Le chômage est une invention des commerçants. Des capitalistes. C’est un gros mot. Je le sais. Ils existent tout de même.
Les gens qui aiment et font l’argent ont aussi créé les statistiques. Ils rêvent en pourcentages. Ils sont malins. Ils sont sûrs que tous les autres sont niais. Ils boursicotent, pendant que les peuples, surtout les enfants, trainent leur misère et leurs langues pendues.
Les Etats ont toujours des arguments. Forts. Justes, disent-ils, équilibrés.
Ils inventent des dispositifs : des plans pour dépanner les jeunes ou les vieux.
Des textes qui prévoient d’inverser les courbes ou de stabiliser les chutes.
La France a créé le plus grand merdier du système de lutte antichômage : mille plans : sur les jeunes, sur les seniors, sur les ados, sur les enfants, sur les filles, sur les clodos, sur les Roms, sur les clandos, au lieu du sur, on aurait pu dire pour…
La France ne sait pas viser. Ce grand pays que j’aime, qui a guillotiné Louis XVI, est idiot. Un peu. Légèrement. Trop.
Dix pour cent de chômeurs sur soixante-six millions d’âmes. C’est fou ! Pour une nation aussi riche, aussi intelligente…
L’Algérie, mon bled d’origine que ma peau porte, qui tisse ma peau, ne vaut pas mieux : un quart de ses enfants ne travaille pas. Que peuvent, aujourd’hui, nous répondre les gouvernants à part nous opposer les hymnes nationaux et les exploits de nos sportifs respectifs.
Qualifiés là, battus ici.
Il restera de toutes ces pérégrinations, souvent lamentables des politiques et des aventureuses percées, toujours honorables des populations, des certitudes qui dessinent l’avenir.
La honte a été définitivement vue : il y a ceux qui veulent vivre en regardant le monde en face.
Il y a ceux qui veulent attendre la mort en regardant la face du monde.
Au café arabe, tous, toutes, attendent un signe. La vie. La liberté.
Méziane Ourad
