Hamou Boumedine : le RPK ambitionne une vision d'avenir pour les générations futures

Une partie des fondateurs du RPK, Hamou Boumedine en médaillon.
Une partie des fondateurs du RPK, Hamou Boumedine en médaillon.

L’annonce de la création du Rassemblement pour la Kabylie suscite un réel intérêt dans l’opinion. Les interrogations sont multiples, les préjugés ne sont pas en reste. Pour nos lecteurs, nous avons veillé à recueillir des éléments des éléments d’information auprès des porteurs de cette initiative. Nous vous les livrons ci-après.

Le Matin : Azul a Hamou, tu viens d'être investi comme coordinateur du Rassemblement pour la Kabylie, mouvement des autonomistes Kabyles, peux-tu nous éclairer sur la convention qui aboutit à cette décision ?

Hamou Boumedine : La convention politique a été organisée à l’initiative des animateurs du Manifeste Kabyle qui ont adressé un appel à tous les autonomistes kabyles, et ce pour donner un prolongement politique à un texte fondateur publié le 07 décembre 2014 sous le titre "Manifeste pour la reconnaissance constitutionnelle d'un statut politique particulier de la Kabylie". Après plusieurs mois de concertations, d’échanges et de débats, il a été décidé de passer d’une étape que l’on pourrait qualifier de conception à une étape de structuration et d'action.

Vous avez opté de vous structurer en Mouvement, plutôt qu’en parti, cela répond-il à un souci d’équilibre interne qui fait place à l’expression des sensibilités existantes au sein des autonomistes, ou bien à une ambition plus large d’ouverture sur les différentes forces existantes ?

La rencontre, que nous avons eue hier, a fait ressortir la nécessité de laisser le débat continuer en interne et de laisser la place à l'expression de toutes les sensibilités tout en réaffirmant collectivement notre convergence profonde sur certains fondamentaux liés à l’autonomie de la Kabylie. Nous croyons à la diversité d'opinion comme richesse et comme ressource à exploiter, et que justement ce qu’il faut éviter c’est que notre mouvement se transforme en appareil stérile avec juste des slogans comme projet. Au demeurant, on ne peut pas revendiquer la diversité quand cela nous arrange et l’étouffer sur le plan interne : la démocratie est un exercice difficile certes, elle peut sembler lourde, mais c’est la seule méthode qui garantie l’égale dignité humaine dans l’expression publique. Pour nous, l’acceptation de la diversité est une valeur cardinale que gagneraient à partager tous les acteurs politiques et sociaux.

D’autres mouvements portent des préoccupations semblables aux vôtres. Cela va des indépendantistes Kabyles, aux partis qui comme le RCD ont intégré la régionalisation comme fondement programmatique, le FFS de son côté fluctue sur la question sans y être fondamentalement hostile, comment vous positionnerez vous dans cet aéropage ?

D'abord il faut donner un coup d’éclairage sur le champ politique régional : le RCD et le FFS, même s'ils ont un ancrage plus affirmé en Kabylie, ils se revendiquent comme des partis nationaux et ils sont libres de le rester. On n’est pas là pour suggérer de réinventer le parti-unique en Kabylie. Le RCD parle de régionalisation modulable, certes, et c’est une proposition pour laquelle nous ne pouvons rester insensibles, mais elle reste de notre point de vue une proposition axée sur la refondation de l'Etat et ne va pas jusqu’à remettre en cause la conception actuelle de la Nation, alors que pour nous repenser l’idée de la Nation, dans une conception multiculturaliste, est la condition nécessaire, pour poser véritablement les jalons de la refondation de l’Etat. La reconnaissance des droits collectifs, ce qui implique la reconnaissance des communautés et des peuples d’Algérie, est une question fondamentale qu’on ne peut éviter. Pour nous le combat pour l'autonomie de la Kabylie, plus largement pour les autonomies régionales, implique une vision tout à fait novatrice du rapport de l’Etat avec la Nation et participe de l’achèvement de la colonisation institutionnelle héritée de la France.

Concernant le MAK, il vient de clarifier son projet en optant exclusivement pour l'indépendance de la Kabylie. Son projet n’est pas le nôtre, lui est dans l’option de la création d’un Etat-Nation Kabyle, alors que nous nous sommes dans le projet d’une Kabylie autonome dans une Algérie plurielle et démocratique. Si l’idée d’indépendance doit être intégrée dans le débat, on ne doit pas non plus évacuer aussi les conséquences qui peuvent résulter de ce projet sur les nombreuses populations kabyles installées en Algérie en dehors de la Kabylie. Le sens des responsabilités doit toujours être de mise quand nos propos ont des conséquences sur les vies humaines. Ces éclairages apportés, je dois cependant vous faire remarquer que nous n'avons pas fondé un mouvement pour entre en compétition avec ces formations politiques, notre objectif est de rassembler les kabyles autour d'un projet viable, un projet qui permettra de construire la Kabylie avec la participation de tous ses enfants.

Justement, plus largement, vous positionnez votre mouvement comme le partenaire de tous les démocrates et modernistes algériens…

Les valeurs de la démocratie et de la modernité sont des valeurs fondamentales de notre mouvement. Je rappelle que ceux qui ont fondé le Rassemblement Pour la Kabylie sont pour la plupart issus du combat démocratique et des libertés. Certains ont même payé, du temps du parti unique de leur liberté pour que le droit à l’expression publique soit permis aujourd’hui. Donc non seulement les autres démocrates algériens sont pour nous des partenaires mais ils sont nos alliés stratégiques. Nous avons assez de lucidité pour savoir que le multiculturalisme que l’on défend est une idée politique moderne et, de ce fait, elle n’a que très peu de chance pour qu’elle tombe dans la bonne oreille des conservateurs, ou pire des islamistes. C'est pour ça que nous disons que si la Kabylie ne peut pas raisonnablement, à elle seule, porter l'Algérie sur le dos, elle ne peut pas non plus tourner le dos à l’Algérie. L’aversion aussi forte que puissions nous avoir sur le pouvoir algérien ne doit pas jeter le voile sur les yeux pour aller jusqu’à le confondre avec l’Algérie.

La constitution algérienne actuelle réprouve tout ce qui peut s’affirmer comme une ambition régionale, vous devez donc vous attendre à des réactions musclées de la part du pouvoir en place à Alger.

Par le fait qu’une constitution ait été révisée pour donner un mandat présidentiel à vie pour une personne, en l’occurrence Bouteflika, son amendement ou son abrogation totale ne peut pas se concevoir comme une hérésie juridique pour donner droit à un peuple d’affirmer sa souveraineté et défendre ses droits collectifs inaliénables.

Le pouvoir algérien est un pouvoir autoritaire, il nous a habitués à ses réactions violentes et répressives, mais je dois vous signaler que nous avons une longue tradition de résistance et de combat politique. Il lui appartient de mesurer la gravité de la situation et de réfréner ses penchants ataviques de pousser vers des radicalismes que personne ne pourra demain contrôler. Pour sa part notre mouvement réprouve la violence et la condamne sous toutes ses formes, il travaillera à la mobilisation consciente des citoyens et fera face pacifiquement, mais avec la plus grande détermination, aux entraves.

Le choix de tenir votre convention à Arous n’est pas fortui…

La symbolique est très forte, donner naissance à un mouvement politique dans ce lieu, c'est à la fois une fierté et une lourde responsabilité : Arous a été le foyer du nationalisme algérien et le lieu d'expression du combat amazigh. Nous devons, par notre action, mettre à l’actif de cette localité un nouveau chapitre dans les luttes pour les libertés.

Serait-il juste de dire que d’un certain point de vue vous vous posez comme les héritiers de l’Historique Wilaya III ?

Non, nous n’avons pas le droit moral de revendiquer ce qui appartient à la mémoire collective. Nos aînés ont fait l'Histoire, il s'agit pour nous de construire une vision d'avenir pour les générations futures tout en leur indiquant qu'il y a assez de repère dans notre histoire pour ne pas perdre l'espoir.

Pourtant, votre vision d’une Kabylie autonome au sein d’une Algérie refondée suggère une proximité avec ce qu’était l’organisation de l’Algérie en guerre pour son indépendance

Tout à fait, nous pouvons même dire que c'est là l'une des rares fois où l'Algérie a réussi un projet collectif, c'est à travers cette organisation territoriale, avec la reconnaissance des pouvoirs des régions. Il faut revisiter ce modèle en intégrant les spécificités culturelles et identitaires. Mais le rapport avec ce patrimoine mémoriel ne doit pas être instrumental. Il ne s’agit donc pas de nous revendiquer de ce moment historique, mais de nous l’approprier d’une manière intelligente pour lui donner une dimension renouvelée, une dimension moderne et répondant aux exigences de notre temps, c’est toute la signification du nouveau contrat d’unité nationale que nous avons formulée dans le manifeste auquel j’ai fait référence toute à l’heure.

En conclusion quel est l’échéancier de la création de votre mouvement et les priorités que vous avez fixé ? Allez-vous demander un agrément ?

Les assises sont prévues pour l'été prochain, nous allons tout faire pour que ce rendez soit le lieu de rencontre de tous les autonomistes, et bien au-delà, de tous ceux qui portent la Kabylie dans leur cœur. Les enjeux sont tellement importants que la mutualisation de toutes les énergies est nécessaire pour relever les défis qui nous attendent. Pour ce qui est de l’agrément nous allons engager la bataille et nous userons des textes internationaux, ratifiés par l'Etat algérien, pour faire valoir notre droit à l'existence politique.

Je te remercie pour cet entretien.

C’est moi qui te remercie et en travers toi Le Matin de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer, en espérant qu’un jour on le fera en kabyle.

Entretien réalisé par Mohand Bakir

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Commentaires (14) | Réagir ?

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adil ahmed

thanks

wanissa

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fac droitsp

merci

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