Bouteflika ou l’Algérie immobile

Abdelaziz Bouteflika
Abdelaziz Bouteflika

L’Algérie est un cœur d’un jeune de vingt ans dans un corps d’un vieillard. Ses formidables forces se retrouvent paralysées dans la camisole d’un pouvoir hors d’âge.

Il y a quelque chose d’indécent dans le fonctionnement qu’imprime le premier de nos responsables à notre pays. Sa liberté à prendre son temps alors que l’Algérie n’a pas le temps. Bouteflika se veut moul Essaa. Jaloux de ses moindres prérogatives, il se veut le seul maître à décider de la marche. Mais de mouvement il n’y a point. Tout semble pétrifié. Les deux pieds dans la même chaussure, Abdelaziz Bouteflika procrastine ; il préfère écouter l’herbe pousser au lieu de donner un coup sur l’accélérateur. Ce fait du prince comme bien d’autres qui caractérisent le président paralyse dangereusement le pays.

Ce ramadan, comme tous les précédents depuis une décennie, l’agence officielle de presse nous apprend que le président va reconduire ses auditions. Autrement dit, il va travailler. On veut bien le croire, mais le plat est trop froid pour être réchauffé. Comme chaque année, rien n’en sortira de ces rencontres dont certaines disent qu’elles n’ont pas lieu. A preuve : aucune image officielle, ni minutes des échanges.

Hors l’élection législative, depuis des mois, la paralysie a gagné tous les étages de l’Etat. Aucune décision majeure à même de remettre le moteur en marche. Le pays tourne dans le vide. Le summum de l’anomie a été touché par la nouvelle assemblée. Comment donc expliquer que des parlementaires, à peine élus, soient partis en vacances ? Ces députés ne sont-ils pas censés préparer la révision de la prochaine Loi fondamentale ? A croire que non ! La vacance de cette assemblée, par ailleurs sans pouvoir réel comme tout Algérien le sait, renseigne encore une fois sur l’improvisation, le manque de visibilité politique qui règnent en haut lieu.

Nuit et brouillard

Judicieusement, Ali Kerboua, qui se refuse de voir le parti auquel il appartient participe à la pérennisation du régime, observe : "Le pouvoir algérien se caractérise justement par cette capacité à restructurer l’ensemble de ses forces contre toute volonté de changement et d’aspiration démocratique. Durant toute la précampagne électorale nous avons assisté à une répression au quotidien et à des atteintes au droit de manifester pacifiquement. La restructuration autoritaire était en marche contre son propre peuple de peur de subir le sort des dictatures égyptienne et tunisienne." (1) 

L’autre bizarrerie est le gouvernement d’Ouyahia. Quel crédit, en effet, lui accorder quand on sait qu’il est amputé d’une partie de ses ministres ? A dire vrai, ce n’est pas la première fois que le locataire d’El Mouradia est sans gouvernement et maintient les étages de l’Etat dans le coma. On se rappelle de son premier mandat où il était resté plusieurs mois sans gouvernement.

La gestion répressive voire manipulatoire de la fronde des gardes communaux (2) est le meilleur exemple de cette obstination du régime à se passer du dialogue pour lui préférer la force. Pourquoi se le cacher, cette propension à l’usage de la matraque est le propre des pouvoirs autoritaires.

La lente sortie de scène ne semble pas avoir encore été écrite. En l’espèce, tout semble suspendu à la présidentielle de 2014. Et à la réécriture de cette Constitution versus Bouteflika. Ce dernier justement ira-t-il jusqu'à se dédire en limitant les mandats présidentiels à deux ? Se représentera-t-il dans deux ans au risque, eu égard à sa santé, d'un coup d'Etat médical ? Bien malin qui pourra répondre.

Dans l’état actuel des choses, l’Algérie est bel et bien suspendue au destin d’un seul homme. En attendant de voir ce que Bouteflika et ses soutiens nous réservent dans leurs petits papiers pour 2014. Mais, à notre grand désespoir, on risque encore une fois de voir l’échec recommencer.

Yacine K.

(1) Lire aussi en ci-contre l’entretien qu’il a accordé au Matindz (Ali Kerboua (FFS) : "La direction se laisse dicter la conduite dans le cadre d'un deal").

(2) Il y a dix ans, la répression du printemps noir en Kabylie a fait 126 morts parmi les jeunes Kabyles.

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Commentaires (5) | Réagir ?

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karim Aït Aïssa

La confiscation de l’indépendance du Peuple algérien avait pour but la dépossession de son libre arbitre –aliénation- afin de faire mainmise sur ses richesses.

Objectif amplement et indiscutablement atteint.

Une bonne partie de la population en Algérie est dans l’incapacité à poser les vraies questions qui touche à la gouvernance de leur vie tout court.

Beaucoup d’Algériennes et d’Algériens ne se sentent tout simplement pas concernés par les affaires de leur pays. Etrangers à eux-mêmes, ils naissent et meurent sans exister. C’est une réalité.

Il n’y a que les intellectuels qui peuvent faire preuve de clairvoyance et d’objectivité, donc c’est à cette frange de privilégiés par la vie que revient cette redoutable responsabilité de trouver les solutions pour tous les autres afin de mettre un terme à bien des souffrances à tous ceux qui vivent, chez eux pourtant, mais à contrecœur.

Or, certains intellectuels, par un tropisme bien de chez nous –je ne parle pas de la mauvaise foi-, pense que le problème actuel en Algérie n’est pas dans le sommet de la hiérarchie du pouvoir politique –Présidence- mais dans l’Armée –caserne- … (?/!) …, alors que cette dernière est constitutionnellement sous les ordres de la première.

Si certains pensent que ce n’est pas le cas dans la réalité, ce n’est pas que les militaires algérien sont des dictateurs, c’est tout simplement parce que nous n’avons pas de Président à la Présidence.

La Révolution Algérienne se déclenchera lorsque les intellectuels victime de l’injustice et sans intention politique préalable, prendront conscience de leur véritable rôle en ces moments historiques, et du sens réel de leur existence qui sera conservée dans la mémoire des générations à venir. ck

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laid baiid

En effet l'enjeu c'est 2014!!! (si Boutef reste en vie jusque là, vue sa maladie).

Il est suicidaire pour tous ces pachydermes de partir simplement... Sans assurer leur arrières. Ils sont maintenant tous connus.

La Majorité d'entre eux a déjà préparé l'exil. Avec toutes les fortunes qu'ils ont dans le comptes Suisses et toutes les résidence achetées en Espagne... Que Dieu nous préserve, chez nous ce sera pire que la Syrie avec tous les vendus au pouvoir!!!

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