Nous lui connaissions toute l’arrogance du plus insultant ministre, une virulence envers l’opposition, une révérence unique pour Bouteflika, mais nous ignorions qu’il pouvait se coucher aussi facilement, aussi rapidement, aussi docilement dès qu’un islamiste le somme de revenir sur ses fantasmes de libérer la vente de l’alcool.
Qui a dit que le salafisme n’était pas au pouvoir ? La preuve : la reculade sur la question des importations de l’alcool que vient d’opérer Amara Benyounès, ministre du Commerce, sur décision de son patron, Abdelmalek Sellal. Amara Benyounès qui ne cessait ni ne ratait la moindre occasion, quitte à la créer, d’insulter et de menacer l’opposition, le voilà qu’il se tait devant l’instruction de son premier ministre suite à la colère salafiste sur l’annulation de l’autorisation pour la vente d’alcool.
Lui qui ne cesse de lancer un haineux « Chiche » à l’opposition qui entreprenait de marcher contre le gaz de schiste ? Il se couche donc bien gentiment sans mot dire. Lui le tonitruant ministre qui déclare que l’opposition n’existe pas ! Alors, Benyounès, en abdiquant devant l’islamisme, vient de reconnaître et d’avouer par sa reculade honteuse que l’islamisme existe, que l’islamisme est dans ce gouvernement dirigé par un président qu’il encense à tout moment.
Amara Benyounès vient d’offrir le peu qui reste de la République au salafisme rampant, menaçant et dangereux.
Pour se justifier, il qualifie la décision de Sellal « d’apaisement »! Mais pourquoi cette volonté d’apaisement n’a pas été jugée utile de la mettre en œuvre lorsque des chômeurs étaient tabassés, jugés et arrêtés ? Ou encore lorsque des Algériens manifestaient pour leurs droits?
Contre eux, face à eux, Benyounès menaçait! Tonnait ! Qu’il le fasse contre le salafisme qui s’en prend à la République maintenant! Qu’il ait le courage de défendre ses convictions, lui qui se dit « républicain » jusqu’à la moelle ?
Nous savons cependant qu’il ne le fera pas. Trop habitué aux dorures du pouvoir, il ne prendrait pas le risque de déplaire à son président. Alors il se pliera aux desiderata des islamo-conservateurs sans mot dire.
Achour Boufetta
