La coupole du complexe sportif Mohamed Boudiaf, à proximité du stade du 5 juillet, va abriter, selon le journal Liberté, un « show grandiose » destiné à lancer officiellement la candidature d’Abdelaziz Bouteflika. Plus de 8000 personnes, peut être plus, devront plébisciter avant l’heure le président-candidat. En plus des responsables et des cadres des partis de l’Alliance présidentielle, des membres du gouvernement, des députés et sénateurs, walis et président d’APW ( régions), artistes, écrivains, vedettes sportives (anciennes et nouvelles) et autres invités de « marque », tout ce que compte le pays comme organisations de masse satellisées sera présent à la coupole du 5 juillet. Selon le site « Tout sur l’Algérie », le FCE (Forum des chefs d’entreprise, le patronat algérien), qui ferait de la résistance, serait soumis à de fortes pressions afin qu’il rallie toutes ces organisations et ne manque pas ce rendez-vous. Quant au staff de campagne, il est prévu – si ce n’est fait déjà – qu’il soit installé à Hydra.
Ce « show », comme l’écrit notre confrère, sera certainement retransmis en direct par la radio-télévision nationale. Et, tant pis pour les futurs petits adversaires du président-candidat qui ne bénéficieront pas du même impact médiatique. Ces petits candidats, Louisa Hanoune en tête, pourront se consoler grâce au temps d’antenne que leur accordera le pouvoir afin qu’ils s’égosillent à qui mieux mieux.
Toutefois, quels que soient les moyens qui seront mis en œuvre pour donner un fort impact médiatique à cet évènement, ses organisateurs auront bien du mal à faire oublier – une première dans la brève histoire des élections présidentielles – l’absence d’adversaires de poids en mesure de crédibiliser cette élection présidentielle. On le sait, Liamine Zeroual a fait faux bond, Said Sadi n’y participera pas, Redha Malek, quant à lui, a qualifié la situation de « crise du multipartisme »…
Si l’on en est arrivé à cette situation de « grève des candidatures », c’est parce que depuis l’élection présidentielle de 1999, on a assisté de fil en aiguille, à une érosion rapide de l’idée même de démocratie. Les atteintes aux libertés et au droit à l’expression se sont multipliées. Le deuxième mandat du chef de l’Etat a été particulièrement dur: journalistes emprisonnés, syndicalistes estes en justice, manifestations publiques interdites, des écrivains – Boualem Sansal, Selim Bachi, Mohamed Benchicou … – censurés. L’espace d’expression politique ( et médiatique) s’est rétréci. Il n’y a plus qu’un seul discours: celui du pouvoir. Certes, ce n‘est pas la Tunisie de Ben Ali, ce n’est pas non plus l’Etat théocratique, mais si ça continue ainsi, on y va tout droit!
Sur le plan social, ce n’est guère mieux. Empêtrés dans un quotidien fait de privations de toutes sortes, de chômage et de pauvreté rampante, avec en arrière plan, des couches moyennes laminées, des jeunes n’hésitant pas à braver la mort pour s’exiler en Europe, les Algériens, à qui beaucoup de promesses d’amélioration sociale ont été faites, n’ont pas et ne peuvent pas avoir la tête aux élections. Et comme pour les élections locales et législatives, tout indique que le scrutin présidentiel n’échappera pas à la logique de l’abstention. D’autant qu’on les invite à se prononcer pour un candidat se préparant à se succéder à lui-même, un candidat qui a reconnu en juillet 2008 s‘être trompé dans ses choix socio-économiques. Pire, la tempête financière soufflant sur la planète ( la crise financière n’est pas finie) a révélé la fragilité d’une économie de rente monoexportatrice, non diversifiée, parce que, faute d’une vision stratégique sur le moyen terme, le pouvoir a parié sur des investisseurs étrangers qui ne se sont pas bousculés au portillon algérien. En outre, nos dirigeants, soutenus par des experts complaisants clamaient il y a peu que l’Algérie était à l’abri de la crise financière. Et qu’avec un baril à 40 dollars, elle pouvait faire face à la situation. Or, le prix du baril a chuté en dessous de la barre des 35 dollars alors que le prix de référence servant à élaborer la loi de finances est de 37 dollars. Autrement dit, si le prix du baril reste à ce niveau, le pays devra puiser dans ses réserves de change pour financer ses besoins incompressibles et les « restes à réaliser » (projets connaissant un retard de réalisation), avec en bout de ligne le spectre du retour aux emprunts extérieurs !
Pour en revenir au lancement en grandes pompes de cette campagne présidentielle, le pouvoir et ses relais donnent l’impression de ne pas même être conscients de la coupure profonde avec la société. Ils pensent en rassemblant des personnes triées sur le volet ou en quête de maint ien dans leurs fonctions avec les avantages qui y sont liés, rassemblr le peuple et s’adresser au peuple. Or, ces milliers de personnes qui seront à la coupole du 5 juillet sont certes issus du peuple, mais ne sont pas le peuple. Ils représentent une Algérie virtuelle, celle qui ne se serre pas la ceinture en fin de mois, celle qui applaudit – quel que soit le président élu – la politique du pouvoir, celle qui a confisqué à des fins de pouvoir la lutte de libération nationale et qui, à chaque fois que le pays est en difficulté, recourt à la diversion en désignant au peuple réel les « ennemis de la Nation », c’est-à-dire, ceux qui ne partagent pas leur projet de société. Quant à l’Algérie réelle, elle risque de manifester son existence par un boycott massif sans que les partis de l’opposition ne l’y invitent. De ce fait, cette élection risque d’être un flop (historique) qui fera date.
Hassane Zerrouky
