Ce que m’a dit Chadli : "Bouteflika... s'est mis au garde-à-vous devant moi" (IV)

Chadli Bendjedid a été violemment critiqué par Bouteflika dans la presse internationale.
Chadli Bendjedid a été violemment critiqué par Bouteflika dans la presse internationale.

C’était un samedi pluvieux. Il méditait.

Par Mohamed Benchicou

"Et tu as entendu Bouteflika parlant de la succession à Boumediene ?" Chadli Bendjedid évoquait cette déclaration de l’actuel chef de l’État devant des journalistes étrangers : "J’aurais pu prétendre au pouvoir à la mort de Boumediène, mais la réalité est qu’il y a eu un coup d’État à blanc et l’armée a imposé un candidat imprévu… Ce qui est reproché au président Chadli, c’est sans doute d’avoir accepté des responsabilités pour lesquelles il n’était pas du tout préparé et pour lesquelles il n’avait aucune disposition…"

Chadli n’avait pas supporté. "Je n’ai pris la place de personne. L’Algérie n’est pas un royaume privé. Les gens oublient qu’avant sa mort, le président Houari Boumediene m’avait désigné responsable des corps de sécurité. Je n’aspirais pas, personnellement, au poste de président. Je dirai tout ça en détail un jour dans mes mémoires".

Ce serait d’ailleurs cette immense fidélité à Boumediène qui l’aurait contraint à accepter, en 1979, de prendre les rênes d’un pays qui vivait une époque particulièrement difficile. "Ce que les gens doivent savoir, c’est qu’à la mort de Boumediène Chadli Bendjedid n’a jamais revendiqué la succession. En qualité de coordinateur de l’armée, c’est moi qui ai proposé à des candidats médiatisés à l’époque de prendre la relève. Ils ont refusé. Oui, ils ont refusé, et ils ont refusé parce que la situation était complexe, l’endettement énorme, les caisses vides, les étals déserts et la pénurie régnante. Chadli n’avait pas vocation à devenir Président, mais il n’avait plus le choix".

Il s’était tu un moment puis avait laissé le tomber cette phrase désappointée : "Quand tu entends ce que dit de moi Bouteflika… Comme à Monaco… [Ce dernier l’y avait notamment qualifié de ‘quelqu’un qui n’est pas aviateur, mais qui a pris les commandes d’un Boeing 737’, regrettant que ‘Chadli qui est resté finalement autant de temps au pouvoir que Boumediène a curieusement mis le même temps pour détruire tout en ce que Boumediène avait construit’]".

Chadli était indigné : "Où est le sens de l’État ? Dire ça devant des étrangers…"

Il n’avait rien oublié des sarcasmes du nouveau président et paraissait particulièrement chagriné par cette moquerie dite en public, à propos de la rencontre entre Chadli Bendjedid et le président français François Mitterrand. "J’étais surpris un jour d’apprendre par la télévision que le chef de l’État algérien de l’époque et le chef d’État français de l’époque, que Dieu ait son âme, avaient eu un entretien en tête-à-tête de dix heures, avait déclaré Bouteflika. Je connais les deux, je sais que le chef de l’État français pouvait parler pendant dix heures. Je ne suis toujours pas sûr que le chef de l’État algérien — et il est toujours vivant — pouvait, lui, parler pendant une demi-heure, pour dire des choses très essentielles".

Cette déclaration de Bouteflika lui avait fait très mal. "Pour l’Algérie, plus que pour moi…" Puis, prenant un air condescendant : "Que sait-il de la considération que me portait Mitterrand ? Que sait-il du rayonnement diplomatique de l’Algérie sous ma gouvernance ? J’ai fait la seule visite d’État aux États-Unis d’un président algérien. Bush père m’avait fait l’amitié, un jour de fête, de m’inviter dans sa propre maison où je côtoyais sa famille et ses petits-enfants qui ouvraient leurs cadeaux au pied de la cheminée… Je souhaite, pour l’Algérie, qu’il connaisse la moitié de l’influence diplomatique qui était la mienne. J’ai reçu à Alger les plus grandes personnalités du siècle, comme la reine d’Angleterre ou le roi d’Espagne…"

Il a une moue désolée. "Où est le respect de l’Algérie ? Bouteflika… Quand on pense que Bouteflika critique ma gestion et ma politique, qu’il parle de ‘politique désastreuse des années 1980 qui a brisé l’élan du développement et péché par un manque de vision’ alors qu’il l’avait votée en qualité de membre du Bureau politique et de ministre… Tout le monde oublie que Bouteflika est resté au pouvoir après mon élection en 1979, qu’il avait été membre du Bureau politique et du gouvernement jusqu’en décembre 1981".

Chadli rappelait, sans le dire vraiment, que Bouteflika n’avait pas été écarté du FLN pour ses idées, mais pour "gestion occulte de devises au niveau du ministère des Affaires étrangères", selon la formule d’inculpation de la Cour des comptes. Il payait ainsi pour avoir placé sur des comptes particuliers en Suisse, entre 1965 et 1978 et à l’insu du Trésor algérien, les reliquats budgétaires de certaines ambassades algériennes à l’étranger. Dans la décision de suspendre l’appartenance de Abdelaziz Bouteflika de ses rangs "en attendant son exclusion par le congrès", le Comité central, réuni ce jour-là en 6e session, signale que "le concerné s’engage à restituer les biens et dossiers du parti et de l’État en sa possession", parle de "dossier au contenu grave" qui justifie de "saisir la justice de l’affaire."

Chadli s’offusque : "De quelle traversée du désert parle-t-il ? Il est revenu au Comité central en 1989. J’avais donné mon accord pour cela. Cheikh Zayed m’avait dit qu’il valait mieux que Bouteflika soit pris en charge par les Émirats que par Saddam ou Kadhafi ou, pire, par la France".

Avec une lueur maligne dans les yeux, Chadli avait ajouté : "Le cheikh m’avait dit, en riant : "Votre ministre abuse un peu des boutiques de l’Intercontinental" Les achats de Bouteflika étaient, en effet, réglés par le palais royal…"

Le regard absorbé par les souvenirs, Chadli Bendjedid continue de parler, sans me regarder. "Aujourd’hui, il parle de décennie noire, de politique désastreuse de Chadli. Pourquoi l’avait-il approuvée alors, lui qui fut associé aux sept résolutions du congrès extraordinaire du FLN réuni de juin 1980. Pourquoi n’avait-il pas émis des réserves en ce moment-là ? Il me reproche, aujourd’hui, devant la presse étrangère d’avoir accepté des responsabilités pour lesquelles je n’étais pas du tout préparé et pour lesquelles je n’aurais aucune disposition ; il me décrit comme un faux aviateur qui a pris les commandes d’un Boeing 737… Pourquoi multipliait-il alors les gestes de déférence excessifs envers moi ? Je me souviens de la première fois qu’il a siégé en Conseil des ministres, raconte Chadli. Il s’est mis au garde-à-vous devant moi et m’a dit : ‘Vous êtes le commandant et je suis votre caporal. J’attends vos ordres’. Tout le monde m’appelait par mon prénom, il était le seul à m’appeler ‘Fakhamat erraïs’… Il avait multiplié les interventions auprès des membres de ma famille – notamment auprès du beau-père, Mohamed Bourokba, alors hospitalisé à la clinique Hartmann de Neuilly (2) et auquel il rendait visite fréquemment pour le supplier d’intercéder auprès de son gendre président afin qu’il recouvre sa place dans le système – et avait même chargé certains amis, comme le Marocain Mohamed Basri ou les dirigeants palestiniens Yasser Arafat et Hawatmeh d’intercéder en sa faveur auprès de moi… Je savais qu’il faisait tout cela pour rester à l’intérieur du pouvoir et pour s’éviter le jugement à propos des fonds des Affaires étrangères qui avaient été détournées entre 1965 et 1979… Je n’étais pas dupe". (Lire la suite : Ce que m’a dit Chadli…"J’étais intervenu pour que Bouteflika ne soit pas emprisonné" (V))

M.B.

Lire aussi :

- Ce que m’a dit Chadli : "Je n’ai jamais eu de sympathie particulière pour le FIS…" (I)

- Ce que m’a dit Chadli : "Je ne concevais pas d’État de droit avec un prisonnier politique dans nos geôles"(II)

- Ce que m’a dit Chadli : "Ah, il parle, il parle, maintenant Nezzar…" (III)

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Commentaires (15) | Réagir ?

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Caton L'ancien

Ceux qui ont favorisé le retour de celui qui ne voulait pas être un "trois-quarts de président" aux affaires soit étaient de connivence avec lui, soit ont manqué totalement de discernement. Pour hauts responsables militaires ou politiques qu'ils fussent ou qu'ils sont encore ils devraient tous faire leur mea-culpa, baisser la tête et partir sans regarder derrière eux, s'ils ont encore un gramme de conscience, car ils ont été et sont toujours complices de la mise en danger de la nation soit par intérêt soit par incapacité de jugement.

Oui, comment a-t-on pu faire la folie de donner les pleins pouvoirs à un individu qui a été pris la main dans le sac et qu'une institution républicaine a sommé de rendre à la nation les sommes colossales qu'il à détournées. Aucun individu ne pouvait oublier pareille humiliation, fut-il le plus grand des voleurs.

Dès les premiers temps de la première mandature et même avant, il a commencé à se venger de la nation entière par des procédés des plus ignominieux et humilier notre pays devant l'univers entier en insultant d'abord ses propres prédécesseurs (les présidents de notre pays), les traitant de présidents stagiaires ou qu'ils étaient incapables de tenir une discussion intelligente au delà de la demi-heure. Les kabyles n'ont pas échappé à sa haine en se faisant traiter de nains dans leur propre maison; le peuple entier a dû subir son fiel en étant fainéant, médiocre, sale et ne méritant même pas de se faire diriger par Lui, le grand Pharaon 1er.

A ce moment-là il était encore temps de pallier à cette situation, car il n'avait encore eu ni le temps de miner toutes les institutions de la république, ni de gaspiller à la volée les ressources du pays pour terminer en se faisant construire avec celles restantes une mosquée à la démesure de sa folie des grandeurs et de sa prétention en espérant certainement qu'elle lui servira de Mausolée tel un pharaon.

Tous les responsables de notre "nakba" à nous seront comptables devant l'Histoire.

Oui, malheur au pays qui n'a pas de grands Hommes; ceux de l'Algérie sont malheureusement tous morts.

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moh arwal

Effectivement, pas de classe politique , que des sbirs compromis qui rampent sur le ventre,

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Dhrifa N'targa

« Pourquoi, lui, le si désenchanté par la bêtise humaine (la nôtre en l'occurrence), se met tout d'un coup à sortir -sur le cadavre encore chaud de Da L'Ho ….. »

D’abord laissez-mwa vous dire que contrairement à l’affut du canon (de Fernand Reynaud) qui met un certain temps pour se refroidir, la vitesse de refroidissement des cadavres est connue : un degré Celsius pendant les première 24 premières heures, pour atteindre la température ambiante. Et comme Zilhou est passé surement par la morgue, son cadavre a non seulement refroidi mais gelé. Et comme il est enterré dans les hauteurs de Kabylie, il me semble que son cadavre a bien refroidi.

Ipi d’abord : Zilhou, c’est affectueux, et ce sont ses apôtres et non ses contempteurs qui l’appelaient ainsi, c’est une contraction de Zizi Lhoucine qui ne le diminue point. Vous vous dites "Da Lho" pour "Dada Lhoucine", nous on dit Zilhou, pour Zizi lhoucine.

Et apritou : Amirouche est un héro pour tous les algériens sauf s pour ceux de Melouza et les bleuïticidés !

Ce n’est pas sa tombe ou son mausolée que j’ai profané, ya din qessam ! Je n’ai pas tiré sur son corbillard kamim ! Vous, ses apôtres, vous voulez le sanctifier : grand bien vous fasse ! Mais il s’agit d’un homme politique, il n’a pas que des amis, ya boureb ! Vous vous poussez le culot jusqu’à imposer à ses adversaires de se renier et à ceux qui, ipitite, par décence se son tus, de l’encenser, et de participer à sa nécrologie.

Ih, koumaça, vous sortez les cadavres de vos idoles pour nous les faire renifler en pleine putréfaction même si, nous, ils nous ont outrés de leur vivant, nous nous devrions subir cela sans rendre les coups, même si cela nous donne la nausée ?

Et je le dis, thoura mi thoughal ar les sentiments. Je rengaine ma mikhrayeuse, et je compatis, je compatis, je compatis. Pardonnez-mwa de vous avoir offensés.

Mais comme je sais que la devise des kabichou est « ulac smah ulac », et que c’est déjà terrifiant d’avoir à faire aux Saints du bon Dieu qui me maudiront d’outre-tombe, je n’ai pas envie de subir les coups d’un boomerang perdu ni les ricochets de balles qui ne m’étaient pas destinées, de la part de leurs bigots fanatiques. Pas plus que je ne profiterai de l’occasion pour resquiller dans le commando qui lui ne se gène pas pour tirer sur les cadavres des autres politiques, sous prétexte que ceux là ont refroidi.

Ce n’est pas mwa, qui ai invité Zilhou, ih Zilhou, Zilhou, Zilhou, au débat, ou qui ai cru pouvoir me mettre sedew la3nayess pour attaquer Benchicou: que du reste je n’ai jamais épargné à chaque fois que l’occasion me fut donnée.

Ce n’est pas mwa non plus qui me mets sedaw la3naya posthume de Zilhou pour reprocher à Benchicou sa nécrolâtrie chadliesque soudaine et récidivante. "3alaka haram 3alana hallal", disaient nos bons marabouts !

N’ayant jamais fait partie des zapôtres ou des bigots de Zilhou, je ne peux pas contribuer aujourd’hui à son hagiographie. Et si je devais reprocher à Benchicou, son silence à propos de Zilhou, c’est pour des raisons tout à fait opposées aux vôtres.

Vous ne pouvez pas vous servir de Zilhou pour snipper à votre guise et nous interdire de rendre des coups. Ow !

Kanta asfounzer : nekini khdigh idebza udmagh ! Si j’étais aussi courageux que vous, je ne me cacherai pas sous un faux pseudo. Je vous ai connu en swaçate trwa, enfin vos fidaïs, de l’époque et j’en suis encore trop matisé!

Vous n’alliez kamim pas frapper un lâche ?

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