Paris s’apprêtait à annoncer l’annulation de la visite d’Etat que doit effectuer Nicolas Sarkozy à partir de lundi. En effet, le briefing que devait tenir jeudi matin le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, avec les journalistes devant accompagner le chef de l’Etat français en Algérie, a été reporté à vendredi à 17 h 30. Ce report n’était pas étranger à l’incident diplomatique provoqué par les propos tenus à El Khabar par le ministre des Moudjahidin, Mohamed Chérif Abbas. Qui plus est, juste après l’annonce du report de ce briefing, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères français, Pascale Andréani, a fait savoir que la France avait demandé des clarifications à l’Algérie. Autrement dit, Paris attendait que la présidence algérienne se démarque publiquement de son ministre et se donnait un délai pour ce vendredi à 17 heures avant d’annoncer si la visite du chef de l’Etat français était maintenue ou non. Jeudi, sortant de sons silence, Abdelaziz Bouteflika a désavoué son ministre. Dans un communiqué publié par l’APS, il a rappelé que « constitutionnellement, la politique extérieure relève du domaine réservé du président de la République et de ses plénipotentiaires, dont le ministre des Affaires étrangères en particulier ». Et qu’ « en dehors des positions exprimées par ces autorités, toute déclaration ou spéculation n’engage que ses auteurs ou ceux qui les publient ». Il a également assuré que Nicolas Sarkozy serait « reçu en ami au cours de sa visite d’Etat en Algérie, visite essentielle pour les deux pays ».
Il faut dire que les déclarations de Mohamed Chérif Abbès ont suscité un tollé en France. Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a saisi la balle au bond pour exiger, par la voix de son président Jean-Marc Ayrault, que le président français annule sa visite en Algérie. Tandis que de son côté le député socialiste, Jean-Marc Cambadelis a estimé que « la France ne peut accepter que l’on fixe sa conduite, ses délégations et sa ligne de conduite ». Soulignant qu’ « il est peu probable que le Général de Gaulle, François Mitterrand, voire Jacques Chirac eut passé outre de telles déclarations qui portent atteintes à l’autorité de la France ». Autrement dit, Nicolas Sarkozy n’avait qu’une chose à faire : annuler sa visite ! Qui plus est, la France officielle n’a pas paru se satisfaire du communiqué adressé par Mohamed Chérif Abbas, dans la journée de jeudi à la presse nationale dans lequel il a nuancé ses propos sans toutefois démentir les déclarations faites à el-Khabar. Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que l’ex-ministre des anciens Moudjahidiin, et actuel secrétaire général de l’ONEM (moudjahidin), Saïd Abadou, qui en rajoute en déclarant que « Sarkozy n’est pas le bienvenu » car « sa visite s’inscrit dans des objectifs diplomatiques clairs ». Lesquels ? Mystère ! .
Une chose est certaine, les multiples déclarations du Premier ministre Abdelziz Belkhadem lors de cette campagne électorale contre la venue d’Enrico Macias en Algérie, ont ravivé une polémique bien inutile à la veille de la visite de Sarkozy. Elles ont constitué une sorte d’appel d’air et à travers le cas d’Enrico Macias, elles ont été interprétées par les milieux politiques de la capitale comme un signe évident d’hostilité contre la visite de Nicolas Sarkozy. Reste que le chef du gouvernement a semble-t-il oublié que c’est Abdelaziz Bouteflika en personne qui avait invité le chanteur à venir en Algérie. C’était si je m’en souviens bien lors de son passage à Monaco où il l’avait rencontré.
La question est dès lors de savoir si Mohamed Chérif Abbes et Said Abadou ont agit en leur propres noms ou s’ils se font les relais de cercles du pouvoir opposés à un rapprochement entre l’Algérie et la France. Nombreux sont ceux qui à Alger penchent vers la seconde hypothèse.
H.Z
