Monsieur Sellal: ressuscitez nos morts, on vous cédera nos printemps !

Monsieur Sellal: ressuscitez nos morts, on vous cédera nos printemps !

En déplacement à la ville d’Oran, le Premier ministre Abdelmalek Sellal s’est adonné à un véritable réquisitoire en faveur de la célébration du printemps berbère ! Pour le chef du gouvernement, d’un président qui est en cause dans la mort de plus de 126 personnes et de 5 000 blessés, c’est résolument osé.

C’est un peu le loup, qui pleure les brebis manquantes, dont il a la veille festoyé.

Sans tomber dans la fable, le chef du gouvernement a clamé haut et fort, que l'anniversaire du printemps berbère, célébré le 20 avril de chaque année était "une date phare de l'Histoire de la lutte de l'Algérie pour la consécration de son identité". Sellal a notamment rappelé, dans un arabe littéraire approximatif, que "nous étions tous amazighs et que la diversité culturelle était une véritable richesse pour le pays".

Dans son allocution devant la nomenklatura oranaise, Abdelmalek Sellal a laissé paraître, l’espace d’une déclaration, le fond sournois de sa pensée. Il a notamment, menacé les séparatistes de tous bords, en affirmant le choix de l’unité du pays quel qu’en soit le prix. "Que nous soyons Chaouis, Kabyles, de Béni Snous, de Kel Ahaggar, de Zénata, de Béni Mizab ou d'autres régions, nous sommes tous Amazighs et déterminés à protéger cette richesse et à préserver l'unité de notre pays quel qu'en soit le prix", jurait-il le poing levé. De quel prix, le Premier ministre parlait ? Les prisonniers du M’zab pourront nous renseigner, si un jour, ils recouvraient la liberté !

Qui est responsable des printemps berbères ?

Des morts, des blessés, des violés… et des prisonniers. D’hier et d’aujourd’hui. De Kabylie, des Aurès ou du M’zab. Avant les printemps, il y eut les hivers. Noirs. Répressifs. Sanglants. Que Sellal vienne pousser la chansonnette du vivre ensemble, du pardon chrétien et de l’amour entre frères, dans la totale improvisation et le déni, est juste une insulte à la mémoire de tous ceux qui ont, des années durant, combattu pour que soit reconnue, l’identité berbère dans sa dimension nationale.

Improvisation qui de plus est, surjouée dans un contexte électoral morne, qui sent de loin l’odeur d'une abstention record. Déni, lorsque le Premier ministre, dans la continuité d’un système répressif, qui ne s’est pas encore essuyé les mains de tant d’infamies infligées à ses citoyens, écrase dans le sang, les récentes revendications mozabites.

Combien de Guemah Massinissa, combien de Fekhar vous faut-il, pour comprendre que l’identité amazighe est d’abord une histoire de morts ?

Un jeune manifestant kabyle, durant le printemps noir de 1992, disait, face caméra, que "nous n’avions pas peur de mourir puisque sans notre langue, nous étions déjà mort". Entendez vous cela: l'identité c'est leur vie. Et comme tous les morts, ils viendront hanter vos nuits. Les Kabyles, leurs prisonniers, et bientôt Fekhar et ses dizaines de codétenues. Ces derniers à qui on a collé, des étiquettes mensongères de séparatistes, pour en faire des captifs sans soutien populaire.

La même ruse dont a usé le pouvoir, pour que les prisonniers kabyles de 1980, 1985 et de 2001 soient aux yeux des autres Algériens, de simples voyous, mécréants, communistes, séparatistes, et tous les "istes" qui, s’ils sont incompréhensibles pour la plupart, avaient ce mérite d'annihiler toutes expressions de sympathies à leur égard. Monsieur Sellal, le pouvoir que vous représentez aujourd'hui a embastillé en 1985 des enfants de chouhadas, la cour de sureté de l'Etat les a condamnés à la prison pour avoir "osé" déposer une gerbe de fleurs devant le Monument des matyrs. L'histoire est implacable.

Alors, avant de remplir une salle, toute acquise à votre cause, de vent, de slogans creux et de formules vides et abjectes, vous devriez commencer par vous arrêter, vous et votre clan, devant chaque chaumière, chaque rue de chaque village de Kabylie et du M’zab, et demander pardon pour toutes les horreurs que vous avez commises.

Ensuite, pour monter votre bonne foi, vous devrez libérer sans délais, tous les prisonniers de la cause amazighe, qui croupissent injustement dans les sous-sols de vos bagnes. Indemnisez-les, réhabilitez-les et envoyez-les auprès de leurs femmes, dans les bras de leurs enfants qui ont oubliés, jusqu’aux visages, de ceux qui les ont engendrés. Faites cela, et vous obtiendrez peut-être, un tête à tête avec vos adversaires dans le respect qu'impose la situation. Vous écouterez enfin, ce qu'ils auront à dire, sans préjugés, ni diabolisation, ni magnanimité. Allez-y, et munissez-vous de votre plus beau sourire, de vos blagues (si vous le désirez), mais n’oubliez surtout pas l’essentiel : la bonne volonté.

Faites cela, et l’histoire parlera de vous autrement que d’un Premier ministre, qui amusait la galerie, écrasé par un président assis ! Qui sait ? Vous aurez peut-être, même le droit, de parler du printemps berbère comme "d’une date phare de l'Histoire de la lutte de l'Algérie pour la consécration de son identité".

Hebib Khalil

La déclaration de Abdelmalek Sellal à Oran

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Le Matin d'Algérie

Alors, avant de remplir une salle, toute acquise à votre cause, de vent, de slogans creux et de formules vides et abjectes, vous devriez commencer par vous arrêter, vous et votre clan, devant chaque chaumière, chaque rue de chaque village de Kabylie et du M’zab, et demander pardon pour toutes les horreurs que vous avez commises

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