Marché de dupes et doubles jeux entre la France et l’Algérie

Marché de dupes et doubles jeux entre la France et l’Algérie

Avec une économie en lambeau en raison de l’incompétence de son gouvernement, Bouteflika semble rechercher actuellement son salut dans les bras de la nation dont son pays s’est libéré en 1962. Ces nouvelles relations risquent cependant d’être motivées des deux côtés par des dessins moins que respectables.

Le président Abdelaziz Bouteflika a adressé, en début mai, un message de félicitations à Emmanuel Macron, lors de son élection à la tête de la France. Les politesses que se font depuis ce temps les deux dirigeants signalent le retour des beaux jours dans les relations entre la France et l’Algérie. Il est donc important d’analyser les menaces et les opportunités de cette situation pour les Algériens qui ont payé le prix fort pour se libérer de la colonisation. Rappelons que le tiers de la population algérienne a disparu dans les 20 années qui ont suivi 1830. Pour soumettre ce peuple, les soldats français ont brulé des récoltes, créé des famines, détruit des villages et perpétré de nombreux massacres. On peut donc supposer qu’avec un tel historique, si Bouteflika appelle la France à son secours, c’est que la situation économique de l’Algérie est actuellement très fragile et pourrait l’être encore plus les prochaines années. Les investisseurs français seront d’ailleurs confrontés à l'insécurité juridique, à la corruption et au marché parallèle de devises. Si officiellement un euro s'échange contre 120 dinars, son cours sur le marché noir est de plus de 190 dinars.

Un gouvernement algérien au pied du mur

Après avoir longtemps tourné le dos à la France, l'Algérie fait donc actuellement des ronds de jambe pour aller y chercher les compétences qui lui manquent cruellement. Si Bouteflika le fait, c’est qu’il n’arrive pas à se sortir de l’impasse économique où ses quatre mandats ont mis l’Algérie. Le FMI est clair à ce sujet et estime qu'il y est maintenant nécessaire d'opérer des réformes structurelles de grande envergure pour diversifier l'économie. C’est une chose dont le gouvernement algérien s’est montré incapable par le passé. Le danger est imminent puisque le FMI voudrait que l’Algérie vende des actifs publics, s’endette et rende plus flexible son taux de change.

Le gouvernement Bouteflika a aussi besoin des lumières des Français pour aider le tourisme qui était jusqu'au début des années 90, un secteur qui comptait beaucoup dans l'économie nationale. Il n’est cependant plus que l’ombre de lui-même depuis la décennie noire.

Ces gens si compétents auxquels Alger veut avoir accès sont souvent des Algériens de naissance. Il y a plus de 5 millions d’Algériens en France incluant environ 400 000 chefs d'entreprise et hauts cadres. Une bonne partie de ceux-ci sont des intellectuels qui ont quitté leur pays natal quand les islamistes se sont mis à égorger la population éduquée pendant la décennie noire. Ils se sont joints aux Algériens qui ont immigré en France dès le 20e siècle. Ces expatriés peuvent amener des transferts technologiques importants pour les entreprises algériennes.

Ce que peut apporter la France

Il y aurait de bons exemples pour l’Algérie à aller chercher en France. L’élection de Macron en est une. Elle est la preuve que la version française de la démocratie permet des changements significatifs de direction à la tête de l’État sans violence ni effusion de sang. Le besoin est grand puisqu’il n’y a pas actuellement en Algérie de manière de contester le règne du président Abdelaziz Bouteflika sans devenir hors-la-loi. C’est le système qui a lui-même créé cette situation en coupant tous les processus démocratiques qui auraient pu le mettre en danger.

La signature entre l'Algérie et la France de la nouvelle convention d'entraide judiciaire en matière pénale marque déjà une véritable avancée dans la coopération juridique entre les deux pays. Les compétences françaises en Algérie sont actuellement surtout remarquées dans les secteurs agroalimentaires, des finances, pharmaceutiques et des services. L’Algérie peut aussi aller y chercher des compétences de pointes en l'aéronautique et agroalimentaire, ce qui est un grand besoin actuellement. De plus, avec plus de 16 millions de locuteurs, l'Algérie est le deuxième pays francophone dans le monde.

Les femmes algériennes ont particulièrement soif pour un projet national progressiste qui réparera ce qu’a détruit la décennie noire. Ces Algériennes qui sont des citoyennes de seconde zone pour les islamistes se montrent actuellement plus compétentes qu’eux. Elles représentaient 65,3 % des reçus au Bac dans la dernière cohorte. Plusieurs d’entre elles sont les membres les plus intelligents de l’actuel gouvernement. La révolte des bikinis montre que leurs collectifs sont prêts à défendre leurs droits dans l'espace public.

Le double jeu de Bouteflika

Président depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika a transformé en quatre mandats le régime républicain algérien en imitation de démocratie. La Constitution actuelle lui donne la main haute sur la gestion des affaires du pays en tant que chef de l’exécutif et des forces armées. Il a le pouvoir de nommer son premier ministre et les membres du gouvernement.

Contrairement à ce qu’il affirme, le gouvernement algérien ne veut pas diversifier son économie. Le clan au pouvoir a mis sur pied un processus blindé pour extraire sa richesse de l’exportation du pétrole et n’a ni les moyens, ni l’intelligence pour reproduire ce modèle dans d’autres industries émergentes. Année après année, la balance commerciale du pays montre que le gouvernement algérien attend tout simplement que le prix du baril de pétrole reparte en hausse. Le récent rapport des sénateurs français a d’ailleurs relevé ce fait.

Abdelaziz Bouteflika a transformé en coquilles vides la Cour des comptes, le Conseil d'État, le Conseil constitutionnel, le CNES et les deux Chambres. Il n'y a plus de contre-pouvoir en Algérie et les partis d’opposition ont été laminés. Le clan Bouteflika tente de protéger ses méthodes inhumaines de gestion en affirmant qu’il n'interfère jamais dans les affaires internes des autres pays et demande que cela soit fait en retour pour lui.

Le clan au pouvoir va donc continuer à couper les vivres au peuple pour pouvoir conserver sa marge bénéficiaire tant que le prix du baril de pétrole n’aura pas rejoint ceux de 2013. Aucun autre processus de sortie de crise n’est actuellement prévu. Tous ses beaux discours ne sont que des paroles en l’air pour donner bonne conscience aux dirigeants des pays qui font affaire avec lui.

Les motivations de la France

Quand Emmanuel Macron se déclare grand ami de l'Algérie et salue l’engagement décisif de Bouteflika dans le développement d’un partenariat d'exception, il reprend le rôle de colonisateur de son pays. Renforcer les relations algéro-françaises est l’occasion pour lui de vendre plus de produits français et faire la promotion de ses intérêts stratégiques. S’ils veulent croître à court terme, les entrepreneurs français ne peuvent se passer du marché algérien dont ils se rapprochent de plus en plus. Or, les mesures de régulation des importations adoptée en Algérie affectent directement l'économie française.

Le président français doit d’ailleurs redresser le cap dans cette situation. Si historiquement, la France a toujours été le premier pays fournisseur de l’Algérie, elle vient de passer en deuxième position derrière la Chine. Les entreprises françaises maintiennent cependant leur statut de premiers investisseurs étrangers.

La France s'oppose donc aux licences et aux quotas d'importation. Ses industriels insistent sur l’amélioration du climat des affaires et la mise en œuvre de réformes structurelles. Les sénateurs européens viennent d’ailleurs de décrire le système politique algérien comme étant minés par la corruption et les disparités sociales. Il les préoccupe au niveau de la démocratie et de l'État de droit. Ces sénateurs dénoncent les limitations aux droits de manifestation et de rassemblement, les entraves à la liberté de culte et la criminalisation de l'homosexualité.

Dans cette relation, l’avantage va à la France qui peut en plus s’appuyer sur l’Union européenne pour la soutenir en cas de problèmes. Les Français veulent aussi accroître les possibilités de partenariat et d'investissement conjoints en levant certaines contraintes et améliorant le climat des affaires. Le peuple algérien ne peut même pas s’appuyer sur son propre gouvernement pour le défendre.

Conclusion

Ce n’est pas tant ce que fait Emmanuel Macron que ce qui l’a fait président qui peut aider l’Algérie. Malheureusement, bien que se disant démocrate il semble actuellement vouloir s’aligner derrière le gouvernement Bouteflika malgré ses nombreux manquements aux droits de l’Homme, la corruption, le népotisme et son incompétence générale à gérer le pays. La preuve en est que Macron a laissé au gouvernement algérien le choix de la date de sa visite officielle, ce qui est hautement irrégulier. Le président français accepte donc de jouer dans le film du clan Bouteflika. On le verra serrer la main de l’homme en fauteuil roulant qui a mal vécu son AVC en 2013 et qui n’aurait jamais dû avoir ce quatrième mandat. Le gouvernement algérien veut pour sa part que plus d’entreprises françaises viennent investir en Algérie, acceptent la règle du 51/49 et donc graissent la patte des amis du clan Bouteflika.

L’Algérie est fortement désavantagée dans cette relation. La grenouille algérienne veut se faire plus grosse que le bœuf français. Le gouvernement algérien sait pourtant que la France joue un important rôle géopolitique au niveau mondial. La France est le seul pays au monde à exercer sa souveraineté sur des territoires répartis dans deux continents bordés par trois océans. Elle est aussi dans le groupe des 10 plus grandes puissances économiques au monde. Son réseau d'ambassades est le plus grand de la planète, mis à part celui de la dernière superpuissance mondiale. L’État sur la voie de la faillite va se mesurer à la deuxième puissance économique européenne derrière l'Allemagne. Dans l'état actuel de son économie mono-industrielle et peu diversifiée, l’Algérie ne pourra pas tirer profit d’outil de collaboration tel l'accord de libre-échange avec l'Union européenne ou des ententes bilatérales avec la France.

Comme le volume des exportations de l’Algérie vers l’Europe qui n’est pas des hydrocarbures est de moins d’un pour cent, l’entente future ne fonctionnera que pour les Français. Puisque ce type d’accord permet d’exonérer de douane les produits européens, le Trésor public algérien pourrait perdre plus d’un milliard d’euros par année. Macron propose donc un marché de dupes à un gouvernement corrompu qui pourrait l’accepter pour s’enrichir. Comme c’est l’habitude, les perdants seront les classes pauvres et moyennes de la population algérienne.

Michel Gourd

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Commentaires (12) | Réagir ?

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fac droitsp

merci pour cet article

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gtu gtu

Thanks a lot for this article. I interested with this

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