Le français, une langue algérienne ?

Le français, une langue algérienne ?

Colloque Marianne-El Khabar sur "la guerre d'Algérie", à Marseille. Dernier acte. Cette fois, il s'agissait de parler de francophonie.

Le débat devait réunir Jack Lang et Boualem Sansal, qui s'impose de plus en plus comme un écrivain de langue française majeur. L'ancien ministre de la Culture de François Mitterrand a, comme son ami Hollande, fait faux bon. Il a été brillamment suppléé par le cinéaste Lakhdar Hamina qui souligne d'emblée la nature hautement politique de l'enjeu francophonie. Dès, l'indépendance a-t-il rappelé, Ben Bella qui déclarait "nous sommes Arabes, nous sommes Arabes, nous sommes Arabes", mettait, de fait, les locuteurs francophones et berbérophones hors la loi !

Il est vrai que dans ce pays pillé et humilié durant la colonisation, on s'est attelé dés 1962 à dilapider ce que Kateb Yacine appelait, dans un éclair de lucidité, un butin de guerre, la langue française en l'occurrence. Même s'ils reconnaissent à l'Algérien quelque légitimité à vouloir recouvrer son identité après 132 ans d'entreprise de dépersonnalisation intensive, les deux intervenants dénoncent vigoureusement les méthodes utilisées, entre autres "l'idéologisation" à outrance et forcenée de l'arabisation ou l'importation massive d'enseignants non qualifiés des pays du Moyen-Orient. Ces hordes de douktours ont, en fait, débarqué avec, dans leurs besaces, à défaut de savoir, les germes de l'islamisme et de l'obscurantisme. Ces bouchers ou cordonniers égyptiens, irakiens ou palestiniens sont surtout venus profiter de la manne de la reconstruction et asseoir dans le cœur des Algériens la haine de l'Occident et de la langue française. Cette langue, qui comme le dit justement, Boualem Sansal, restera, en dépit des extravagances et de la malhonnêteté des politicards.

Cinquante ans après l'indépendance, on se retrouve dans un pays, a-t-on coutume de dire, peuplé d'analphabètes trilingues ! On continue à s'échiner avec une incomparable névrose à éliminer tout ce qui peut rappeler la France, et en tout premier lieu sa langue, ce formidable outil de travail si bien maîtrisé et répandu en Algérie. Ceux qui s'aventurent à défendre cette langue, dont on continue, pourtant, à avoir bien besoin, sont systématiquement rangés au rang des nostalgiques de fafa. On aime à les traiter de hizb frança. La France dont on continue tout de même à consommer frénétiquement les produits manufacturés, le camembert et le Pastis !

Boualem Sansal déclare, sans complexe, que l'utilisation de la langue française ne lui pose pas problème : "J'en userai même si, un jour, on en venait à l'arabiser (le français)."

Tout, selon Hàmina et Sansal, ne baigne pas dans l'huile car malgré une présence non désirée et pourtant effective,de la langue française, en Algérie, elle reste, cependant, difficile d'accès. Ils en veulent pour preuve la cherté des livres la censure, la disparition des salles de cinéma, etc.

Boualem Sansal a un bon mot pour qualifier ces entraves au développement de la langue française : "Nous avons, incontestablement, cette langue mais nous n'avons plus la culture qui va avec. Pourtant, il nous aurait suffi d'un peu de bon sens pour admettre que seule cette langue française que nous possédons encore pour quelque temps, peut nous assurer l'accès à l'universel."

Le pouvoir, enfermé dans ses approximations idéologique cherche-t-il, seulement, à accéder à l'universel, lui qui donne l'impression de redoubler d'un morbide ingéniosité lorsqu'il s'agit de trouver de nouvelles ruses pouvant amener à l'enfermement des Algériens dans une autarcie assassine. Chacun sait qu'en matière d'isolement, nous n'avons rien à envier à la Corée du Nord!

La France n'est pas en reste en matière de dilapidation du crédit de sa langue. Les communicants que nous avons écoutés étriper les responsables qui sont en charge de la francophonie dans le monde. C'est une institution bureaucratique, accusent-ils, un fromage lancé à ses membres africains auxquels on demanderait presque de venir aux réunions avec des tam-tam!

Nécessairement, lorsqu'on parle du statut de la langue française en Algérie, on se trouve dans l'obligation d'évoquer cette école algérienne prise en otage par Benbouzid et ses sbires islamistes prétendus pédagogues qui rejettent catégoriquement toute velléité de réforme qui risquerait de révéler leur incapacité à dispenser un enseignement moderne, de qualité et surtout dénué de contenu religieux et surtout ouvert sur le monde...

Un mot a été lancé de la tribune à la face du public : "L'arabisation, en Algérie, rappelle par bien des aspects, un crime contre l'humanité !" Malgré les quelques huées qu'elle a soulevées, je ne suis pas loin de partager cette sentence. Le prochain chantier de l'Algérie reste, il ne faut plus qu'on se voile la face, celui de la refonte de son école. Il y a péril en la demeure. Cette fabrique à terroristes et à intégristes doit être détruite pour être reconstruite avec des Hommes plus sains et, surtout épris de justice, d'équité et de liberté.

Meziane Ourad

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Commentaires (12) | Réagir ?

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karim haddad

A canaque tlemont

Pourquoi relier directement l'andalous-maghrebin (dardja) a la langue arabe !!!

si vous etiez berberophone vous vous rendriez compte que tous les radicaux des vocables andalous-maghrebin sint...... berberes!

un petit rappel historique:

au 12eme siecle ben tourmet le marocain, fondateur a mellala de la dynastie almohade (al mouwahidines) faisait ses prêches dans la ville de bougie (bdjaya.. bgayet) en... kabyle.. c'est dire qu'on parlait encorer berbere dans la capitale hammadite... l'apparition accentuée de la dardja eut lieu au retour massif des judeo-andalous nchassés par ferdinand et isabelle les catholiques lors de la reconquista et surtout en 1492 (chute de grenade).. ces andalous (melange des anciens berberes de tarik ou zyad et de juifs sepharades, proteurs d'une civilastion raffinée, montraient leur citadinité (el heddhars) en introduisant la musique andalouse (que le grand el anka rabaissera par le chaabi "le populaire" car cette musique raffinée etait declamée uniquement pour le roi et les notables)... avec leurs habits de haute classe, ils se demarquerent du kabyle ou berbere par un parler, qui etait (comme a travers toute notre histoire avec le berbero-punique, le lybique, le berbero-latin avec les romains etc...) metissé car formé de radicaux berberers a terminaisons arabisées sans oublier le caractere consonnantique (l'arabe et le francais ont besoin de voyelles pour etre lus contrairement au berbere)).. ce fut l'analous adapté au maghreb... a titre d'exemple :

ta bokal tdevient el bokal a... ta djebban t... el djebann a... ta chemmaa t e (l) chem3 a... etc.... meme la mitidja a un radical amazigh .. il suffit d'enlever le suffixe "a" et ca donne mitij ou l'ensolleillée... ce tte langue metisse "l'andalous-maghrebin ou le maghrebo-andalous est une langue a part entiere, avec ses propres strucures et est née chez nous contrairement a l'arabe litteral que nous impose l'ideologiebiface de boumedienne et gamal abdennnacer..... tout est question de dialogue et l'algerien berbere maghrebophone se reconnaitra dans son identite reeelle et son histoire millenaire!!!!

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akli ath laarat

C'est au prétexte mesquin que le français, les francophones, les seules compétences techniques et administratives de l'Algérie, sont l "akavar n frança" (pas moins que ça) que le pays a été sabordé. C'est de cette façon que tous les crimes telle que l'arabisation, toutes les médiocrités sont passées pour des actes patriotiques, voire des lumières.

Les vachers qui nous gouvernent ont été "instruits" que pour détruire le pays pour le traire jusqu'à la moelle, il n'y a pas de façon plus efficace que de détruire son école. Et quelle meilleur façon de s'y prendre que de l'arabiser, d'y introduire en force l'"instruction" religieuse à la place de l'éducation civique, du raisonnement, d'effacer ses repères historiques et culturels. Logique que l'on se prenne à l'école en premier lieu, le virage révolutionnaire qu'a pris le mouvement national n'est-il pas le fait des des élites ayant fait l'école occidentale ? Messali, le "pionnier" pluys prédicateur qu'autre chose, n'est-il pas resté à la traine lorsque les jeunes occidentalisés sont entrés en jeux ? Les "uléma" n'ont-il pas attendu fin 1965 pour entrer dans la révolution - classe balcon - à partir des frontières ?

La grande question reste tout de même le fait que le pouvoir n'ait rien fait pour reconstruire l'école à partir de 1991. Connaissant parfaitement le rôle de l'école dans l'endoctrinement des enfants, il a laissé encore les choses pourrir. Le résultats est que, 20 ans après, les groupes terroristes et autres intégristes continuent à moissonner tous ces dépersonnalisés de l'école. Et ils continuent à nous bassiner avec leur "lutte contre le terrorisme"...

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