Étranger, en 1999, pour une grande partie des jeunes Algériens, revenu de loin, ressuscité, parachuté, à présent Bouteflika est l’homme qui suscite le plus de controverses en Algérie.
Abdelaziz Bouteflika était venu de loin, pourtant il a réussi à instaurer la paix, en Algérie, dit-on, tel un homme providentiel. Est-ce possible ? Est-ce possible que c’est lui qui a pu rétablir la paix ? Peu importe, dit l’autre, l’essentiel que nous vivons en paix.
Mais pour un peuple qui se haïssait, déchiré, pendant une longue décennie rouge et noire, et qui s’entretuait, un seul mobile aurait été capable d’apporter la paix et générer l’amour : La justice. Le peuple avait subit le terrorisme. Il était désarmé face à ses frères de sang, qui étaient ses pires ennemies idéologiques.
Khouk, khouk, la ygharek sahbek. Ton frère demeure ton frère, que ton ami ne t’induise pas en erreur en te faisant croire le contraire. Une phrase que Bouteflika nous inculquait pour une situation bien déterminée. Les terroristes sont nos frères, voulait-il (r)assuré. Que l’on oublie tout pour redevenir de nouveau frères. Les frères d’hier ne peuvent être les ennemis d’aujourd’hui, chuchotait-il. Qu’on oublie tout, tout. Qu’on leur pardonne leurs erreurs, leurs horreurs, leurs meurtres, leurs mains tachées par notre sang et leur esprit enrobé par les ténèbres des enfers.
Mais, un frère qui tue un frère n’est plus un frère. Il est un traitre, un ennemi. Alors qu’un ami qui aide un ami et qui le soutien dans les moments difficiles est plus qu’un ami… Il devient un frère. Sinon, dans le passé, combien de frères de sang ont soutenu l’Algérie française, et combien d’amis français et autres ont soutenu l’Algérie algérienne ?
Le peuple, dis-je, était affaibli, par la situation économique déplorable et par trop de sang coulé. Il était donc apte à sacrifier la justice pour avoir la paix.
En plus, ce sont nos frères, disait-il. C’est pourquoi il faut leur pardonner… Il faut pardonner leurs viols, leurs massacres et leurs vols.
Bouteflika, après son long exile au moyen orient, était revenu pour être président, chose qu’il a refusé en 1994 lorsque l’Algérie (les généraux) le sollicitait pour prendre la chaise. C’était donc Zeroual qui avait eu le courage de la prendre. Mais Bouteflika était revenu de loin, en 1999, pour instaurer la paix et la réconciliation. Le peuple avait voté oui. Oui pour la paix, oui pour Bouteflik’un.
Et depuis, il est là. Il est Bouteflikatre. Et depuis, le vent nous vient de Tlemcen. Un vent corrompu. Impure. Sale. Un vent qui chasse le beau temps et fait la pluie. Un vent qui essaye de nous faire peur, en insufflant dans nos oreilles qu’après 15ans, les gens à qui nous avons pardonné les actes terroristes, risquent de nous terroriser encore une fois si on ne vote pas Bouteflikatre.Y-khawfou fina. Ils essayent de nous faire peur. Ils essayent de nous faire comprendre que nous sommes pris entre le marteau et l’enclume. Incapable de prendre notre destin en main.
Le peuple était (poussé à être) clément.
Il a acheté la paix au prix de la justice, en pardonnant aux tueurs de l’Algérie,
Dites-moi donc : est-ce le prix que doit payer le peuple pour sa clémence ?
Une paix acquise sans justice ne serait-elle pas une paix incompétente, impuissante, une fausse paix, handicapée, une paix aux pieds d’argile, une paix qui caresse mais ne guérit jamais ?
Il existe à présent en Algérie des esprits façonnés notamment de la crise économique des années 80, de la décennie noire des années 90, qui n’ont pas du sang dans les veines, mais du pétrole, et de l’argent de ce pétrole, ils achètent nombre d’Algériens. Habillés avec de l’hypocrisie, nourris de la corruption, ils nous demandent, par tous les moyens possibles, de voter encore une fois pour Bouteflika (donc sur eux également) afin qu’il continue ses œuvres… L’autoroute Est-Ouest (سرق-هرب) à titre d’exemple, sinon… Ykhawfou fina.
Amirouche Amalou