Le Matin d'Algérie

Ouyahia accuse : « L’Algérie est livrée aux mafias »

Et c’est reparti ! L’ancien chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, invité de la radio Chaîne II, verse à son tour de l’huile sur le feu dans la guerre qui oppose les clans du pouvoir à Alger et porte de graves accusations sur la politique de son successeur, Abdelaziz Belkhadem. Son constat se résume en ceci : « Le gouvernement Belkhadem a cédé devant les groupes de pression et a offert le pays aux lobbies et aux mafias ». Bien sûr, il ne cite pas le nom de son successeur « pour préserver l’alliance présidentielle », mais il en fait un sévère procès.

Primo : Belkhadem aurait cédé devant le lobby des banques étrangères, notamment françaises, en abrogeant la circulaire de 2004 qui interdit aux entreprises publiques de déposer leur argent dans des banques privées. Il a rappelé que la décision a été prise en août 2004 quand “les banques privées étrangères ouvraient des guichets dans des hôtels et des villas sans rien investir d’utile pour l’économie nationale. Elles investissaient dans l’import-import au profit des marchandises de leur pays. En 2001, soit trois ans avant la décision que j’ai signée, le montant des fonds déposés dans les banques privées ne dépassait pas les 10%. Après la décision du gouvernement en 2004, que ce soit BNP, Société Générale ou autre, elles ont toutes ouvert entre 30 et 40 agences »

Deuxio : Belkhadem aurait cédé devant le lobby des trabendistes et des seigneurs du marché informel en supprimant l’obligation de recours au chèque pour toute transaction au montant supérieur à 50 000 dinars. « Aujourd’hui, on annule la circulaire alors que la loi existe, et on continue à pleurer sur la fraude fiscale et le marché et l’économie parallèles. Je ne pense pas que cette décision va aider à combattre ces fléaux », dira l’homme politique et SG du RND.

Tertio : Belkhadem aurait cédé devant la mafia du sable en annulant l’interdiction d’extraction de sable des oueds. Une mesure qui devait entrer en application le mois de septembre passé, avant que le ministre des Ressources en eau, Abdelmalek Sellal ne décide de la remplacer par un autre texte. Ahmed Ouyahia, qui a précisé que le décret devait protéger l’environnement s’est interrogé sur l’opportunité d’un tel recul dans lequel il voit avant tout un manque de  » crédibilité de l’Etat. » «On assiste à l’adoption des lois puis à des contre-lois.»

Quatro : Belkhadem aurait cédé devant la mafia des importateurs en abrogeant l’obligation pour les sociétés d’importation d’avoir un capital minimum de 20 millions de dinars. “La moitié des importateurs sont des trafiquants. Je dirai plus, le populisme ne paye pas”. Puis cette accusation lourde de sens : « Les lobbys sont trop nombreux dans ce pays et activent dans le but de détruire l’économie nationale. Nous sommes le seul pays au monde qui dit avoir 22 000 importateurs, soit un importateur pour 1500 Algériens ; je ne pense pas que ce soit une situation normale. Laisser faire une opération où l’on fait entrer trois conteneurs sans laisser aucune trace, je ne pense pas que ce soit cela faire du commerce et encore moins de l’économie. »

Devant ces encouragements à l’informel, le patron du RND se demande : « A quoi bon augmenter les salaires quand on arrête d’investir et de produire ? Il ne suffit pas d’augmenter les salaires. Faudra-t-il encore créer des richesses et ouvrir le champ de l’investissement ! À mon sens, nous sommes victimes de trois facteurs : le marché mondial qui ne cesse de s’enflammer, l’informel qu’on combat avec une grande hésitation et les lobbies”.

Lahouari K.

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