La paralysie de l'opposition et la montée de la révolution 2.0 (II)

La paralysie de l'opposition et la montée de la révolution 2.0 (II)

Contrairement aux protestations du 5 janvier 2011 et celles qui l’ont précédées et qui se sont soldées par les casses, la génération Facebook est non violentes.

4- Les caractéristiques de cette génération Facebook

Ce sont généralement des étudiants, des jeunes qui viennent de trouver un emploi ou des diplômés sans emploi. Ils résistent et passent leurs messages malgré l’agressivité policière. Ils font beaucoup attention à leur manipulation et refusent leur parrainage par des partis politiques. Pour eux, les politiciens sont tous les mêmes, ils développent un discours hard contre le pouvoir mais dès qu’ils le rejoignent ils s’en accommodent voire même le défendent.

Ils citent souvent le cas de Khalida Toumi, Louisa Hanoune, Benyounes et bien d’autres. Donc pour eux, la présidentielle n’est qu’une formalité comme une autre tant que n’apparaîtra pas une réelle alternative de changement du système. Cette alternative, ce sont les générations futures qui poseront ses jalons. Enfin et pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, la diaspora algérienne soutient fermement un mouvement libre comme celui-là pour y contribuer au débat d’un pays démocratique.

4- Cette importante tranche de la société est imprégnée de la réalité de son pays

Les discours crus ne les convainquent plus. De quels chiffrent parle-t-on, disent-ils ? S’il s’agit de la manne financière, c’est l’augmentation des prix du pétrole qui l’a permise. Quel effort de créativité ont fait les différents gouvernements pour laisser l’Algérie entièrement dépendantes des hydrocarbures voilà maintenant plusieurs générations. Que constatent-ils sur le terrain ? Sur le plan économique,le peu de savoir et savoir-faire capitalisés par les puissantes sociétés nationales dans les différents secteurs s'est effrité. Les Algériens ne savent plus travailler la terre. Elle est devenue un vaste champ artisanal. Le célèbre grenier algérien connu bien avant la colonisation a été bétonné. On importe tout. Le ridicule a été poussé jusqu'au jour où un certain "Azzoug" se présente à la télévision nationale pour proposer d'importer la viande à - 60 DA le kg. Si ce projet avait été concrétisé, que serait devenu l'élevage des bovins en Algérie ? On ne sait plus construire des bâtiments, des routes et on fait appel aux Chinois et aux Européens pour le faire.

Les catastrophes naturelles comme les différents séismes qu'a connus le pays ont montré l'amer regret d'avoir éclaté la Sonatiba et la DNC. On ne sait plus produire et distribuer de l'énergie sans faire appel aux étrangers. Les techniques d'extraction des hydrocarbures ont été laissées aux Américains, sous les bons auspices de l'ancienne puissance coloniale (TFT, Hassi Berkine, Tiguentourine, etc.). L'expertise parapétrolière a été abandonnée au profit des multinationales comme Schlumberger, Wetherford, etc. et ce, avec la mort programmée de Alfluid, Aldia, pour ne citer que ceux-là. Le boosting des gisements fatigués a été confié aux Japonais sans aucune intervention des nationaux. La base logistique de Beni Mered à Blida était construite pour produire des pièces de rechange grâce à ses puissants fours s'est limitée au moulage des statues pour Riadh El Feth qu'on montre comme une fierté nationale.

En somme, on est passé d'une économie en voie d'industrialisation à celle de bric-à-brac qui a permis aux fortunes indûment acquises de s'incruster pour justement former et consolider le système en vigueur à ce jour. Sur le plan social, le modèle de développement choisi après l’indépendance n'a pas été gratuit, mais a demandé des sacrifices énormes mais aussi et surtout un coût humain qu'il ne convient pas de considérer comme une conséquence de l'échec du modèle de développement mais plutôt comme un fort tribut payé pour atteindre l'objectif visé. Ils auraient sans aucun doute été facilement dissipés si le rythme de développement n'aurait pas été rompu ou s'ils avaient donné un résultat. Ce coût humain consistait dans un changement radical des structures sociales anciennes.

La dislocation de la famille par migration, l'acquisition de nouvelles habitudes de consommation et de mode de vie, la contradiction entre vie au travail et hors travail, la lutte acharnée parfois humiliante contre le pouvoir bureaucratique, l'acculturation par un process de travail installé par les sociétés capitalistes censé fonctionner dans les conditions locales, un environnement international hostile à l'industrialisation dans le tiers-monde en général et l'Algérie en particulier pour s'emparer de la matière première à des prix avantageux.

5- Une poussée démographique incontrôlable

Contrairement à d’autres pays similaires comme la Tunisie ou l’Egypte qui ont brillé par les jeunes générations facebook, Tamarrod ou le mouvement du 6 avril notamment en Egypte, l’Algérie a toujours marginalisé politiquement sa jeunesse en l’étouffant. Pourtant, elle est contrainte à un nouveau virage dans le domaine démographique, avec un fait exceptionnel à partir de 2012, la population évoluera au rythme de 900 000 naissances chaque année.

En fait, la hausse démographique naturelle a débuté en 2008, avec une progression de 1,92%, puis 1,96% en 2009, 2,03% en 2010 et 2,04% en 2011. Si l’on considère le taux des citoyens de moins de 15 ans à 27,8 % et ceux âgés de plus de 64 ans à 5%, on peut estimer ceux en âge d’activité à 67,2%. Ceci est énorme en matière d’énergie disponible. Mais malheureusement cette énergie est dissipée dans le vide sans aucun profit dans l’intérêt général. Ramené à la population totale, la masse active algérienne ne représente que 32% presque équivalente à l’Egypte mais derrière la Tunisie (36%), le Maroc (36%) enfin la Libye (39%).

Il est donc intéressant de capter cette entropie pour la réorienter dans le sens des objectifs nationaux. Aujourd’hui, cette jeunesse approchée dans les écoles moyennes, les universités, les entreprises et les institutions étatiques, celles privées, les places informelles, les mères aux foyers pour voir ce qu’elle pense de cette mascarade, livre un bien sombre tableau. D’abord ces jeunes aussi bien les filles que les garçons ne croient pas à l’ascension sociale. Ils se sentent trahis par leurs aînés qui ont tout pris (logements, argent et postes de travail) depuis le départ des colons et l’affaire des biens vacants. Ils pensent être sacrifiés et perdus. Pourquoi cette perte ? Parce qu’ils n’ont plus de marqueurs qui étaient leur moule d’orientation mais qui s’effrite avec le désengagement de l’Etat. Ils ne veulent pas connaître le travail aliénant comme leurs parents. Ils aspirent à plus d’autonomie pour entreprendre et faire face aux challenges. Ils n’aiment pas les responsabilités dans des postes publics pour se consacrer à leur petite famille et de ne pas les sacrifier comme l’ont fait leurs parents. Ils s’accommodent malgré eux aux gains faciles et donnent l’impression d’être heureux. Alors pourquoi voudraient-ils s’aventurer ?

Rabah Reghis, Consultant, Economiste Pétrolier

Lire la première partie : La paralysie de l'opposition et la montée de la révolution 2.0 (I)

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Commentaires (5) | Réagir ?

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Atala Atlale

Le constat de Mr. Rabah Reghis est fondé est basé sur des faits qu'il est possible de démontrer, son analyse est pertinente juste une remarque. un effort d'industrialisation de l'Algérie, a été entrepris, nous avions amorcé et réussi un certain tissu industriel au niveau national, dans plusieurs secteurs, mais il a été cassé par des charlatans pressés de passer au libéralisme, sauvage devrai-je dire, des milliers de cadres de valeur ont été jetés à la rue, leurs unités laissées en jachères pour les copains le moment venu. On est devenu des marchands de tapis, avec tout le savoir faire qu'on avait, on est passé du statut de producteur, à celui de rentier. Mr Reghis R. semble connaître très bien les secteurs dont je parle. Oui une remarque. Pourquoi n'a t-il pas défini l'époque de cette industrie naissance ? Craint-il de gêner nos "génies ou cancres" d'aujourd'hui ?

C'est un vrai plaisir de lire l'auteur de cet article. Honnêtement.

À votre prochain article...

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Hend Uqaci Ivarwaqène

Ces bulles sont comme un pédanlo !

Cette contribution est comme une parabole christique.

Bismi allah errahmani errahim !

J’ai tendance à croire que le peuple est en train de se dissoudre dans la toile, n’ayant d’autres moyens pour influer sur le débat réel. Ces gens là n’ont pas inventé un nouveau moyen de faire la révolution, c’est la révolution informatique qui les a embarqués pour en faire des bigots.

C’est ainsi que l’invention de Dieu s’était faite. Quand le monde réel n’apporte pas de réponse aux interrogations et que les interrogations ne sont pas en phase avec la réalité, il se produit ce genre de phénomène. Ça a commencé avec la figuration: totems, tabous, statues et les mythes qui leurs étaient associés. Puis, comme l’Homme ne pouvait pas renier ses propres créations il y a cru et s’y est attaché.

Internet c’est le nouveau Dieu. Un Dieu chimère fait de toutes les attentes des gens. Aussi transcendant que celui de la religion et, paradoxalement, déconnecté du réel. Dans le Dieu des religions l’homme s’y projette, puisqu’il l’a fait à son image, et s‘y nie, car ce Dieu est surnaturel.

La question est: comment va se connecter le monde virtuel au réel et est-ce-que les politiques ne se passeront pas de ce peuple du virtuel ? Je dirais même : peuple virtuel. Une démocratie consensuelle sans peuple. Les religions et les politiques ayant failli, les peuples ont perdu la foi en eux, nous assistons à l’avènement d’une sorte de nouvelle espérance : la déconnexion-connectée. Un Dieu sans foi et une foi sans Dieu.

La technologie est entrain d’inventer la démocratie parfaite : une démocratie sans peuple.

Pendant ce temps là, le vrai Dieu, l’accoucheur des vrais révolutions, le matérialisme historique, travaille à l’insu de notre propre plein gré.

Attendre une révolution de la toile c’est comme attendre, de Dieu la réponse à nos fantasmes.

Inna lillahi wa illayhi radji3oun.

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Kichi Duoduma

Salut a Dda Hend !...

L’auteur aurait pu abréger sa contribution en disant : depuis l’indépendance, les algériens se sont multipliés artificiellement, grâce uniquement aux revenus des hydrocarbures, et ont acquis des besoins qu’ils sont incapables de satisfaire par leurs propres efforts. En d’autres termes comme disait ma grand-mère : tsigherçi ig-ugaren tafawets, et maintenant, t’zagate ou presque t'zagate pour de bon.

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