Dossier. Les véritables entrepreneurs privés algériens (I)

Issad Rabrab, patron de Cevital
Issad Rabrab, patron de Cevital

L’objet de cette contribution est de dresser une typologie du secteur privé algérien et de poser la question suivante : y a-t-il de véritables entrepreneurs en Algérie producteurs de richesses ? J'ai eu beaucoup de difficultés à récolter certaines informations statistiques, certaine étant imparfaites et je tiens à m'excuser auprès des entrepreneurs privés cités qui peuvent me corriger. Mais cela ne change pas la tendance lourde de l'analyse(1).

I.- Les principaux entrepreneurs privés algériens

Pour éviter des interprétations byzantines, la liste qui suit est faite en vrac et ne traduit pas forcément le poids réel de chaque groupe.

1.- Le groupe Cevital est le plus médiatisé en Algérie, pesant environ 3,5 milliards de dollars en 2012 et employant plus de 12.900 personnes. Selon le PDG le chiffre d’affaires devrait aller vers 6,5 milliards de dollars courant 2015. Cevital, outre la production locale, est aussi le représentant exclusif en Algérie de Samsung Electronics via sa filiale Samha, le partenaire du projet Desertec de production saharienne d'énergie solaire, initié par des Allemands, le créateur de l’école des cadres, le représentant exclusif du loueur de voitures Europcar, via sa filiale Cevicar, ayant l’exclusivité de l’importation de la gamme Hyundai. Selon le classement de Jeune Afrique, après Sonatrach et Naftal, le groupe Cevital occupe la troisième place dans le classement 2011 des 500 premières entreprises africaines. Au plan national, le groupe passe ainsi devant Sonelgaz, reléguée à la quatrième position. Dans le domaine de l’agroalimentaire, le groupe Cevital est la troisième plus grosse entreprise africaine, immédiatement après deux entreprises sud-africaines. Concernant le verre plat, 30% des capacités de la première ligne de 600 tonnes par jour, la plus importante d’Afrique, opérationnelle depuis 2007, couvre toute la demande nationale et 70% sont exportés (10% sur le marché maghrébin et 60% en Europe), une deuxième ligne de 800 tonnes par jour étant prévue pour 2015. Deuxième exportateur, il est aussi deuxième contribuable après Sonatrach. Les richesses créées par le groupe sont ainsi réparties : 59% en impôts et taxes, 40% en investissements et 1% en dividendes distribués aux actionnaires ce qui lui permet actuellement l’autofinancement et de déployer à l’international. 

2- Le Groupe Mehri a étendu son champ d'activité au monde des affaires internationales dès 1965. En tant qu'investisseur, il a créé le GIMMO (Groupe d'Investisseurs du Maghreb et du Moyen-Orient) holding étrangère dont il est le principal actionnaire et fondateur. Il est mandaté par ce groupe pour réaliser des investissements dans le monde entier dans les domaines de l'industrie, du commerce, du bâtiment et des services. Le chiffre d’affaires méconnu du grand public se chiffre à plusieurs milliards de dollars. Il est propriétaire de Pepsi Cola Algérie. 

3- Le Groupe Haddad active dans les secteurs des travaux publics, de l'hydraulique et des transports. Les filiales Haddad sont les bitumes et Pétrole Haddad, la maîtrise d'œuvre Berhto, Housing construction, Tourisme et hôtellerie, Savem et établissement Toyota Haddad. Seconde entreprise privée algérienne à s’ouvrir les portes de l’activité dans les hydrocarbures, après la société Kougp du groupe Kouninef, ETRHB avait été préqualifié en tant qu’investisseur par l’Agence nationale de valorisation des hydrocarbures, Alnaft, pour le second appel d’offres en matière d’exploration. Il occupe aujourd’hui la deuxième place dans le secteur des travaux publics, emploie plus de 10 000 salariés et brasse plusieurs centaines de milliards de dinars de chiffre d’affaires par an. Il est le propriétaire du club de football algérien de l’USM Alger. La Commission d'organisation et de surveillance des opérations de bourse (Cosob) avait autorisé le groupe ETRHB Haddad à émettre un emprunt obligataire destiné aux banques, établissements financiers et investisseurs institutionnels. Le montant global de cet emprunt était de 6 milliards de DA. Selon la Cosob, informations rendues publiques, les valeurs indiquées d’évaluation hypothécaire établies du Groupe ETRHB-Haddad SPA, le 27 novembre 2008 représentaient une valeur de 7.6 milliards de dinars soit 127% du montant de l’emprunt obligataire, la troisième expertise complémentaire en date du 18 juin 2009 l’évaluant à 7.286.432.375 dinars algériens représentant 121% du montant de l’emprunt obligataire. Toujours selon les données de la Cosob, le 6 janvier 2009, le capital social du Groupe ETRHB-Haddad SPA était de 8.800.000.000 DA et le chiffre d’affaires comptable au 1er janvier 2009 est de 26.446. 450.000 dinars algériens.

4- Le groupe Rahim contrôlant Arcofina est un groupe algérien diversifié, dans des métiers aussi différents que la distribution pharmaceutique, la banque, les technologies de l’information, la grande distribution, l’hôtellerie, l’immobilier d’affaires et l’assurance. Filiale d’Arcofina, l'Algérienne des assurances (2A) employant 2000 personnes a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 3 milliards de dinars en 2010, en augmentation de 16% par rapport à 2009. La principale filiale, d’Arcofina, Dahli (hôtel Hilton, immobilier de bureaux), En début 2009, le groupe occupe la une des journaux algériens pour son projet pharaonique d’Alger Medina qui selon son promoteur devrait créer 10 000 emplois et attirera 100 000 visiteurs par jour pour un investissement de 2,5 milliards de dollars.

5- Le groupe Benamor est spécialisé dans la filière agro-alimentaire et leader sur le marché national. Implanté dans la wilaya de Guelma, dans l’Est algérien, il est devenu leader sur le marché national en matière de tomate industrialisée et de s’affirmer de plus en plus parmi le top 3 des plus grands producteurs nationaux de semoule, de farine et de couscous. Le groupe Benamor a réalisé en 2010 200 millions d’euros de chiffre d’affaires.

6- Le groupe Othmani (propriétaire de Coca Cola Algérie) avec NCA Rouiba est une entreprise qui a réalisé un chiffre d’affaires de l’ordre de cinq milliards de dinars et emploie 450 travailleurs. Le 17 décembre 2007, la Banque européenne d’investissement avait accordé un crédit de 3 millions d’euros au groupe NCA pour le développement de son entreprise. En février 2013, la COSOB a donné son "feu vert" pour l'entrée en Bourse de l'entreprise NCA Rouiba. NCAUI vendra 2 122 988 actions de type ordinaire (pour 849,195 millions de dinars soit 25% du capital social de la société qui était à cette période de 8 491 950 actions.

7- Le groupe Benhamadi active dans l'informatique, électronique, électroménager, matériaux de construction et l'agroalimentaire compte investir dans la production de véhicules légers. Ce groupement familial d'entreprises qui a réalisé un chiffre d'affaires de 21 milliards de dinars en 2011 (un euro égal 100 dinars et 1 dollar 77 dinars au cours officiel)— en hausse en 25% par rapport à 2010 a tiré un bénéfice net de près de 800 millions de dinars et investi un milliard de dinars. Avec un effectif de 3 000 employés qui sera renforcé par 600 nouvelles recrues, l'activité est concentrée dans la zone industrielle de Bordj Bou-Arréridj. Le groupe a écoulé sur le marché local 1,3 million d'unités de tous produits confondus, dont une partie a été exportée vers des pays africains. En électroménager, sa part sur le marché national se situe entre 30 et 35%, selon son premier responsable qui annonce son intention d'investir dans d'autres pays comme la Tunisie et le Maroc, voire même l'Afrique noire.

8- Le groupe Hasnaoui. Les deux Groupes de sociétés Hasnaoui, Bâtiment et Agriculture, dont le siège est à Sidi-Bel-Abbès, est composé de quatre Sociétés par actions, par fusion et transformation des Sociétés à responsabilité limitée (Sarl) d’avant 2008. Le Groupe agriculture regroupe la Société de Développement Agricole (SODEA), créée en novembre 2000 et la Société de Production de Plants Maraîchers (SPPM), fondée à la même date. Un des leaders, au plan national, dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, le groupe des sociétés Hasnaoui est constitué d’un ensemble d’entreprises exerçant dans diverses branches d’activités, telles la réalisation de bâtiments, production de matériaux de construction, la petite hydraulique, l’exploitation de carrières, etc. Le groupe emploie 1 500 collaborateurs avec une capacité de réalisation de 1 500 logements/an. Selon son PDG le chiffre d'affaires du groupe est évalué à environ 200 millions d'euros (60% pour la construction et 40% pour la production, notamment via la Société d'exploitation des carrières Hasnaoui). La Sarl Hasnaoui est le concessionnaire principal de Nissan Algérie.

Docteur Abderrahmane Mebtoul, expert International en management stratégique, Professeur des Universités 

Courriel : ademmebtoul@gmail.com

Lire aussi:

- Dossier. Les véritables entrepreneurs privés (II)

- Dossier. Les véritables entrepreneurs privés algériens (III)

Plus d'articles de : Analyse

Commentaires (4) | Réagir ?

avatar
ahlam benzaoui

Merci pour les informations.

avatar
elvez Elbaz

Comment said bouteflika est devenu multi milliardaire :

Les nouveaux réseaux de Bouteflika

Voici une petite lecture qui ne manque pas d’intérêt à mon avis. On comprend un peu plus comment Bouteflika et sa fraterie font pour mettre pour s'enrechir. Orascom, shorafa............. kouninef et les autres.... !

———————————

En bon homme de réseau, le président Abdelaziz Bouteflika a tissé depuis sa première élection, en 1999, une importante toile d’influence: politique, sécuritaire, mais surtout économique. « Le clan présidentiel a besoin de réseaux, du soutien formel des capitaines de l’économie, non d’argent », confie une source proche de ce dossier. Cette véritable machine de guerre s’ébranle à chaque rendez-vous électoral. On l’a vu en 1999 et en 2004. On le voit aujourd’hui à l’occasion de la présidentielle du 9 avril prochain.

Formellement, le point nodal de cette machine se trouve dans une impasse, près du bâtiment Shell au Paradou, à Hydra, sur les hauteurs d’Alger : le siège de la direction de campagne du « candidat indépendant », Abdelaziz Bouteflika. Accueilli d’abord avec le sourire aimable de l’agent de sécurité d’une boîte privée de gardiennage, Secur Group, on pénètre dans la « villa blanche », le siège de la « hamla » (campagne) pour tomber sur d’autres visages souriants, des hôtesses d’accueil tout aussi aimables, encadrées par des cerbères en costume gris. La « villa blanche », comme l’appellent ses occupants, est une magnifique bâtisse moderne avec quelques réminiscences mauresques débouchant sur un beau jardin. Les bureaux, les couloirs, les écriteaux affichent la très officielle couleur bleue de la campagne du « candidat indépendant ». Debout, un ancien cadre des comités de soutien au président dicte au téléphone des instructions en lisant sur une feuille : « Mobilisation générale des associations dans la wilaya ! » « Dieu merci, il ne nous manque rien ici, c’est très bien organisé, bien qu’on soit encore dans la phase préparatoire de la campagne », explique un habitué des comités de soutien. Transport, téléphonie, soutien logistique, traiteur, supports de communication, affiches, posters, tee-shirts, fascicules, organisation administratives, ordres de mission, suivi des activités des démembrements régionaux et locaux, etc. Cette belle et efficace machine électorale n’est pas tombée du ciel. La « villa blanche », la compagnie de sécurité privée, les supports médias, les lignes téléphoniques mobiles, le transport et même le site internet officiel (bouteflika2009. com), appartiennent à l’homme d’affaires Rédha Kouninef, 36 ans, fils du défunt Ahmed Kouninef, très connu dans le milieu du business, un des grands importateurs de ronds à béton dans les années 1990.

Le groupe Kouninef a déjà apporté son soutien logistique au candidat Bouteflika en 2004. « C’est un jeune homme très ambitieux, un modèle de l’homme d’affaires moderne. Pourtant, il n’aime pas s’afficher, il a donné très peu d’interviews à la presse », révèle un ancien employé du groupe. « Kouninef, réputé proche du frère du Président, Saïd – véritable chef d’orchestre de la campagne – n’est certes pas le seul appui logistique de la campagne de Bouteflika, il y en a d’autres, des hommes d’affaires puissants et très connus, mais il est le plus important rouage de la machine », confie une source proche de la direction de la campagne. Le groupe du jeune homme d’affaires englobe plusieurs entreprises couvrant divers secteurs. On peut citer Kou GC, pour les travaux publics (créée en 1974, associée notamment aux travaux hydrauliques à l’ouest du pays avec l’émirati Metito, l’allemand Heitkamp, le turc ESER et associé pour les travaux dans les bases du Sud avec la Kaiser Gaz Construction International Ltd.), Kou GP et Jet Multimédias, pour le consulting et multimédias, Cogral (huiles Safia, agroalimentaire), Secur Group, société de sécurité privée, Mobi One et Mobinet, pour la téléphonie, et tout récemment une revue économique mensuelle L’Eco. Mais comment s’opère en détail cet appui ? « Le tout est dans l’éclatement des filiales », indique un proche d’un collaborateur d’un puissant homme d’affaires. « La plupart des grandes entreprises qui apportent leur soutien logistique à la campagne du Président offrent des prestations de services ou des dons – comme les téléphones portables – à travers leurs filiales.

Ainsi l’entreprise mère distribue au niveau de ses propres filiales des commandes qui paraissent complètement anodines, commandes facturées séparément, mais qui iront toutes au même client », explique notre source. « La machine a démarré très vite, à quelques jours de l’annonce de la candidature du président Bouteflika – le 12 février dernier – mais tout était prêt en amont, car vous savez, passer par des marchés de gré à gré facilite et accélère les chose », confie un cadre d’une importante société de travaux publics. Premier test de la machine à communication du candidat-président : la cérémonie d’annonce de candidature le 12 février à la coupole du stade 5 Juillet sur les hauteurs d’Alger. La décoration de la salle, l’allée aménagée pour l’apparition de Bouteflika et la scénographie toute en bleu de campagne ont été réalisées par une société d’aménagement des espaces d’expos ou d’entreprise. Les affiches, les banderoles, les autres supports de communication par une des entreprises du groupe Kouninef. L’audiovisuel, avec écran géant, sonorisation, etc., a été assuré par une structure privée qui, en 2004, avait sous-traité pour le candidat Ali Benflis. « Les marchés de la campagne, transport, restauration, communication, téléphonie, etc., sont ainsi distribués par les responsables de la campagne à une multitudes de prestataires. Chacun fait jouer ses réseaux. Mais ce sont les grandes entreprises qui prennent la part du lion. D’où la bousculade des petites et moyennes boîtes de communication qui s’adressent non pas à la direction de la campagne, mais aux grands entrepreneurs pour les placer sur le bon marché », a indiqué un cadre d’une grande boîte de communication. « Le tout se concentre donc sur des prestations de services, jamais d’argent directement injecté dans les fonds de la campagne, vous pouvez en chercher partout, vous ne trouverez pas de sachets noirs pleins de dinars », poursuit la même source. Il semble que le réseau d’influence du cercle présidentiel a évolué.

Le réseau des grands entrepreneurs de l’Ouest, ou des amis de longue date a mué pour englober la majorité des grandes entreprises privées du pays. « En 1999 et 2004, le clan de Bouteflika exigeait une sorte de dîme des entrepreneurs pour qu’ils soutiennent le candidat-président. A l’époque, le clan n’était pas riche. Aujourd’hui, la donne a changé : le cercle du président n’a que faire de l’argent des hommes d’affaires les plus importants du pays. Le clan dispose de ses propres ressources. Mais ce cercle a besoin d’autre chose : du soutien formel des capitaines de l’économie, leurs réseaux et surtout leur allégeance », soutient notre source, appuyant : « La plupart des grands entrepreneurs algériens ne vivent que grâce aux marchés publics qui ont explosé ces dernières années. C’est un moyen de pression pour les amener dans le giron présidentiel. Sinon, pas de marché et en plus, le fisc viendra frapper à leurs portes. »

Par Adlène Meddi

El Watan, 21 février 2009

visualisation: 2 / 4