Limogeage de Tebboune : pourquoi ces analyses déroutantes ? (IV)

Eclatée et traversée par des ambitions individuelles, l'opposition a du mal à se fédérer pour se présenter unifiée contre le pouvoir.
Eclatée et traversée par des ambitions individuelles, l'opposition a du mal à se fédérer pour se présenter unifiée contre le pouvoir.

Il ne faut pas se voiler la face, la participation des différents partis à la gestion des collectivités locales et des préoccupations législatives n’a jamais assuré un partage du pouvoir et encore moins son équilibre établi. Non seulement ces élus s’accommodent du système mais lui donnent une crédibilité dans tout ce qu’il entreprend. A preuve ? Lors des législatives de mai dernier, à en croire le leader islamiste Menasra, celui-ci affirmait à la chaine Al Magharibia que c’est le pouvoir qui insiste pour que leurs ailes s’unissent. Et c’est ce qu’ils semblent faire pour satisfaire cette sollicitude.

4- L’opposition manque de crédibilité

Les citoyens ont remarqué que le dernier trimestre de l’année 2016 a été très chargé pour le président de la république qui a fait plusieurs sorties d’inauguration dont la dernière est celle de la nouvelle ville de Sidi Abdellah. Il s’exprimait peu mais par personne interposée et voilà qu’en dernier ressort, il accorde carrément une interview au Groupe Business Oxford dans laquelle, chiffres à l’appui, il fait l’éloge "économique" de ses trois quinquennats et demi avec une perspective rassurante pleine de défis dont notamment "l’allègement" de l’Algérie vis-à-vis de sa dépendance des hydrocarbures. Le plus surprenant est qu’aucun quotidien national privé n’a fait la moindre allusion à cet entretien à part les médias lourds de l’Etat et El Moudjahid, exception faite de certains journaux électroniques comme Al Huffington Maghreb ou Le Matindz. L’ont-ils considéré comme un non-événement eu égard au match qui opposait le lendemain l’Algérie à la Tunisie ou n’en ont-ils pas cru leurs oreilles ? Pourtant, cette forte médiatisation par spots répétitifs chaque demi-heure visait bien une offensive du système pour marquer sa présence et éloigner les résistants de la ligne de conduite qui forme l’ordre établi.

En se limitant aux problèmes économiques, les réponses du président de la république semblent viser la rigueur de la loi de finances pour l’année 2017 que l’opposition utilisait comme brandon pour mobiliser les citoyens. La situation économique y est présentée aux antipodes de ce que qualifie l’opposition actuellement : la leader du Parti des travailleurs parle de chaos voire même de la "somalisation" du pays, le parti Talaie El Houriyet, lui, invoque le marasme des institutions qui s’abaissent à la politique du donnant-donnant etc. Il ne s’agit plus de divergences dans la marche à suivre pour atteindre un même objectif mais d’un changement profond qui chamboulerait l’équilibre du régime dans son ensemble d’où les inquiétudes du système qui se prépare pour la riposte et il y parviendra sans aucune difficulté.. Pourquoi ?

4-1- L’opposition s’appuie sur de fausses hypothèses

Le prétexte de la fraude massif aux élections n’est plus mobilisateur. Dénoncer sans démontrer la fraude massive pour mobiliser un contre-pouvoir est devenu un générique qui ennuie les citoyens qui remarquent de leur yeux que le système en rassemblant les fonctionnaires, l’armée et les corps constitues auxquels il ajoute les sympathisants de son alliance totalise les ¾ du corps électoral. Pourquoi d’adonnerait-il à ce genre d’exercice ? Ceux qui développent une telle approche ignorent l’Algérie profonde car le système continue de jouir d’une base solide qui répond présente à chaque échéance électorale. C’est plutôt l’abstention qui a et pourrait poser problème. Or, celle-ci concerne les démocrates qui prônent et appellent au changement en désertant les urnes alors ! Tant pis pour eux.

| Lire aussi : Limogeage de Tebboune : pourquoi ces analyses déroutantes ?(III) ?

L’Europe, avec à sa tête la France, les Etats-Unis des démocrates s’accommodent des régimes comme le nôtre et font tout pour le maintenir et interviennent à chaque fois qu’ils tentent d’en dévier. Depuis l’élection de François Hollande, les responsables politique français ont rendu plus de visites en Algérie que dans leurs propres métropoles.

L’Algérie par sa dépendance aux produits alimentaires français (blé, lait etc.) fait travailler près d’un million d’agriculteurs. Elle s’ingère dans toute transaction avec d’autres pays de part sa position d’ex-puissance colonisatrice disposant de toutes les informations sur l’Algérie.

Aucun régime ne peut lui permettre de telles faveurs. Les Etats-Unis ont soutenu le quatrième mandat de Bouteflika en envoyant plusieurs émissaires dont son secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Donc continuer à compter sur les ONG occidentales pour déloger le régime en place est un leurre que les citoyens l’ont bien compris pour ne plus y adhérer

4-2- Les citoyens n’entravent pas les réformes audacieuses s’ils s’avèrent nécessaires

Les émeutes, les grognes ainsi que les mécontentements populaires ne sont pas contre la consolidation budgétaire qui a été imposée par les circonstances économiques particulières. Tout le monde sait maintenant que le choix qui s’offrait à l’exécutif reste limité à deux variantes : soit continuer à renvoyer la responsabilité sur ceux qui ont mené le pays là où il est actuellement. Auquel cas, on aboutirait à pédaler à vide, une opération qui se terminera par une violence souvent incontrôlable. Il en sera ainsi parce qu’on aura perdu beaucoup de temps sans avancer et on ne pourra plus contenir les conséquences néfastes qui en découleraient. Ou bien il faut aller vers des réformes audacieuses, quitte assumer ses effets secondaires.

L’opposition oublie que l’Algérien bien avant l’indépendance n’a jamais revendiqué quoi que ce soit pour son ventre. Tous les voisins l’ont fait, les Marocains, les Tunisiens mais jamais les Algériens. Ils se sont toujours débrouillés comme ils peuvent pour ne pas gêner la ligne de conduite pour ce problème précis. Bien au contraire, à l’indépendance, ce sont les citoyens qui, par leur solidarité et en dépit de leur pauvreté, ont alimenté la première caisse de l’Etat pour la gestion de la transition liée au départ massif des colons. Par contre et à travers tout le cycle des différentes conquêtes de l'Algérie, il a montré son ferme rejet de la hogra, de l’injustice sociale et surtout de l’iniquité dans le partage depuis la famille jusqu’à l’Etat.

Il se trouve justement que cette austérité est venue au moment où ces dysfonctionnements sociaux ont atteint leur limite insupportable.

Face donc à un contrepouvoir qui ne le comprend pas, le citoyen préfère le système qu’il connaît bien plutôt que de suivre des changements dont les tenants et les aboutissants lui sont inconnus.

| Lire la suite : Limogeage de Tebboune : pourquoi ces analyses déroutantes ? (Ve partie et fin)

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

Lire la 2e partie : Limogeage de Tebboune : pourquoi ces analyses déroutantes ? (II)

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Commentaires (12) | Réagir ?

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adil ahmed

bien

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gestion

merci

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