Le ballon est rond, la terre est ronde quoique plus ou moins aplatie aux pôles.
La révolution de la terre autour d’elle-même ainsi qu’autour du soleil est quasi parfaite. Sans cette harmonie absolue, l’humanité aurait disparu depuis, déjà, plusieurs millénaires. Le ballon, lui, parfaitement sphérique, ne tourne absolument pas rond. La preuve nous en est administrée, chaque jour, par ces équipes sans grade- le Costa Rica, l’Iran, le Ghana, le Chili, l’Algérie…- qui dament le pion aux plus grands ou prennent le plaisir à se placer là où on ne les attendait nullement, dans ce mondial brésilien !
Le ballon et donc le football ne tournent pas rond pour d’autres raisons, autrement plus graves celles-ci. Ainsi, le parcours des Verts a, à ce stade de la compétition, fait deux morts: un dans le camp belge à l’issue du premier match de l’Algérie. Si l’accident qui a coûté la vie à un homme n’était pas dramatique, on aurait parlé de blague belge, puisque ce père de famille, décédé sur une place de Bruxelles, a chuté du haut d’une statue sur laquelle il était juché pour agiter le drapeau de son pays !
Ici, en France, au soir du triomphe de l’Algérie sur la Corée du sud, un adolescent de seize ans, en transe, dont le torse dépassait d’un 4×4, parti en rodéo dans les rues de Mulhouse, est tombé au « champ d’honneur » lorsque le véhicule qui lui servait de piédestal s’est renversé à un rond-point négocié trop vite.
Les Algériens sont excessifs en toutes circonstances, c’est connu. Plus Arabes que les Arabes, plus musulmans que les musulmans, plus vertueux que tous les peuples de la terre… On pourrait empiler à l’infini nos inégalables qualités sans qu’à aucun moment notre bon sens ne soit titillé. D’ailleurs en a-t-on ? Toutes les populations du monde ont une communauté en France, les a-t-on vues mettre en émoi les autorités de ce pays qui les accueille, les a-t-on, une seule fois mettre à feu et à sang les villes et villages de l’Hexagone après un match de football ?
Les Portugais sont dans la nasse, au Brésil. Leur colonie, en France, est autrement plus nombreuse que la nôtre. A ce jour, pourtant, nul écho ne nous est parvenu sur d’hypothétiques frasques qu’ils auraient commises.
Ce dimanche 20 juin, à l’issue du match Algérie-Corée, la France s’est embrasée du nord au sud et de l’est à l’ouest. Il y a eu mort d’homme, c’est grave et bien dommage. Ce jeune a été emporté par la passion, la joie et, sans doute les frustrations de sa condition de fils d’émigré. Il y aurait pu y avoir d’autres drames n’était-ce la mobilisation des policiers et gendarmes, largement échaudés par les dérives répétées des supporters algériens. Bilan de la soirée du 20 juin: des dizaines de véhicules incendiés, quelques cocktails Molotov lancés, de nombreuses voies de circulation bloquées, 28 fans des Verts en garde-à-vue et 5 policiers blessés. Rien que ça, Ouf !
Le ballon, surtout lorsqu’il est mis entre les pieds des Algériens, ne tourne pas rond. Comment sinon comprendre la fronde des joueurs du onze national et de leur entraineur contre les journalistes qui avaient manifesté leurs réserves sur cette équipe après l’entrée en matière bâclée, contre la Belgique ?
Belloumi et Saadane m’avaient fait le coup à Gaudalajara, en 1986. Le président de la FAF de l’époque, Mekhalfa m’avait accusé de saper le moral de nos représentants comme pour justifier à l’avance l’échec qui était, alors annoncé… Comme la mentalité algérienne est immuable, voilà que l’histoire se répète. Les Fennecs ont intérêt a garder l’œil vissé sur le gazon, c’est là qu’ils excellent, c’est là que le peuple algérien trop longtemps sevré de joie les attend.
Meziane Ourad
