Fellag au journal Le Monde : la colonisation est "un fonds de commerce des deux gouvernements"

Mohamed Saïd Fellag
Mohamed Saïd Fellag

Dans un entretien accordé le 04 mars au journal français Le Monde, Mohamed Saïd Fellag est revenu sur beaucoup de sujets qui font l’actualité. Après avoir raconté son parcours personnel, l’humoriste algérien parle de la séparation des sexes comme du plus gros problème du pays.

"J’ai toujours défendu l’idée que la séparation entre les hommes et les femmes est le gros, gros problème du pays, la calamité. C’est comme si on séparait les poissons et la mer. C’est de là que vient l’autoritarisme, même celui de l’Etat. Nos hommes politiques, mais aussi les gens du peuple, sont fermés sur eux-mêmes, mal dans leur peau, parce qu’il y a deux univers. Il manque la douceur, la compréhension, le dialogue, le partage qui ensuite donne le respect, la tendresse qui rend un peuple plus doux, plus intelligent, plus compréhensif", raconte l'inimitable humoriste.

Questionné sur la déclaration d’Emmanuel Macron faite en Algérie, dans laquelle il considérait "la colonisation comme un crime contre l’humanité", Fellag fustige le politicien français en traitant son affirmation de con.

"C’est un fonds de commerce des deux gouvernements. À chaque fois qu’ils en ont besoin, ils ressortent le dossier. En tant que candidat à la présidentielle, aller en Algérie pour dire cela, c’est – excusez-moi du terme – con. Il aurait dû dire : si je suis élu, nous allons créer des relations très fortes ensemble, se faire la bise et oublier."

Et même s’il ne parle pas de l’oubli dans l’absolu, Mohamed Said Fellag croit qu’il faudrait, 54 ans après l’indépendance, se tourner vers le futur dans l’intérêt de tous.

"Non, on n’oublie pas, mais on tire un trait et on parle du futur, de l’avenir. Ce qui me met en colère, c’est qu’Emmanuel Macron a appuyé sur la plaie. Exactement sur ce qui ne fonctionne pas, et pour l’Algérie et pour la France. Cela ne fait pas avancer le schmilblick. Or, c’est cela qui est essentiel. L’histoire, on la connaît, on sait très bien tout le mal qui a été fait. Maintenant, on fait quoi ? Il faut construire. L’Algérien qui est né le jour de l’indépendance a aujourd’hui 54 ans. Il n’a pas passé sa vie à se dire : "Merde, la France ne nous a pas fait d’excuses.» Il se dit : je veux du boulot, un logement, une bonne école pour mes enfants, un enseignement libre, critique, ouvert sur le monde, etc."

Mais l’humoriste a aussi le mal du pays, et dit toute la souffrance de vivre loin des siens et de l’Algérie. "J’aurais profondément aimé ne jamais avoir à quitter l’Algérie (…) J’étais heureux d’être comédien au théâtre national d’Alger. Je suis content d’être en France aujourd’hui. Mais je vivrai avec ce manque abyssal. Je le considère comme la mort d’une enfance qui s’est faite très tard", concluait Mohamed Said Fellag.

La rédaction

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Commentaires (8) | Réagir ?

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gestion

Nice post, and thanks for sharing this with us

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lila laoubi

enu.

Ce livre n’est pas celui d’un expert pour experts, ni de vulgarisation simpliste pour lecteurs superficiels, ni une somme systématique pour doctrinaires. Le sous-titre précise l’esprit ayant présidé à la rédaction, ainsi que les destinataires.

Ces derniers sont prioritairement les personnes qui, bien que “de bonne volonté”, comme on dit, n’ont pas le temps de recueillir les informations nécessaires pour, d’une part, comprendre les causes et les conséquences réelles des conflits (guerre, résistance armée et terrorisme), et, d’autre part, mener des actions en faveur d’un monde équitable et pacifique. Ce temps leur manque, soit à cause d’un travail exténuant, soit d’une attraction par le “spectacle” factice offert par ceux qui manipulent le

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