Le Matin d'Algérie

Le bal des faux-culs

Voici donc Obama étreignant Raoul Castro. Oubliée la crise des missiles ! Pour fêter l’anniversaire de l’assassinat de JFK, il ne pouvait pas y avoir meilleure image…

François Hollande et Nicolas Sarkozy entrent en grands amis, avec presque des tapes sur le dos. J’ai larmoyé. Ça s’appelle la République.

Il y avait pour rendre hommage à Nelson Mandela, plus de 70 chefs d’Etat, autant de dictateurs, autant de faux-culs qui commerçaient avec les Afrikaaners au temps où ceux-ci prenaient les Noirs pour des singes.

Ces chefs qui gèrent des pays qui ont inventé la colonisation de peuplement, qui ont installé et applaudi les systèmes esclavagistes, lesquels, de tout temps, ont méprisé et volé l’ouvrier, se veulent beaux. Cravatés, maquillés, portant bien leur figure indigne, ils ont présenté au monde un beau spectacle. Les télés ont tout filmé. Les télés n’ont pas de mémoire. TF1, par exemple, devrait se souvenir qu’avant la visite de Nelson Mandela en France en 1990, elle avait payé 800 000 francs pour obtenir une interview exclusive. La toute première de Mandela après sa sortie de prison. Elle avait été réalisée par la correspondante de l’époque, Isabelle Marque.

« Libération« , maison mère de Didier François, journaliste d’Europe 1, détenu en otage depuis juin dernier en Syrie, aurait dû se souvenir de ses années sud-africaines. Didier François y avait vécu quatre ans comme correspondant de ce journal de gauche. « Libération » a toutes les opportunités, aujourd’hui, pour conter les galères de Didier François à Johannesburg, à Durban ou Pietermarisburg.

C’était au temps où l’ANC livrait bataille aux troupes zouloues de Buthelezi. Que sont ses amis devenus ?

Nelson Mandela, auquel j’ai touché la main, cette main que je n’aurais jamais dû laver depuis 23 ans, avait tout compris.

Il a réglé le conflit avec le Zoulouland. Il a réconcilié Blancs et Noirs. Il n’a pas créé de harkis, il n’a pas chassé de pieds-noirs. Il a divorcé tranquillement avec Winnie, sa femme. Une intrigante. Il a pu aimer, revivre, après 27 ans de prison, dont 18 ans de travaux forcés.

Il est parti maintenant. Je ne crois pas ses successeurs ni ses confrères capables de régler les problèmes du monde.

Lorsque je pense au sigle de l’ONU, je rigole : « Organisation des Nations unies ».

Se doutent-ils, quelquefois, que les gens savent ? Ont compris ?

L’avenir des humains est largement expliqué sur les tickets de caisses des supermarchés, sur les relevés de loyer ou sur les déclarations des impôts.

Mandela n’est pas un saint. C’est un sage irréprochable. Il nous a laissé de grands, de longs et denses messages. Lisons-les, si, toutefois, les misères nous en laissent le temps.

Pour le reste, Mandela doit rire sous cape, il sait qu’il va être enterré par son peuple sous le regard de quelques centaines de faux-culs qui recommenceront à se faire la guerre dès demain.

Meziane Ourad

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