Katia Bengana, un nom qui évoque ce que l’humanité est capable d’enfanter de meilleur quand la peur et la lâcheté semblent avoir éteint tous les espoirs sous l’implacable règne de la terreur.
Katia Bengana avait l’ âge de grandes promesses et de belles espérances quand elle dit non aux islamistes qui voulaient lui imposer le port du voile. Elle n’avait que seize ans! Consciente des risques qu’elle courrait, Elle brava de sa colère lumineuse les ténèbres qui envahirent sa ville de Meftah dominée par l’horreur quotidienne et les prêches assourdissants d’une religion d’enfer. Ni les menaces de mort, ni l’environnement social qui poussait à la résignation face aux injonctions indignes des assassins ne la firent reculer. Sous les apparences fragiles de sa juvénile féminité se cachait le roc indestructible d’une dignité atavique qu’elle tenait de sa mère et de son père.
Enfant, elle avait appris dans les bras de ses parents qu’elle ne doit jamais rien céder de sa fierté de femme et de son identité amazighe. Elle s’y tint fermement. La liberté au sens le plus noble s’incarna dans sa volonté de vivre debout et dans l’honneur. Son refus de la soumission la dressa comme un étendard narguant l’ennemi, elle brisa l’orgueil des tyrans, les renvoyant à l’abjection de leurs actes et à l’indigence et la laideur de leur pensée. Katia Bengana était de l’étoffe des héroïnes de légende.
Katia Bengana
En ces temps d’effroi où la haine des islamistes s’abreuvait du sang des innocents, le glaive de la justice ployait déjà sous le poids d’une politique officielle complaisante avec le crime de masse. Des milliers de nos compatriotes sont partis, fauchés par les monstres des temps modernes sans que justice leur soit rendue. L’émouvante lettre posthume adressée à Katia par son père nous dira combien la douleur est encore vive dans la chaire des survivants quand l’arrogance des criminels trône derrière la force d’un Etat supposé protéger ses citoyens.
Son réquisitoire hautement justifié contre la dite «réconciliation nationale» qui absout des assassins et culpabilise leurs victimes n’est pas seulement le cri d’un père auquel on a ravi son enfant, mais celui de tout un peuple qu’on veut mutiler de son histoire et de ses espoirs.
Katia Bengana fut assassinée à l’aube de sa vie, mais son nom restera comme celui qui irrigue les mémoires telle la sève qui fait lever l’arbre de la vie.
Mokrane Gacem
