Après Aït-Ahmed, Saïd Sadi ! Le chef du RCD, dont on craint de finir par croire qu’il est réellement en décalage avec la société, découvre à son tour les procédés mafieux de l’administration et demande à l’opinion de s’émouvoir sur ce qu’elle savait déjà : les élections sont trafiquées ! Et nous voilà en pleine scène surréaliste : le bon peuple qui s’apprête à boycotter les élections est invité à s’épancher sur les malheurs électoraux du RCD et du FFS pour les mêmes raisons qui l’ont décidé au boycott ! Avec l’aplomb qui convient, Aït-Ahmed, Saïd Sadi et même Ali Hocine, notre têtu magnifique, semblent tenir au peuple une harangue que leur envierait Pirandello : « Vous avez raison : le scrutin est organisé à la mode scélérate. La réalité vous oblige au boycott et nos ambitions à la parodie. Alors laissez-nous faire mine de vous informer de ce que vous savez déjà : nous n’avons que vous pour nous plaindre d’un scrutin dont vous vous moquez royalement ! »
Que nos opposants terminent en personnages de Pirandello, voilà qui fait honneur à la politique algérienne. L’homme de théâtre italien, qui a toujours rêvé d’explorer les cocasseries humaines, semble même avoir tout inventé pour nos leaders contestataires : jeune, il a écrit Chacun sa vérité avant de créer C’était pour rire et, plus tard, Ce soir on improvise. Comment s’étonner qu’aujourd’hui, l’une de ses pièces qui remporte un succès à Paris s’intitule Les Grelots du fou ?
Mohamed Benchicou
