MDS : "Le véritable changement toujours contrarié !"

MDS : "Le véritable changement toujours contrarié !"

Le Mouvement démocratique et social (MDS) analyse dans ce communiqué le dernier changement de gouvernement et la situation socio-politique du pays.

L’Algérie et son peuple vivent une descente aux enfers qui mine les forces du changement et entraîne une régression du rapport de forces politique interne et externe. La saignée sur le front social découle des luttes d’appareils qui enferment le pays dans un mouvement de balancier. Malgré leurs déboires ponctuels les partis/Etat en restent les bénéficiaires, afin d’assurer la légitimation d’un système despotique dont Abdelaziz Bouteflika est le garant. Et dans un tel contexte, il est légitime de s’interroger sur la signification du changement de gouvernement. S’agit-il de prolonger l’intérim et finalement de perdurer dans l’immobilisme ? S’agit-il d’assurer une transition en s’appuyant sur un gouvernement d’"ouverture" qui préparerait d’autres changements ? S’agit-il de réaménager l’alliance avec l’islamisme ? Pourtant la conjoncture aussi bien nationale qu’à nos frontières, après l’annonce horrible de l’assassinat d’un de nos diplomates par un groupe terroriste, appelle à la mobilisation immédiate et à la vigilance. L’emploi de la force publique contre le secteur informel prétendait déjà donner à la société des raisons d’espérer une réhabilitation de l’image de l’Etat. Mais on peut craindre que son action ne soit que de la poudre aux yeux visant le dernier maillon de la chaîne de l’économie informelle, sans ouvrir de perspectives pour l’économie productive. Alors que la rentrée sociale s’annonce explosive, il n’est pas exclu qu’en récupérant la rue abandonnée aux baltaguia, le pouvoir ne cherche qu’à en avoir la maîtrise politique directe. Et c’est toujours avec le même espoir de contrôle et/ou de diversion que le pouvoir a annoncé le prochain scrutin local.

Notre pays va clôturer l’année avec des réserves de 205 milliards de dollars, mais cette aisance financière n’a aucun impact sur la dégradation continue des conditions de vie de très larges pans de la société. Le pouvoir parle de patriotisme économique alors qu’il refuse de mettre résolument en œuvre une politique d’investissement productif créateur d’emplois. Et les dernières déclarations de Sellal concernant la défense du pavillon national ne sont pas une garantie d’un changement d’orientation. Les investisseurs étrangers ne viendront pas remédier à l’absence de l’Etat. En plus des entraves dont le système est responsable, le marché demeure étroit à cause de revenus trop faibles. En effet, les augmentations de salaires et de pensions, rattrapées par l’inflation, n’arrivent même pas à freiner la détérioration du pouvoir d’achat. Pas plus que le système de dé-domiciliation de la carte chifa ne peut masquer la régression réelle de la sécurité sociale, les menaces sur les retraites et l’augmentation du nombre de demandeurs d’aide sociale et de solidarité. Le pouvoir, incapable d’empêcher la flambée des prix, annonce pourtant l’austérité pour la nouvelle loi de finances. Tandis que l’imprévision et la casse délibérée des entreprises nationales pénalisent déjà les citoyens et le système productif, les déséquilibres régionaux et sectoriels croissants, les retards d’investissement dans les secteurs de l’énergie, de l’eau et du transport, le logement livré aux spéculateurs, les problèmes de santé et le manque d’équipements socio-éducatifs et culturels constituent désormais des exigences incontournables.

De son côté, la société n’attend pas grand-chose d’un changement de gouvernement. Elle veut un changement global à la hauteur de la gravité de la crise et des exigences historiques, en mesure d’ouvrir des perspectives pour le pays. La situation exige un véritable front affranchi des luttes de succession, frappées d’opacité et qui déroutent l’opinion. Consciente des risques de dérive politique, la société refuse de s’inscrire dans des actions aventureuses déstabilisatrices, mais elle exercera de plus en plus de pression à travers le mouvement social qui exprime sa revendication de rupture pacifique et démocratique avec le système. Elle le fait dans l’indifférence et parfois l’hostilité d’une classe politique, y compris dans son segment «démocratique», plus préoccupée par son propre avenir que par l’avenir du pays et du peuple. Le MDS salue donc les citoyens qui poursuivent leurs luttes multiformes et les assure de sa solidarité. Il appelle les militants démocrates à être au cœur de ces luttes. Il considère que l’ampleur de la contestation, le niveau qualitatif des différentes organisations posent l’exigence d’une plus grande coordination. Pour le MDS, la voie de sortie de la crise passe par le changement radical du socle socio-économique et politico-institutionnel à la base du système. De graves menaces continueront de peser sur le pays si une solution démocratique et progressiste capable de réaliser un large consensus au sein de la société, ancrée dans notre expérience et tournée vers l’avenir n’est pas mise en œuvre rapidement.

Alger, le 5 septembre 2012

Le Secrétaire Général par intérim, Ali Hocine

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