Me voici embarqué dans la quête de mon identité. Sur le chemin de l’immigration.
Comme le petit poucet, j’ai perdu quelques repères. Quelques galets. Là, par hasard au cœur de Paris, je rencontre Slimane, un féru de Si Mohand Ou M’hend. Il le récite à la volée. Slimane Oukil, maroquinier à Port Saïd, voisin de la Casbah ma campagne. Il me prend la main pour m’emmener à la rencontre de mes grands-parents. Me voici débarqué en 1891, l’année où la France a décidé de donner un état civil aux Algériens. Avant cet an, avant ce buttoir, nos ancêtres n’ont pas existé. Voici pourquoi nous sommes dans un capharnaüm identitaire. Voilà pourquoi nous ne savons pas qui est qui. Je viens de découvrir avec une gravité assumée ce qu’on appelle une carte nationale d’identité, en version kabyle cela nekoua.
A l’époque où nous étions colonisés nous avions, paraît-il, besoin d’un document avec photo pour prouver notre pauvre existence. Un laissez-passer avec photo. Le Kabyle disait, en ce temps-là, quand il se voyait sur un document : « Nek wa ? » -C’est moi sur la photo ? – . Quelle vie ! Comme les membres d’une tribu sortie d’une jungle, nos ancêtres se cherchaient.
Une question les taraudait : « C’est moi ça ? » Cette interrogation est devenue un viatique, une carte d’identité. Que nous reste-t-il de ces anciens ?
Sarkozy qui pense être fait pour être le prochain président de la République française, Marine Le Pen qui pense pouvoir le battre sur la ligne d’arrivée du dernier cent mètres, les centristes qui pensent avoir un discours juste et qui espèrent aussi gagner, les extrémistes de gauche et de droite qui se positionnent sur les plots de départ, tout ce monde-là se met un doigt dans l’œil. Tout ce monde-là a tout faux. Revenons à notre interrogation de départ : «nek wa ?», qui suis-je ? Est-ce que c’est moi ? Tant que les grands hommes politiques ne pourront pas répondre à ces questions aussi sérieuses, ils ne pourront pas proposer de projets sociétés sérieux à leur peuple.
Je lance un défi aux lecteurs : qui peut répondre à la question «Nek wa ?»
Meziane Ourad
