Mascarade présidentielle algérienne : les mises en scène

Le clan à la manoeuvre pour un 4e mandat et plus
Le clan à la manoeuvre pour un 4e mandat et plus

Finalement, on aura tout compris. Encore des histoires à dormir debout, n’était la gravité de la situation. Des guéguerres donc de circonstance que se livrent les Clans du régime, l’Armée, les pantins de l’opposition – figuration ; et les "Services" (DRS, ndlr), qui eux se prennent pour des dieux, comme dans la mythologie grecque, nous prenant de haut, faisant et défaisant des rois du moment, au gré de leurs sautes d’humeur.

La parodie. Ne manquant plus que la populace, que nous sommes à leurs yeux, nous les déshérités de la liberté, pour l’envers du décor. Pour jouer les bouffons, en amuseurs de la cour. Ou de la République hybride, c’est selon. 

Comme les fois passées, la grossière mise en scène que l’on nous prépare pour le jour J –oui,puisque c’est du cinéma qu’il s’agit !- consisterait à faire croire que tout baigne comme dans le meilleur des mondes en Algérie. À propos du cinéma, n’a-t-on pas conçu d’ailleurs la constitution algérienne dans un cinéma ? C’est dire que la symbolique n’est tout de même pas dénuée de sens. Comme les fois passées, il est aussi prévu de surajouter un happy-end au surlendemain du jour J. Le 17 avril prochain au soir, des résultats à la nord-coréenne seront ainsi proclamés, le président Bouteflika se succèdera à lui-même haut la main. Les autres figurants auront à ramasser des miettes de prébendes pour «services rendus». Comme par le passé, Bouteflika en roi du moment, sa suite, les clans, l’Armée, les dindons de la farce de l’opposition, le Parlement croupion, les « Services » (DRS), les cercles occultes, les parrains de la mafia politico-financière, scelleront un pacte tacite d’alliance pour les 5 prochaines années. Les loups ne se mangeant pas entre eux, tout n’aura été en fin de compte qu’une tempête déchaînée dans un verre d’eau. La « récréation » finie, le petit peuple sera tenu de rentrer dans le rang, d’obéir au doigt et à l’oeil, de courber l’échine, comme à l’accoutumée. Mais, jusqu'à quand ?

Le navet donc en tournage depuis quelques mois n’aurait en principe rien d’original, par rapport aux précédents. Chez nous, les simulacres d’élections se succèdent et se ressemblent. Du déjà vu. Cela a toujours été ainsi. Des simulacres. Rien d'autre. En tout et pour tout, une pratique du «remake» dont on excelle. Sauf que cette fois-ci… Oui, il semblerait que le burlesque et le grand guignol le disputent à la fiction. Une sorte de «Retour au futur» à l’algérienne ! Tenez-vous bien, on voudrait remettre en question l’essence même du cycle biologique de notre espèce. Rien que cela. Au scénario habituel on ajoute des effets spéciaux sans précédents. Tellement magiques qu’ils rendront la présidence, ou plutôt le trône, c’est selon, translucide. Des effets qui créent un vide translucide. Bouteflika lui-même nous parlait d’une «Maison – Algérie» de verre. Soit. Qu’importe si le président ou roi Bouteflika, qui nous «dirige» depuis 15 ans, et qui n’est déjà que l’ombre de lui-même, car au crépuscule de sa vie et rongé par un AVC (maladie grave et irréversible), ne pourra plus bouger son doigt de petit dieu. D’ailleurs, le peut-il faire déjà ? Lui qui ne tient plus conseil avec ses ministres, qui ne s’adresse plus directement aux Algériens, qui brille par son absence aux différents forums internationaux, qui se permet des entorses au protocole, depuis 18 mois. Qui est incapable de se lever, de marcher, d’articuler des phrases le plus normalement du monde. Ou tout simplement d’agir en président de la République, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Sommes-nous à ce point un peuple de tarés pour mériter cette situation ? 

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Cependant, s’il y a une leçon à retenir ces derniers mois est celle d’avoir l’impression d’être "gouvernés" par un président invisible, inexistant. Et que les affaires du pays n’en paraissent pas pour autant affectées, ou en tout cas pas outre mesure, ou en apparence seulement, cela devient vraiment inquiétant. Mais, y a-t-il un pilote dans l’avion ? Ou en contenterions-nous d’un automatique, actionné à distance ? Et si c’est le cas, à partir de quelle "tour de contrôle" ? Qui détiennent réellement les leviers de commande de ce pays ? Bouteflika est-il là seulement, comme ses prédécesseurs, pour donner l’illusion d’être le président ? Lui-même y croit-il ? Ou a-t-on fait en sorte qu’il y croit ? Avait-on laissé faire, au point de lui faire croire qu’il avait les pleins pouvoirs, qu’il est agité à son tour par un délire mégalomane ? Tel est pris qui croyait prendre. En tout cas, la conviction de la vox populi est telle que le pouvoir effectif serait plutôt concentré entre les mains de cercles occultes. Appelons-les : l’Armée, la grande muette, les décideurs, les «Services» DRS, les faiseurs de rois, le pouvoir occulte, la mafia politico-financière, les marionnettistes ou "Aâmam Bouzouar"… Qui eux, à leur tour, pourraient avoir un fil à la patte, car manipulés. Mais par qui ? C’est un peu l’histoire du poisson qui se mord la queue. Des cercles dans des cercles, multipliant les ricochets à l’infini. La question reste entière. L’énigme irrésolue. Mais revenons à notre «Maison de verre». Officieusement, l’Algérie est sans président depuis avril 2013. Ou peut-être même que cela remonterait à bien avant. Que cela a toujours été ainsi. A-t-on d’ailleurs jamais eu un président, élu s’entend ? Mais vu sous les effets du prisme ambiant et officiel, le pays n’en est pas moins bien portant. Serions-nous donc devenus, dans les faits, une République bananière ?! Et jusqu’à quand ? Certains, en fiers culots, diraient même si la "méthode" a bien fonctionné jusqu’à maintenant, il n’y a pas de raison pour qu’il en aille autrement pour les 5 prochaines années. Tant qu’on y est, et pourquoi pas même au-delà. Tout compte fait, un Bouteflika debout ou assis sur une chaise roulante, privé de ses facultés psychosensorimotrices, en quoi cela pourrait-il changer la donne ? Louis-Gaston de Ségur (1) disait : "Si nous voulons encore recommencer nos essais de république, nous nous perdrons si bien qu’il n’y aura plus moyen de nous relever". C’est ce que nous semblent dire aujourd’hui les laudateurs aveugles du 4e mandat. Après eux, le chaos. Drôle de République au président apparent. Mais, nous, nous leur disons ceci : tant va la cruche à l’eau qu'à la fin elle se casse. 

Pourquoi le 4e mandat est un non-événement

Les marionnettistes, tapis dans leur obscurité, peuvent tirer les rideaux qui les empêchent de voir. La farce est déjà jouée qu’elle ne trompe plus personne. Sont-ils à ce point tombés si bas qu’ils manquent d’imagination ? Sommes-nous en train d’assister par-là à des signes de fin de règne ? Que pourra encore apporter au pays un Bouteflika atteint d’un accident vasculaire cérébral (AVC) qu’il n’a pas pu ou su faire durant ces 15 dernières années, alors qu’il jouissait de toutes ses facultés ? «Perte de la motricité, perte de la sensibilité, trouble du langage, perte de la vue, perte de connaissance» sont les quelques symptômes d’un AVC. Il est dit aussi que «le processus de récupération est encore mal connu, mais une période de récupération spontanée allant de quelques semaines à quelques mois, suivie d'une période d'évolution plus lente pendant plusieurs années, est constatée.» Bouteflika a 77 ans. Lui-même l’avait déclaré en mai 2012 à Sétif, lors d’un discours, avec la fameuse phrase : «tab djnan na» («nous avons fait notre temps»). Tout le monde pensait alors qu’il était revenu à la raison. Et qu’il nous annonçait par là son retrait imminent de la scène politique, pour s’occuper de son état de santé. Mais sitôt dit, sitôt rattrapé par le syndrome d’Hurbis qui ne le quitte plus depuis. «Mot d’origine grecque, Hybris traduit la démesure. Un sentiment né de la passion déchaînée et de l’orgueil, à l’opposé de la tempérance et de la modération. Dans la mythologie grecque, la démesure est considérée comme un crime, car elle tend à faire oublier aux mortels les limites de la condition humaine.» Car, en plus d’un AVC, il est aussi atteint de la maladie du pouvoir. «Perte du sens des réalités, intolérance à la contradiction, actions à l'emporte-pièce, obsession de sa propre image et abus de pouvoir : tels sont quelques-uns des symptômes d'une maladie mentale récemment répertoriée qui se développerait durant l'exercice du pouvoir. C'est le syndrome d'hubris.»(2) On ne sait plus ce qui est pire. David Owen, dans son livre «In Sickness and in Power» (Dans la maladie et le pouvoir)(3) : «Chez un grand nombre de chefs d’État, l’expérience du pouvoir entraîne des altérations psychologiques qui se traduisent par des illusions de grandeur et des attitudes narcissiques et irresponsables. Les dirigeants atteints de ce syndrome d’hubris politique croient qu’ils sont capables de grands exploits et qu’on attend d’eux des actions extraordinaires.» Emil Michel Cioran, lui : «Ils avancent jusqu’au bout, jusqu’au moment où tout s’écroule.» Dit en d’autres termes, «désigner» Bouteflika pour un 4e mandat de trop, tout mégalomaniaque qu’il est, cela équivaudra à nous condamner à aller droit dans le mur. Il voudrait mourir comme un Pharaon au pouvoir, avec le pouvoir, et nous en tant que peuple et pays avec. La maladie du pouvoir de Bouteflika est si contagieuse que les gens de son entourage, ses ministres, frappés de cécité politique, ne jurent plus que par lui. Oser prétendre que le «président-candidat» n’a pas besoin de mener campagne, ou de s’adresser directement aux Algériennes et Algériens, c’est nous prendre pour des moins que rien. Ou encore, ces titres qui font les manchettes de la une des journaux : «Lettre de Bouteflika aux Algériens», «Bouteflika dans un message aux Algériens»… Serait-il déjà si loin, absent ? Prétend-on nous faire aller voter pour un absent ? L’Algérie sera-t-elle gouvernée par un absent, un président virtuel ? Le saint-esprit ou l’ange Gabriel ? Le 25 mars dernier, l’ENTV (la télévision du pouvoir) diffuse, en fraction de seconde, quelques séquences d’une audience que le Président avait accordée à son vice-ministre de la Défense, Gaïd Salah. A peine audible que, à un moment donné, dans une phrase : «Je veux que les problèmes de sécurité soient supervisés par (….)», le dernier mot est insaisissable. Commence-t-il par un «C» ou un «S» ? S’ensuit un branle-bas général. Observateurs, politologues, journalistes et internautes, par médias et réseaux sociaux interposés, y sont allés de leurs commentaires. Le Président voulait-il dire «Sénat» ou «Cemo» (Commandement des états-majors des pays du champ, ndlr) ? Le «mystère» reste entier. C’est à peine si on nous suggérait de recourir à une boule de cristal d’un médium. Mais de qui se moque-t-on ? Pourquoi tant de mépris ? Aussi, au lieu de vous triturer les méninges pour nous rassurer qu’«il va bien» pourquoi n’apparaît-il pas tout simplement, même à la télévision, dans un message direct ? Ou serait-il déjà devenu un dieu ; il est partout et nulle part, omniprésent ?! Oui, ceci expliquant cela, il n’y aura pas d’élections à proprement parler. Les dés sont pipés. Ce ne sont là que des mises en scène d’un système au pouvoir bicéphale. Un monstre à deux têtes, pouvoir occulte aux mystères insondables et pouvoir apparant qui se disputent épisodiquement des intérêts inavoués. Le monstre est le même, les deux têtes s’entendent sur l’essentiel qui est le partage de la rente du pays. Par voie de conséquence, de l’asservissement du peuple. Et ses guignols de concurrents, que la vox populi affuble de «lièvres», le savent aussi. Autant dire des clowns blancs, des faire-valoir. Certains d’entre eux, en saltimbanques de la cour, comble du ridicule, avaient à peine obtenu un taux de 0,6%, 1% ou 4% lors des précédents suffrages bidon, en 2004 et 2009 !! Alors que Bouteflika, lui, s’était arroggé respectivement 85% et 90,24% des voix. Atteint d’un accident vasculaire cérébral (AVC), le Conseil constitutionnel, juge et partie, vient de valider sa candidature pour qu’il rempile. Y a-t-il un dessin plus illustratif ? Mais, qui vivra verra, ils finiront tous un jour dans les poubelles de l’histoire.

Mohamed Ziane-Khodja

La suite : Bouteflika, homme d'Etat ou homme de pouvoir ?

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Commentaires (7) | Réagir ?

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Le Matin d'Algérie

quelle bonne idée ?

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Kamel Mehri

Re el salam alaikoum,

En sus de ce que je viens de dire plus haut dans mon intervention. J’ai juste une question à poser à ces gueux qui veulent se maintenir au pouvoir, et qui par la même nous parle de leur démocratie de pacotille. Est-ce que vous, et en 1er chef Boutef voudriez bien rester au pouvoir si le baril de pétrole vaudrait pour une raison quelconque ce qu’il coûte présentement et depuis l’arrivée de Boutef. Je parie que même s’ils ne se sucreront plus comme dans la dernière décennie, personne d’entre eux n’accepterait aucune responsabilité aussi minime soit-elle. Ce n’est pas en recrutant à tout va des jeunes dans les entreprises publics que le chômage de ces derniers se résoudrait. Ce pays que nous chérissons a besoin d’hommes qui apporteraient non seulement un changement du système + des réformes spécifiques comme dans d’autres nations. Ce coup-ci, je regarde FAKHAMATOUHOUM (discours de Tizi-Ouzou en 1999), sur la chaîne TV de « EN NAHAR » qui profère des mensonges et des promesses qui n’ont jamais été tenues depuis son arrivée.

Je veux juste rappeler à ceux qui sont pour un 4ème mandat de FAKHAMATOUHOU, que nous ne sommes pas un pays monarchique. Les larges couches d’algériens sensés vous demandent de dégager ya les irresponsables que vous êtes. Qui vivra verra, et les citoyens ne vont pas tous mourir, donc on finira bien par lire l’AUDIT de votre gestion catastrophique qui sera demandé par ceux qui seront au pouvoir après le 17 courant INCHALLAH ! ! !

OUALLAHI, je bous à l’intérieur comme cette majorité silencieuse d’algériens qui aiment leur pays sans attendre quoi que ce soit de lui. Alors que certains attendent beaucoup de leur pays, de ce fait, je leur dis, et vous, qu’apportez-vous à ce pays ?

OUA EL SALAMOU ALAÏKOUM OUA RAHMATOU ALLAH OUA BARAKATOUHOU! ! !

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