Le Matin d'Algérie

Des inepties et des incohérences d’un vécu ajourné

Au pays de ceux qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas, foutaise la politique !

Des « analphabètes » de la pensée se hissent sur les sommets des toits pour crier plus fort que tous, afin d’étouffer les mots de l’autre sans parvenir à se faire entendre, parce qu’ils entonnent de la cacophonie qu’eux seuls semblent comprendre. Il est regrettable de constater que la communication ne soit devenue, qu’inimités, offenses, insultes, injures et invectives, au lieu que ça soit des moments d’échanges d’expériences et de points de vue, pour cimenter des liens, trouver des compromis et ébaucher des solutions aux problèmes sociétaux qui se posent à tous. Notre société ne fonctionne pas dans la sérénité, ses individus « encoqillés » dans leurs carapaces, sur la défensive, toujours à l’affut guettent le moindre geste et fait de l’autre, l’ennemi, l’étranger au clan et à la tribu, le différent. Celui qui émet un autre son de cloche qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre est vite, jeté en pâture et traiter de tous les noms.

Dans notre culture subconsciente, nous ne sommes pas encore affranchis de nos réflexes primaires, reptiliens : défensifs et de survie, souvent suspicieux de voir en l’autre, le concurrent et le conquérant, pas l’associé et l’allié. On n’est pas prêts à avancer ensemble à cause des clichés éculés des donneurs de leçons qui se font prendre la main dans le sac. Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais. Ils s’intronisent en gardiens des traditions, mais dissimulent mal leur complexe de légitimité. Dans la société du silence, qui leur est chère, ils pensent pour nous, mais agissent pour eux. Eux seuls savent, les autres doivent se taire ou se défaire.

Le mépris, l’invective et la véhémence ne donnent pas le monopole du réel, ni celui de l’amour de son pays à leurs auteurs. S’arcbouter sur ses certitudes et faire l’approche par l’élimination et le dénigrement des autres ne fait que creuser encore plus le fossé, déjà abyssal, entre concitoyens, et c’est aussi nier la palette des vérités : parce qu’il n’y en a pas qu’une, la votre. La prétention, l’orgueil et le complexe de l’imbu de sa personne est une réalité bien de chez-nous, on sait tout, capable de tout (surtout du mal), on est les plus forts, les plus rapides et les plus hauts. Mais personne de nous n’est enclin à partager son bonheur avec son jumeau siamois.

L’égoïsme, comme, l’égocentrisme nous enchaînent, enchaînent notre pays dans une inertie morbide et parasitent la pensée créative et innovante, dont on a le plus besoin, aujourd’hui, demain et son surlendemain. Une société qui diffuse l’urbanité est celle qui donne l’égalité des chances à ses individus, les écoute tous, prend en charge leurs ambitions et leurs espérances, au lieu de les étouffer, les écraser comme des vers-de-terre. La société patriarcale, qui fonctionne avec des tuteurs et des censeurs des initiatives et de la pensée, est une société voué à l’extinction, parce qu’elle ne se régénère pas. Elle reste inhibée, figée sur son espace et subit le temps qu’elle ne voit pas passer. Elle n’a les références que celles, de son environnement immédiat, le crépuscule lui cache les horizons, sa vision est monochrome, liée et attachée aux chimères et aux gloires du temps écoulé, auquel, elle n’a pas participé.

Ahmed Farrah

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