La belle aventure des Verts a donc pris fin, ce matin, aux alentours de minuit à Porto Alegre. Les cinq mille courageux qui ont suivi les Fennecs au pays de la samba ont été contraints par une Allemagne ridiculisée mais réaliste à ranger les tambours.
Les cardiaques en ont eu pour leurs frais lundi soir, comme on a dû, par ailleurs, pleurer dans les chaumières ou jubiler, c’est selon, à l’issue du séduisant combat mené par les camarades de Feghouli qui ont failli effacer de quelques coups de pied qui auraient pu et dû être biens ajustés pour mettre fin à trois décennies de disette sur le plan sportif et de tragédies sur le plan humain.
A quelques heures du coup d’envoi de la rencontre contre l’Allemagne, rares étaient les Algériens qui couvaient l’espoir de revivre un remake de 1982, même si tout au fond de chacun, il y avait en dépit du bon sens, tapie là, cette inavouée foi en une victoire improbable. Ça a failli le faire, pourtant. M’bolhi a écœuré la Mannschaft, et les attaquants algériens ont, pendant toute la rencontre, fait peser le danger sur les bois adverses.
Je n’en menais pas large durant le match et contrairement à beaucoup de blasés, de blousés par le sérail arabo-islamiste, je me suis laissé prendre au piège du foot. J’aime, c’est mon côté maso. Si Bougherra et sa bande avaient fait plier l’Allemagne, j’aurais été capable de braver la nuit et les kilomètres pour rejoindre le Vieux Port et me fondre dans la liesse marseillaise qui apparaissait inéluctable. Je me serais laissé emporter par la folie ambiante jusqu’au bout de la nuit. J’aurais fait des ignobles mots de Marine Le Pen qui rêve d’émasculer les binationaux en les déchoyant de leur nationalité française chaque fois qu’ils exprimeraient bruyamment leur affection pour l’équipe d’Algérie, j’aurais été capable d’aller à Nice défier le maire Estrosi, en déployant avec une grande ostentation le drapeau algérien dans les rues de sa ville. Les réflexes racistes les plus absurdes ont été, encore une fois, réveillés par les exploits des Verts. Heureusement, la France compte encore des élites vigilantes capables de déjouer, du moins de dénoncer les ignominieuses entreprises haineuses initiées, ici ou là, par des groupuscules de frustrés qui ont biberonné toute leur vie de l’intolérance et du déni de justice.
Contrairement à ceux qu’ont tenté de suggérer ces héritiers de la France fasciste ou collaborationniste, l’immense majorité des binationaux expriment quotidiennement, pendant cette coupe du monde, leur part pour les représentants des deux nations, l’Algérie et la France. Sans aucun complexe. Il en est ainsi de mes enfants comme de ceux de toutes les banlieues de l’Hexagone. Cette communion possible, nécessaire autour du foot et des emblèmes des deux pays, se serait vue si l’Algérie sans ses maladresses d’adolescence, avait pu valider son ticket pour Rio et le Maracana où la France s’apprête à affronter son adversaire d’hier, l’Allemagne.
Tant pis ! Dès aujourd’hui, ces enfants de France, fils d’immigrés, ont déjà changé de fusil d’épaule. Vendredi, ils seront des milliers sur toutes les places de France flanqués du drapeau tricolore à s’égosiller pour porter les Bleus, les accompagner vers une finale qui ne semble plus si inaccessible.
Quant aux Verts, ils se mettent en branle pour opérer un retour. Ces mots d’espoir ne sont malheureusement valables que pour le foot.
Pour plus largement le destin des Algériens, il faudra repasser. Les portes de l’auberge du bonheur semblent, encore, bien fermées…
Meziane Ourad
