Alors que le chef de l’Etat tunisien, Moncef Marzouki, est reçu en grandes pompes à l’Elysée, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères français est à Alger pour tenter de relancer des relations particulièrement difficiles entre l’Algérie et la France.
Alger n’est pas Tunis, diront certains. C’est vrai, mais le chef de l’Etat tunisien est en train de prendre une sacrée revanche sur la classe politique française qui, il y a une année, fermait les yeux, voire louait la dictature de Ben Ali.
Donc Moncef Marzouki aura été le premier chef d’Etat du Maghreb à être reçu par le nouveau président français. Bouteflika attendra encore quelques mois avant de recevoir le président Hollande à Alger, car, contrairement à toutes les déclarations rassurantes entendues ici et là, tout reste à aplanir entre Alger et Paris. La preuve ? La France a dû dépêcher son ministre des Affaires étrangères pour reprendre langue. Il est vrai que le quinquennat de Sarkozy dépiauté les derniers relations. Une mission difficile quand on connaît la sensibilité de la question coloniale qui reste en suspens. Pas seulement. Il y a aussi des raisons intrinsèques au régime du président. Les tête-à-queue politiciens et la cécité économique de l’erratique Bouteflika ne sont pas faits pour faciliter les relations entre les deux capitales.
« L’objet de ma visite en Algérie, qui est la première d’un membre du nouveau gouvernement français, était de donner un nouvel élan au partenariat entre les deux pays. Cet objectif est pleinement atteint« , a lancé M. Fabius à l’issue de sa visite. Tout est dit mais rien n’a filtré dans cette déclaration. Car à bien s’y pencher, les divergences sont nombreuses entre les deux capitales. D’abord sur la question malienne. Pendant que Mourad Medelci prône la solution négociée et refuse toute option militaire, Laurent Fabius évoque le recours aux armes et Hollande s’en remet à l’UA pour ce faire. Mieux, non seulement l’Algérie n’est pas prête à envoyer l’Anp au Mali, mais elle ne souhaite pas non plus voir des forces occidentales à ses frontières. Même observation pour la Syrie. Alger observe une neutralité, se refusant à tout appel au départ de Bachar Al Assad, pendant que Paris est pleinement engagé dans un front international pour un changement de régime à Damas.
Restent les relations bilatérales. Laurent Fabius a affirmé qu’un travail avait été « largement entrepris » par le gouvernement précédent pour que des projets majeurs puissent voir le jour notamment dans les domaines de l’industrie automobile. « Le travail en commun continue dans un excellent état d’esprit« , a-t-il seulement affirmé. Pourtant, concernant l’implantation d’une usine Renault en Algérie, Laurent Fabius a averti, selon latribune.fr, que si ce projet constituait « une menace pour la France, le gouvernement dira non ». Plus loin il a ajouté : « Si c’est un investissement pour concurrencer les produits fabriqués en France, c’est non. Si c’est du gagnant-gagnant, c’est oui. Si c’est une menace pour la France, c’est non« . Ce qui veut dire que les voitures fabriquées en Algérie seront destinées au marché local, et ne seront pas exportées en Europe. Pourtant Mohamed Benmeradi, le ministre de l’Industrie, se refuse de construire une usine pour seulement le marché algérien.
Mais au-delà de ce dossier, globalement, l’industrie française est en train de perdre pied en Algérie au détriment de la Chine, devenue agressive ces dernières années.
Il y a enfin le lourd passé colonial qu’il faudra pacifier un jour. Eludé, il faudra pourtant trouver une formule qui puisse poser un pansement sur cette plaie sur laquelle les jusque-boutistes des deux rives posent régulièrement le couteau. Pour l’heure donc, les lignes de faille entre Alger et Paris sont profondes. La relance des dossiers en suspens laborieuse. Et il est peu probable que le président Bouteflika soit celui qui renouera les liens.
Yacine K.
