Par Hassane Zerrouky (d’Alger)
Principal sujet de conversation et de colère dans les rues de la capitale, les pluies diluviennes qui se déversent ces derniers jours sur le nord du pays ravivant le triste souvenir de la catastrophe de Bab el oued en 2003 qui avaient fait un millier de morts. Inondations, éboulements et glissements de terrains, effondrement de ponts dont celui de Aïn Benian dont on apprend qu’il a été programmé pour tenir cinq ans, mais aussi de maisons à la Casbah d’Alger, à Chlef, à Oran et dans plusieurs wilayas du nord du pays, ont révélé la situation de vétusté et de délabrement des habitations mais aussi d’une partie des infrastructures du pays que les autorités locales ne remettent en l’état – et encore – qu’à l’occasion de la visite du chef de l’Etat.
De cette situation, les partis politiques en lice aux élections communales ne l’ont que peu ou pas du tout abordé. Les principaux leaders de cette campagne électorale– Abdelaziz Belkhadem entre autres – ont préféré axé leurs interventions sur la révision constitutionnelle et un troisième mandat pour le locataire actuel de Mouradia et, partant discourir les réalisations de l’ex- parti unique durant les dernières décennies, voire sur Enrico Macias, devenu à son insu une des vedettes de cette campagne électorale. En écho, son allié au pouvoir mais ennemi intime, Ahmed Ouyahia, – on sait que les deux hommes se détestent cordialement – répétait à qui voulait l’entendre que cette révision constitutionnelle relevait des prérogatives du chef de l’Etat. Tandis que le troisième larron de la coalition gouvernementale, Bouguerra Soltani, patron du MSP, a endossé durant cette campagne une posture d’opposant au gouvernement actuel! On rêve. Pas un mot sur les catastrophes occasionnées par les pluies. Pas un mot sur les haragas qui persistent à braver la mort, pas un mot sur ces émeutes sociales de jeunes qui n’ont sans doute pas entendu Belkhadem vantant les réalisations grandioses de son gouvernement.
Pendant ce temps, dans la rue, les gens peinaient à trouver des parapluies pour se protéger, des automobilistes en colère coincés dans des rues engorgées d’eau et affaissées par endroit, des patrons de magasins essayant d’empêcher les eaux d’inonder leurs commerces, des familles – j’en étais témoin – logeant dans des habitations précaires du quartier du 1er mai tentant désespérément de colmater les infiltrations d’eau, des pompiers courageux ainsi que des policiers dépassés par la situation. Le tout sous ces banderoles électorales promettant une vie meilleure ! Dans ces conditions combien sont-ils ces Algériens, hormis les journalistes, des politologues, qui écoutent ces candidats en lice pour les élections locales ?
Pourtant l’Algérie n’est pas située dans l’Asie du sud-est mais dans l’hémisphère nord. La pluie qui tombe sur le nord du pays n’est rien comparativement avec celle de la mousson. « C’est une situation gérable si les pouoirs publics faisaient leur travail » me dit cet ami météorologue. Ces pluies ont révélé plus que jamais que nos villes et villages ne sont pas gérées comme elles devraient l’être pour parer aux catastrophes, voire pour en limiter les effets. Et si les algériens boycottent massivement ces élections, l’argument est déjà trouvé : la faute à une météo pas du tout clémente. D’autant que Météo Algérie annonce pour jeudi des averses diluviennes.
H.Z
