabyle!que dans les résolutions organiques de la plate forme de la Soummam, la Wilaya 3, historique a donné le plus grand nombre de martyrs, officiers, dirigeants et soldats, dépassant les autres wilayas réunies!à dire aussi que Abane a été liquidé Par le clan de malheur d'Oujda, coiffé par Boussouf, que ce dernier est une intrigue, on ne connait rien de lui, lui qui a créé la suspicion, arrivant jusqu'à qu'un simple joundi mette sur écoute un officier?Il a fait quelle école?Saint Cire peut être!était il une taupe des services français?quand on voit le travail fractionnel qu'il a fait!l'anti kabylisme, érigé en système de gouvernance et qui perdure indéfiniment!enseigner à nos enfants que les oulémas étaient pour l'Algérie française, et qu'ils avaient rejoint la révolution marche arrière vers mi 1955, que la mort d'Amirouche et Lhoues était suspecte, que Ben Bela a été fabriqué par Degaulle, Nasser et Fethi Dib;que le coup de la poste d'Oran a été fait par Madjid alias Ait Ahmed, et que pendant l’opération Ben Bela se trouvait à Alger!que les premiers maquis kabyles ont commencé en 1947-48 à leur tête Krim Belkacem et le colonel Ouamarane, avec plus de 1000 hommes, que, Boukharouba, alias Boumediene n'a jamais tiré une cartouche contre la France, de même que celui qu'il a fabriqué à Oujda, l'actuel Roi!Que Krim, KHider,, Medeghri, ont été assassinés par Boumediene, que ce dernier a une haine viscérale de tout ce qui est kabyle, que l’agriculture et l'école ont été massacrées par Boumediene, et qu'on est en train de payer les conséquences de sa politique sur tous les plans!que le clan d'Oujda est le malheur du pays, que durant la décennie noire, il y avait un ethnocide, on a éliminé surtout la crème kabyle, que l'arabisation et l'islamisation de la société obéit à des plans de destruction de notre pays dur tous les plans !et qu'on a le droit de nous poser la question maintenant, que tout cela est programmé par la France avec la bénédiction des mercenaires qui sont au pouvoir!voilà à peu prés, pourquoi les mentalités algériennes sont court-circuitées!

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Massinissa Umerri

"... "Mais pourquoi ne lisent-ils pas ? Et pourtant, ils sont assez aisés et ils en ont les moyens ?" L’interrogeai-je curieux "Tu sais qu’en Algérie, ce phénomène d’illettrisme systématique est presque normal puisque la vision de la société d’antan a changé, celui qui a fait des études s’inspire et suit des schémas de réussite de ces fortunés martiens sans culture qui construisent des châteaux et roulent en voitures de luxe soit grâce à la corruption ou aux crédits de l’A. N. S. E. J, c’est-à-dire l’inverse de ce qui doit se passer, et le résultat est là"... "

Lire? bientot, le bac se deroulera dans les stades... une course de recitation. Qui vomira le qoran le plus vite. Des points extras, si on finit avant 1 minutes et qu'on vomisse le max sur les Juifs. et des super points sin on arriver a eviter le mot juifs et bien le camouffler avec des termes genre sionistes, etc.

La bonne nouvelle est qu'il ne va plus falloir attendre la terminale pour ce sacr'e bac algerien. il sera parcoeurise' a la fin de cycle primaire, c. a. d. le bac a 10 ans. T'imagines les economies ? Vraiment, dire que boutertoura n'est pas un bon gerant est une injustice.

Bref, quoi lire ? en francais? en Arabe?

Cette histoire de "comme d'antan n'a aucun sens. Pas le moindre. Les notres d'entan n'ontmeme pas ete' foutu standardiser une grammaire et un pseudo language notre, rien que notre. J'ai appris le Danois, en une nuit (dans un lit biensur) - mais ce n'est pas a cause du lit du tout, mais a cause de sa simplicite'. Apres une semaine, je lisais les livres d'ecoliers Danois, qui parlait du Denmark et son histoire... La meilleure ecriture de l'histoire, dans le style "short stories". Par example, pour bien avaler l'histoire de l'Amerique du nord (USA), il faudrait lire les histoires sur Daniel Boon. Pour ecrire l'histoire de la Kabylie, une serie de petites histoires sur Hmed Umerri, et tant de tels personnage.

j'ai envoye' pres de 200 pages pour publication a Tizi, sur les histoires de mes ancestres, c. a. d. mes grand-parents directs, leur parents et arriere grand-parents. Leurs histoire avec les lions, la traverse'e de la montagne vers Souk-Ahras, etc. leur voyages d'ete' dans les valle'es de Tubivett pour la fauchaison de ble', etc. Les evenements des naissances de moutons, chiens, chats et autres animaux demostiques, comment on les nommaient - comment c'etait mal-vu qu'un animal soit tue' dans son village natal, etc. Bref, la vie de village dehaute Kabylie, mais helas - ce n'est pas moderniste, politique ou je ne sais quoi - alors qu'il n'y a pas plus politique que ca... C'est ce que va essayer de faire BRTV en 3 jours, a partir de Paris.

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