L’économie algérienne commence ses soins palliatifs

Le gouvernement Bouteflika-Ouyahia.
Le gouvernement Bouteflika-Ouyahia.

Après la décision du gouvernement Bouteflika de recourir à la planche à billets, il est désormais impossible d’empêcher les Algériens de subir une importante diminution de leur niveau de vie.

Le mercredi 6 septembre, le gouvernement Ouyahia a décidé de faire modifier la loi sur la monnaie. Il se donnait le droit d’imprimer de l’argent sans prendre en compte les règles de la finance mondiale. Le mépris du gouvernement algérien pour les mécanismes de gestion d’un État moderne au 21e siècle le dirige tout droit dans les traces du Venezuela.

Il y a des raisons pour lesquelles il est strictement interdit de faire fonctionner la planche à billets dans la zone euro en vertu de l’article 123 du Traité de Lisbonne. Cette pratique amène souvent à une situation tragique. Dans le libre marché, la valeur totale des billets d’une devise en circulation dépend de la demande des utilisateurs. La demande est un besoin solvable. Quand la planche à billets commence à tourner pour couvrir des déficits, la valeur de l’argent se dilue d’autant. En expliquant simplement la situation, si Bouteflika double le nombre de devise en circulation, elles ne vaudront que la moitié de leur valeur en monnaie étrangère. Le gouvernement s’appropriera de ce fait la moitié de la valeur de tous les billets en circulation. Cette mesure créera de l’inflation, une dévaluation de sa monnaie au niveau international, une forte baisse du pouvoir d’achat et une importante fuite de capitaux.

Comme la valeur des actifs en dinar fondera à vu d’œil, toutes les personnes qui le peuvent achèteront des devises étrangères pour se protéger de l’inflation.

Ce cercle vicieux s’amplifiant avec le temps, bientôt, les petites coupures n’auront plus la valeur du papier sur lequel elles sont imprimées et serviront, comme en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, à tapisser les murs.

L’utilisation de la planche à billets n’est pas aussi létale pour tous les pays. Si plusieurs gouvernements tels ceux de l’Europe, du Japon et des États-Unis ont eu recours à cette technique pour se sortir d’une période de récession particulièrement difficile, ils s’en servaient en général pour dévaluer la valeur de leur monnaie et rendre leurs exportations plus compétitives afin de relancer leur économie. En ce qui concerne l’Algérie, comme 97 % de ses exportations sont en hydrocarbures et qu’ils son vendu en dollars américains sur le marché international, le pays n’augmentera pas son niveau de compétitivité. Bien au contraire, il le diminuera en rendant sa monnaie moins attractive.

Si investir pour créer de la richesse est le fondement de la croissance au niveau international, imprimer de l’argent pour financer le déficit budgétaire est le chemin de l’appauvrissement national assuré.

Quand Ahmed Ouyahia décidait de recourir au "financement interne non conventionnel", il faisait beaucoup plus que d’avouer la faillite de l'État. Le gouvernement Bouteflika commence donc actuellement à administrer les soins palliatifs à l’économie du pays. En ce sens, le message d'espoir et de sérénité politique du premier ministre est la parole apaisante d’un ami veillant un mourant. Il n’empêchera pas la mort économique de l’Algérie, mais la rendra plus douce. Malheureusement, l’économie mondiale étant ce qu’elle est, même cela ne durera pas. La loi de finances 2018 risque donc d’être particulièrement incisive pour la population et ce ne sera qu’un début.

Les seules choses qui peuvent sauver l’Algérie sont, soit une remontée rapide du coût du baril de pétrole, ce qui ne s’annonce pas actuellement ; soit un changement de régime pour un vrai gouvernement d’union nationale qui modifiera rapidement la politique monétaire.

Dans peu de temps, quand les mécanismes inflationnistes seront enclenchés, même cette option ultime ne pourra plus sauver le pays. Les citoyens subiront une importante perte de leur pouvoir d’achat et commenceront une descente aux enfers du type que subit actuellement le Venezuela avec une hyperinflation de 900 % en 2017. Les historiens vous diront qu’en général ces situations se terminent dans la guerre ou la révolution et une importante destruction des actifs publics. Est-ce vraiment ce que veulent les Algériens ?

Michel Gourd

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Commentaires (5) | Réagir ?

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algerie

merci

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adil ahmed

danke schoon

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