Le Matin d'Algérie

Point de vue : Da L’hocine (président du FFS) : l’effondrement d’un mythe ?

La rumeur circulait déjà en Algérie, depuis le milieu de l’année 2011, qu’Aït Ahmed serait en train de négocier secrètement avec le pouvoir occulte, avec la complicité du défunt Abdelhamid Mehri son éventuelle adhésion au plan de sauvetage du pouvoir de Bouteflika.

Suite à l’annonce du FFS, vendredi 2 mars, de sa participation aux législatives de 2012, les Algériens, partis politiques, associations et personnalités indépendantes ou simples citoyens militants, qui ont pris le parti de résister et de lutter contre la dictature dans la rupture avec ce système, se voient soudainement amoindris et perdent l’apport de la principale contribution qui constitue leur force.

La rumeur circulait déjà en Algérie, depuis le milieu de l’année 2011, qu’Aït Ahmed serait en train de négocier secrètement avec le pouvoir occulte, avec la complicité du défunt Abdelhamid Mehri, son éventuelle adhésion au plan de sauvetage, initié par celui-ci pour s’en sortir de la crise de légitimité devant laquelle il s’était trouvé confronté suite à la chute des dictateurs de la région, qui ont été pris de court par la révolte de leurs peuples.

On se souvient de l’atmosphère dans laquelle le pouvoir occulte algérien s’était muré dans un silence tragique, qui a duré plusieurs semaines, allant de la chute de Ben Ali et suivie de celle de Hosni Moubarak, à l’intervention télévisée d’Abdelaziz Bouteflika durant le mois d’avril 2011. Par cette intervention, le pouvoir occulte algérien est venu finalement briser ce silence dans lequel il s’était muré, après avoir été farouchement surpris par cette situation inédite et aussi dangereuse pour sa survie. Certainement, après avoir achevé des tractations, engagées pour définir une stratégie efficace afin de neutraliser toute tentative de contamination de l’Algérie, par ce qui est convenu d’appeler « le printemps arabe ». Cette intervention, qui résonnait comme une résolution finale de toutes ces tractations et, qui s’adressait aussi bien à l’attente du peuple algérien, qu’à celle de la communauté internationale, s’était déroulé dans des conditions où le peuple attendait de ce pouvoir occulte et despotique une annonce historique, qui viendrait mettre fin à ses souffrances et à la répression barbare à laquelle il est exposé depuis l’indépendance nationale. Grande fut sa déception. La mine grave, le ton impersonnel, le verbe indécis, la voix roque et tremblante, Abdelaziz Bouteflika, dans une ultime escarmouche de l’esprit, déstabilisé par le poids du mensonge, pour une dernière tentative d’abus de confiance, d’un vicieux ensorcellement d’un peuple patient et crédule, est venu annoncer un leurre de réformes, pour un cynique ravalement de la façade démocratique.

On se souvient également de l’atmosphère délétère dans laquelle se sont déroulées les consultations pour les réformes promises, dans laquelle s’extériorisaient l’arrogance du pouvoir et son mépris du citoyen, de sa souveraineté, de sa demande de liberté et de démocratie. L’on se souvient surtout, pour ceux qui ont la mémoire courte, lorsque le verdict du résultat des réformes tomba, de l’effervescence contestataire qui s’est emparée des médiats dits « indépendants« , de la société civile, des partis politiques d’opposition, des personnalités indépendantes ou tout simplement des citoyens engagés dans la reconquête de la légitimité politique. C’est à ce moment-là qu’une partie des Algériens bascula dans la radicalisation de leur opposition au pouvoir par une consommation irréversible de la rupture. C’était le cas de Karim Tabbou, qui était à ce moment-là le secrétaire national du parti FFS, avant qu’il ne soit révoqué, justement, pour sa prise de position, qui réconfortait et donnait un immense espoir aux partisans de la rupture, mais certainement pas à ceux qui ont choisi la reddition au sein de son parti. Parce que sa détermination était en contradiction avec le projet de collaboration des partisans de l’adhésion du parti au plan de sauvegarde initié par le système pour sa survie.

À partir de ce moment-là, le camp des partisans de la rupture n’a cessé de se vider. C’est dire que l’attrait de la mangeoire s’est mis progressivement à supplanter l’éthique politique et la probité patriotique. Les authentiques patriotes, qui militent pour l’établissement d’un véritable Etat de droit, ne doutent à aucun moment des véritables intentions de ce pouvoir totalitaire. Quiconque connaît le fonctionnement des mécanismes de décision du pouvoir occulte algérien, saura distinguer ce qui relève de la stricte communication à des fins manipulatoires, et ce qui relève du domaine de la véritable activité politique pour la gestion des affaires internes de ce pouvoir occulte. L’instrumentalisation du FFS par sa participation aux législatives ne peut se comprendre autrement que comme un crédit de légitimation des démarches entreprise par le pouvoir pour sa survie.

Reste le crédit à donner aux justifications d’Aït Ahmed pour sa décision de participation à cette kermesse électorale. C’est tout le mythe « Da l’Hocine », ce personnage attachant, affectivement, cette figure d’authentique patriote, d’éternel résistant, l’inoxydable opposant à la barbarie et à l’arbitraire d’un pouvoir qui a confisqué lâchement la révolution du peuple algérien, qui se joue dans cette partie. En affaiblissant le camp qui résiste à la dictature ayant choisi de lutter dans la rupture avec le système, pour donner un crédit de légitimation à un pouvoir que tout indique qu’il est impossible à réformer, ce mythe, à la lumière du développement à court terme de la situation politique du pays, risque de prendre un coup très dur, sinon de s’effondrer tout simplement, brutalement. Alors ! De Da l’Hocine, les futures générations risqueront de ne retenir que l’épisode du président du FFS Aït Ahmed, le militant de la première heure du combat pour la libération nationale, qui a traversé toute l’histoire sombre de l’Algérie indépendante dans le combat pour l’instauration de la démocratie, mais qui, à la dernière minute, a préféré la reddition dans la collaboration avec l’ennemi qu’il a toujours combattu.

Quel crédit peut-on donner autrement aux justifications apportées à cette participation électorale ? Il nous dit que « notre but est dans la remobilisation politique et pacifique de notre parti et de notre peuple. C’est là l’essentiel de notre décision. Remettre du mouvement dans le statu quo ». Fallait-il pour cela donner son crédit à une dictature autiste, irréformable, corrompue et mafieuse, en sachant que cela contribuerait à rallonger sa survie et légitimer sa démarche cynique et perverse dans le but justement d’entretenir le statu quo et de renforcer sa crédibilité vis-à-vis de l’opinion publique ? Ce qui revient à dire, en quelque sorte, qu’il faut entretenir le statu quo pour mettre du mouvement dans celui-ci. Le parti pris des partisans de la rupture consistait plutôt à mettre du mouvement dans le statu quo par une pression permanente sur lui, en affaiblissant le pouvoir par le renforcement de son isolement du peuple, et en le privant de son soutien. Car, il nous semble évident que c’est au moment où le peuple n’y croit plus en l’État et en ses institutions, qu’il est plus disposé à se mobiliser en solidarité avec les partisans de cette posture de rupture, qu’avec ceux qui participent à ses enjeux, même en étant contre lui.

Le peuple et le camp des partisans de la rupture, qui se réduit de plus en plus en peau de chagrin, est à présent seul face à son destin, attendant que de nouvelles figures issues des nouvelles générations émergent dans le champ politique. Ayant une marge de temps de vie suffisante pour se projeter dans l’avenir, en traçant les contours d’un véritable Etat de droit. C’est peut-être là un signe des temps que le moment est venu pour que la nouvelle génération prenne la relève. Karim Tabbou en est l’incarnation, d’autant, qu’en plus de sa probité patriotique, il a pu s’imprégner pendant toute son expérience à la tête du FFS de l’esprit révolutionnaire du très expérimenté Hocine Aït Ahmed.

Youcef Benzatat

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