Réformateurs ou prédateurs ?

Avec la planche à billes d'Ouyahia, les hommes d'affaires continueront à pomper l'argent public.
Avec la planche à billes d'Ouyahia, les hommes d'affaires continueront à pomper l'argent public.

Le paradoxe de l'argent, écrit l'essayiste Pascal Bruckner, c'est que pour ne plus y penser, il faut en avoir beaucoup !

Il semble que nos responsables ont tendu la bonne oreille à la remarque combien subtile de ce dernier. Preuve en est que, depuis peu, ils ont trouvé l'astuce de "la planche à billets" pour renflouer les caisses vides du Trésor public et continuer tranquillement leur "politique de fuite en avant", au lieu d'essayer d'impulser de l'énergie à une machine de croissance grippée, ou de redynamiser une économie presque grabataire.

Ça y est, le problème financier de l'Algérie est, enfin, résolu au moyen d'une arithmétique magique inventée par l'architecte Ahmed Ouyahia après que Tebboune, devenu héros malgré lui auprès d'un peuple à la fois déçu et dégoûté des intrigues du pouvoir, aurait été sacrifié en bouc-émissaire par une nomenklatura en proie aux luttes claniques. Ainsi, soulagés, les chefs d'entreprises verront dans les prochains mois leurs chantiers payés dans les délais et le patronat en tirera, sans aucun doute, les plus gros bénéfices. Alors qu'en même temps, rien ne marchera dans le bon sens pour les bas-fonds de la société, hélas! Craignant une inflation à deux, voire à trois ou à quatre chiffres si l'on en croit les récentes déclarations d'Ahmed Benbitour, les masses sont à vrai dire prises d'angoisse à l'idée d'une faillite économique imminente du pays au moment où l'on sent que les investisseurs, locaux ou étrangers fussent-ils, hésitent déjà à se lancer dans cette aventure à risques qui s'appelle "Algérie".

Quel choix reste-t-il alors à l'Algérien de cette fin de 2017 ? Presque aucun, semble-t-il, à part celui d'être patient, trop patient même, devant des rentiers carnassiers d'un autre type.

C'est-à-dire une sorte d'"anthropophages" qui, après avoir dévoré la chair de la nation, s'apprêtent maintenant à sucer ses os. Le climat est extrêmement anxiogène dans cette bataille de survie périlleuse.

Un écosystème plein de prédateurs où ça pue le fric mais aussi et surtout la disette. Sacrifier l'économie nationale de telle manière n'est-il pas synonyme de perte de la clé de la décision ? Bien entendu, nos citoyens restent aujourd'hui prisonniers du jeu d'un "système" labyrinthique à la dérive à l'intérieur duquel chacun cherche son compte. Une Algérie percluse où la traîtrise s'arroge tous les droits de noblesse et devient même, ironie du sort, un fonds de commerce pour privilégiés.

Sinon comment peut-on expliquer que d'éminentes personnalités tiennent sans sourciller des propos méprisants envers leurs compatriotes au nom, prétendent-ils, de cet oukase de l'austérité ? Qui les y autorise-t-il ? Puis les nôtres devraient-ils se priver de manger des yaourts et des bananes pour contenter des prébendiers-rentiers qui les mettent en coupe réglée et pillent leurs richesses ? Devraient-ils consentir davantage d'efforts pour que cette situation de prédation systématique du bien de la collectivité perdure ? Où va-t-on comme ça, mon Dieu ?

Kamal Guerroua

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Commentaires (16) | Réagir ?

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lila laoubi

okkk

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fateh yagoubi

merci

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