Maîtrise des coûts à Sonatrach : l’éternelle rhétorique (I)

Abdelmoumen Ould Kaddour, patron de Sonatrach
Abdelmoumen Ould Kaddour, patron de Sonatrach

Lors de sa visite qu’il a effectuée le 31 mai dans la wilaya d’Illizi, le nouveau PDG de Sonatrach a appelé l’ensemble des travailleurs et notamment les cadres à cette occasion à redoubler d’effort non seulement pour plus productivité mais surtout à la maîtrise des coûts.

Il a ainsi tiré définitivement un trait sur un baril à 150 dollars pour le situer dans une fourchette de 40 à 50 dollars. Selon sa théorie, gagner en coût de production contribue grandement à limiter les dégâts de la baisse drastique du prix sur les marchés pétroliers et, partant gaziers. Ce qu’il déclare paraît logique mais tous ces prédécesseurs ont commencé leur règne par dire la même chose mais cela est resté un vœu pieux. Ce qui est curieux et probablement relève de la propagande, c’est que cette déclaration tout à fait banale et générique pour le commun des Algériens a été reprise le lendemain par tous les médias étatiques et notamment ceux de la radio pour en faire un spot toutes les heures comme si ce PDG vient d’attraper un lion par sa queue. Pourquoi la maîtrise des coûts dans cette entreprise restera utopique ?

1. La Gestion de Sonatrach continue à relever de la sphère politique depuis sa création

Historiquement, les dirigeants de Sonatrach gèrent par injonction étant donné le caractère vital de cette entreprise pour l’économie nationale et notamment comme une réserve d’emplois. Conséquence : elle est devenue avec le temps un asile d'une pléthore de personnels qui forgent par un acquis considérable leur opérationnalité de terrain pour être récupérés par ses concurrents sur le dos des dépenses publiques consenties pour leur formation. Le résidu qui n’a pas pu intégrer les entreprises multinationales constitue le sureffectif qui augmente ses coûts à vie. Ce sureffectif est la conséquence directe de la politique de plein emploi menée dès la promulgation du premier plan triennal et qui prévoyait l’emploi de toute la population masculine algérienne. Ceci paraissait logique étant donné le sens même de la révolution armée qui aspirait à l’épanouissement du citoyen algérien après une souffrance de plus d’un siècle d’indigénat.

| Lire aussi : Hocine Malti : "Washinton est derrière la nomination d'Ould Kaddour à la tête de Sonatrach"

Les sociétés nationales restructurées avaient des objectifs politiques, celui de servir d’assise à l’indépendance économique de l’Algérie. Il était donc demandé aux salariés de les défendre comme des acquis de cette nouvelle bataille après celle armée. Parler donc comme l’ont fait ces technocrates de rentabilité et sur la base de simples opinions "mimétistes" les a déroutés. Les objectifs deviennent peu clairs, l’Etat qui assurait aux salariés presque tout (emploi, salaire, logement, règle leurs problèmes sociaux etc.) se désengage progressivement de leur environnement. L’erreur réside dans le fait d’avoir imposé un traitement économique aux problèmes du sureffectif alors qu’il est principalement et éminemment politique. Il s’agissait d’affectation arbitraire, de reconversion forcée voire de dislocation sociale. L’alliance est donc rompue. Sont apparues des fissures dans la cohésion sociale qui ont permis aux dysfonctionnements qu’on est en train de subir aujourd’hui, de s’enraciner. Cette déroute a rendu l’Algérien au travail narcissique, replié sur lui-même et complètement désintéressé de l’intérêt général. Il ne pense qu’à lui et à son entourage immédiat et il éduque ses enfants dans ce sens.

Les entreprises issues de la restructuration y compris Sonatrach ont été totalement noyautées par des recrutements familiaux lorsqu’ils ne sont de complaisance. Est instauré un processus d’encanaillement qui fait grossir ces cercles pour les rendre un champ de bataille favorable à la corruption mais très loin des objectifs de rendement tel que souhaité par ces technocrates qui viennent chanter à cette occasion le rythme qu’ils appellent : rentabilité et réduction des coûts.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

| Lire aussi : Maîtrise des coûts à Sonatrach : l’éternelle rhétorique (II)

Thèmes traités dans la deuxième partie :

  • Si Sonatrach maîtriser ses coûts, elle n’aurait pas abandonné le régime de partage de production

  • Sonatrach : le dindon de la farce des compagnies étrangères pour lui soutirer de l’argent

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Commentaires (3) | Réagir ?

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Atala Atlale

il est quand même curieux de parler de maîtrise des coûts au sein de Sonatrach et oublier tout le reste, c'est à dire la gestion de ce poumon de l'Algérie par des responsables qui ont mené une politique de surexploitation des puits jusqu'à pratiquement l'épuisement. Il en est de même en ce qui concerne sa gestion. Cette politique de "on efface tout et on recommence" sans présenter aucun bilan exhaustif est coûteuse et ne permet pas de correction dans sa gestion.

La pratique tendant à protéger aussi des responsables est à l'origine de tous les scandales connus !

Il y a deux impératifs à imposer : la moralité dans la gestion et la transparence !

La Sonatrach enfin, possède - à ma connaissance - une comptabilité analytique et par conséquent il est loisible d'identifier toutes les sources des écarts au niveau des budgets à des périodes précises !

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khelaf hellal

C'est maintenant que vous parlez de maitrise des coûts, bande de fêtards! Les flambeurs et les arroseurs de jadis qui veulent nous donner des leçons maintenant qu'ils viennent de se faire brûler les fesses dans la dépréciation du cours du pétrole à laquelle ils ne s'attendaient pas. Il est fini le temps où ils organisaient des séminaires-bidon à bord des hôtels flottants sur la baie d'Oran el Bahia. Fini les mechouis royaux et les orgies bien arrosées que les traiteurs d'outre-mer savent bien leur mijoter.

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