Festival de Cannes : un prix pour le réalisateur Nabil Ayouch

Le réalisateur marocain, Nabil Ayouche.
Le réalisateur marocain, Nabil Ayouche.

Le Palmarès de la section Un Certain Regard, qui a proposé 20 films venus de 17 pays différents, vient d’être rendu public. Le Marocain Nabil Ayouch repart avec le Prix François Chalais, et Bernard Henri Levy récolte les honneurs après la présentation son film sur la révolution libyenne, plus promotionnel qu’historique, "Le Serment de Tobrouk".

Présidé par Tim Roth (acteur, réalisateur), le Jury, où a siégé l’Algérienne  Leïla Bekhti, a attribué le Prix Un Certain Regard à Despues de Lucia du Mexicain Michel Franco??et le Prix spécial du Jury au film Le Grand soir des Français Benoît Delépine et Gustave Kervern. La mention spéciale du Jury est revenu à? Djeca (Enfants de Sarajevo) de la Bosniaque Aida Begic.       

Le cinéaste marocain Nabil Ayouch s’est vu décerner le prix François Chalais pour son film Les Chevaux de Dieu. Il succède ainsi à Youssef Chahine pour le film L’Autre (1999), à Rachid Bouchareb (2006) pour Indigènes et à Nadine Labaki pour Et maintenant, on va où ? (2011).

Le Prix attribué en marge du festival a été créé en 1997, en hommage au grand reporter et critique de cinéma français, récompense un film qui "traduit au mieux la réalité de notre monde". S’agissant du film Les Chevaux de Dieu, inspiré librement des attentats de 2003 qui ont ensanglanté Casablanca, raconte l’histoire de deux frères qui, évoluant dans la pauvreté d’un bidonville casablancais et la misère psychologique, deviennent à la faveur de la propagande islamiste, des bombes humaines.

On y repère deux grandes parties dans le film. D’une part, une partie qui raconte l’enfance des deux frères à travers des scènes aussi fluides que fortes, des images authentiques et des situations émouvantes, sans misérabilisme aucun. D’autre part, la deuxième partie qui est consacré au travaille de propagande et d’embrigadement des islamistes. Elle est plutôt ennuyeuse. La traitement très pédagogique, à travers lequel le réalisateur s’est efforcé à expliquer toutes les étapes, sans omettre aucun détail, de la stratégie d’embrigadement des islamistes, a ôté au film toute finesse, voire même qu’il l’a rendu quelque peu lourd. Plusieurs cinéastes se sont essayés à cet exercice périlleux, et ce avec plus de succès. Entre autres, figurent l’Egyptien Youssef Chahine avec le Destin (1997) et le Palestinien Hani Abou Assad avec Paradise Now (2005).

Dans un autre registre, l’écrivain Bernard-Henri Lévy et Marc Roussel, ayant joué un rôle déterminant dans la récente révolution libyenne, ont présenté, en séance spéciale sur la Croisette le 25 mai, Le Serment de Tobrouk. Des représentants de la Libye libre et des opposants syriens venus engoulés avec le nouveau drapeau de la Syrie étaient présents. Ce film qui retrace les actions du philosophe en faveur de la Libye a été reçu avec de timides applaudissements de la salle.

Dans ce film, on retrouve BHL comme acteur, réalisateur, narrateur. Cela a diminué l’épaisseur du film. Un regard extérieur, plus distancié et plus critique aurait donné plus de crédit à cette œuvre atypique. Certes, la valeur historique des images montrées n’est pas à démontrer, mais le montage et les commentaires, lu avec une diction monotone, se veulent très orientés et très centrés sur la personne de BHL qui se compare tantôt à Sartre, tantôt à Malraux. Cela donne un film plus promotionnel et narcissique qu’historique.

Concernant le choix de Cannes de montrer ce film, il répond à une volonté de faire écho de la brulante actualité du monde. Cela lui procure certainement plus de visibilité. Pour rappel, BHL est venu en 1994 pour présentateur Bosna !, qui raconte la guerre en Bosnie, et l'an passé les révolutions égyptienne et tunisienne ont été honorées à travers des projections spéciales.

Cannes, Tahar Houchi

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