"Les Ratonnades d’octobre", un livre essentiel sur les massacres de Paris en 1961

La couverture du livre
La couverture du livre

Le demi-siècle de la fin de la guerre d'indépendance de notre pays suscite de nombreux ouvrages sur l'époque. L'un d'eux Les ratonnades d'octobre un meurtre collectif à Paris en 1961, revient sur cet événement qui ne dit pas son nom : le massacre d'Algériens.

Michel Levine, historien des droits de l’homme, revient 20 ans après cet épisode tragique qui a eu lieu en pleine guerre d’indépendance, que celui-ci appelle les ratonnades d’octobre. Il confie que quand il avait commencé à écrire ce livre sur le massacre d’émigrés algériens à Paris en octobre 1961, une chape de plomb pesait encore sur les archives de l’Etat. Elles étaient interdites, les rapports de l’administration non accessibles non plus et toutes les sources historiques inexistantes. C’est dire que cette page sombre de la lutte pour l’indépendance algérienne gênait énormément les autorités françaises. Pire, ce massacre parmi tant d’autres met toujours mal à l’aise nombre de politiques français.

Malgré les tortures, la brutalité inouie et la débauche de haine dont ont fait preuve les services de sécurité et surtout les dizaines de cadavres d’émigrés algériens que rejetait la Seine les jours suivant ce jour du 17 octobre, un grand silence a été organisé autour de ces massacres.

Avec ce livre de Michel Levine, on apprend un peu plus sur la répression menée la police sous les ordres du tristement célèbre Maurice Papon, préfet de police. Mais ne nous hâtons pas à faire porter le chapeau à Papon seul, car tous les étages des autorités de l’époque ont cautionné ce qui s’est passé. De près ou de loin. L’historien écrit que deux autres manifestations ont eu lieu en plus de celle du 17 octobre. Dont l’une a été organisée par les femmes algériennes le 20 octobre.

Dans Les ratonnades d’octobre, un meurtre collectif à Paris en 1961, Michel Levine a réuni nombre de témoignages de première main. Il y a notamment celui de ce journaliste de Libération qui a assisté à l'innommable. En enquêteur, l’auteur a interrogé, victimes, avocats et témoin de cet événement. Il a colligé les témoignages d’hommes arrêtés, torturés et séquestrés. D’autres n’ont pas cette "chance", à l’image de cet adolescent de 13 ans qui venait d’arriver d’Algérie, fauché par une rafale de mitraillette. Son tord : il jouait au ballon sur le trottoir de la rue Heinrich. Les témoins parlent de l’horreur vécue au cœur de Paris. Mais que pouvaient dire alors ceux qui luttaient au cœur d’Algérie, dans les montagnes reculées, au Sahara, sans témoin ? Si la police française a été capable de tels meurtres à grande échelle, il est manifeste que l’armée a fait pire en Algérie. Outre les témoignages, l’auteur a plongé aussi dans la presse de l’époque. Celle de gauche notamment qui évoquait les brutalités commises ces jours-là.

Un travail d’investigation assez poussé est fait pour reconstituer ce qui s’est produit en ces jours d’octobre 1961. Des passages d'articles de la presse renseignent sur l'étendue de l'ignorance de certains journalistes. Selon Le Monde (19 octobre) écrit Michel Levine, : "Le FLN ne manquera pas d'exploiter les sanglants incidents (remarquez qu'il parle d'incident, sic !) de Paris et les atroces ratonnades d'Oran. Pourtant, il en porte la responsabilité, puisque ici et là c'est le terrorisme musulman qui est à l'origine de ces drames" Voilà qui absous les crimes et les tortures commis par la police française. Pour Le Parisien Libéré, Le FLN aurait donné l'ordre aux manifestants de se faire délibérément appréhender par la police.

Un bémol tout de même, on remarquera que l’auteur parle de meurtre collectif non de massacre. Une question : à partir de combien de victimes faudra-t-il alors parler de massacre ?

Kassia G.-A.

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Commentaires (1) | Réagir ?

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ali Foughali

De quel Octobre vous parlez. Merci de faire le tome 2 de ce livre pour nous faire part des ratonnades d'octobre 88 à la seule différence c'est par des policiers du regime fasciste d'Alger. En fait il n'y a pas de différence entre Papon et les ministres de l'intérieur qui se sont succédé.