Il est impossible que nous nous taisions face à ce qui se déroule sur la place de l’indépendance (le Maïdan) à Kiev. Une centaine de morts, abattus par des snipers aux ordres de Ianoukovitch. Un dictateur droit dans ses bottes, dans son idiotie.
Il est impossible, pourtant, que l’on donne un quitus, qui dédouanerait les opposants à son système parce qu’il ne nous semble pas que leur projet de société soit idéal : rejoindre l’UE, devenir un état McDonald’s.
De quoi rêve le peuple de l’est de l’Europe ? Ce peuple si valeureux qui a tant donné et appris au monde ?
Je me souviens de cette scène surréaliste, vécue dans le métro de Moscou, il y a 28 ans. Des centaines de Russes de tous âges, livres écornés en main, se rendant au travail et avalant en sortant à chaque bouche, un demi de bière distribué par des automates avant d’attaquer la journée.
Je n’ai vu nulle part ailleurs un peuple aussi lettré, aussi éveillé, aussi imprégné de culture que dans cette région du monde.
Depuis la destruction du mur de Berlin, ces territoires se sont réveillés.
Piétinés, écrasés, emprisonnés, relégués par le régime communiste, ils se sont mis à roter. À péter. Ils ont découvert ce qu’ils pensaient être la liberté. L’Occident. L’Ouest.
Ils étaient assistés à l’Est. Ils ont voulu se faire assistants de l’Ouest. Ils sont demeurés assistés. Nuls.
Ils étaient ouvriers, ils sont devenus voleurs. Ils étaient une force de proposition, ils se sont mis à disposition d’un capitalisme sauvage, carnivore. Ils ont appris le deal, la rapine, la trahison, le crime. Ils ont réinventé le meurtre.
Kiev, l’Ukraine, ce monde d’ouvriers battants se bat aujourd’hui pour rejoindre les bataillons d’esclaves que compte l’Occident. Une chimère que l’Amérique et l’UE font miroiter à tous les affamés de la Terre. Ils se sont pâmés devant le chewing-gum et le jean, ils se pâment maintenant devant les lumières de Paris ou Berlin. Une fois libérés de leurs jougs, ils se jettent sous les jupons de requins. Ils s’égarent …
Bubka ou Chevtchenko doivent se poser plein de questions. Ou va ce grand pays ? Ce pays où on emprisonne les élus, où on abat les frères, les voisins.
« Maïdan », le terrain en arabe se souviendra de cette révolution légitime mais, de toutes manières, manipulée qui n’aboutira qu’à la mise à mort d’un grand peuple.
La Russie emmerde le monde. Les États-Unis emmerdent le monde. Le monde emmerde la Russie et les États-Unis.
La planète est dans de beaux draps ! Un beau linceul !
Méziane Ourad
